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Vingt-et-un de ses proches tués en quelques heures

Même si elles sont maintenant à l'abri des... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Même si elles sont maintenant à l'abri des bombardements après s'être réfugiées au Canada, plusieurs Syriennes ne parviennent pas à trouver la paix puisqu'elles craignent pour la vie de leurs proches qui sont demeurés dans leur pays.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) Une étudiante est arrivée en larmes, lundi, au Centre d'éducation populaire de l'Estrie parce que 21 membres de « sa famille » avaient été tués dans les frappes aériennes en Syrie. La réfugiée syrienne de 28 ans, qui est arrivée au Canada il y a huit mois avec son mari et ses enfants, est reconnaissante d'être aujourd'hui installée en pays de paix, mais vit dans une inquiétude permanente pour tous ses proches laissés derrière.

À 3 h, dans la nuit de dimanche à lundi, Rinam, un nom fictif, a appris que son oncle, sa femme et ses enfants étaient décédés tout comme le frère de son mari et son fils. Du même coup, elle apprenait que les trois générations d'une famille, des voisins qu'elle considère comme des membres de sa famille, étaient tombées sous les bombes.

« Mon mari et moi, on ne dort pas de la nuit. On surveille toujours sur internet ce qui se passe en Syrie. On a appris les mauvaises nouvelles par un oncle qui était allé chercher des provisions en Jordanie et qui a fait la macabre découverte à son retour à la maison. Il nous a envoyé un message internet en cachette », raconte Rinam, avec l'aide d'une interprète qui traduit de l'arabe au français.

Rinam est originaire d'Ar-Raqqah, une ville syrienne située à environ deux heures d'Alep. Il y a environ quatre ans, Rinam, son mari et leurs trois enfants quittaient la Syrie pour se rendre dans un camp de réfugiés au Liban, un trajet de 12 heures en autobus qui les éloignerait de la guerre. Au cours des trois années qu'elle a vécues dans ce camp de réfugiés, Rinam a mis au monde deux enfants. Mais peu de temps avant de recevoir son laissez-passer pour le Canada, le plus jeune est décédé à l'âge d'un mois.

« Les conditions sont très mauvaises dans les camps. Les enfants ne peuvent pas manger à leur faim, ils ne peuvent pas se laver. On est tous des laissés-pour-compte. Plusieurs meurent », explique la mère de famille.

Rinam participe actuellement à un programme de francisation pour nouveaux arrivants. Ses enfants âgés de 3 à 8 ans s'adaptent bien. Le plus jeune est à la garderie et les autres sont à l'école, à la maternelle ou en classes d'accueil.

« Les enfants ne comprennent pas la guerre. Ce sont les adultes qui en souffrent davantage. »

Rinam parle du grand sentiment d'impuissance qu'elle ressent en pensant à ses parents, ses frères et soeurs, ses amis qui sont toujours en Syrie. La traductrice a du mal à répéter ce que Rinam raconte. Elle refoule ses sanglots, cache ses larmes derrière ses mains.

« Certains ont de grandes brûlures et rien n'est fait. Ça fait cinq ans que je n'ai pas vu ou parlé à ma famille. »

À l'abri des bombes au Canada, Rinam vit une certaine culpabilité envers ceux qui subissent encore les horreurs de la guerre. Son objectif est d'apprendre le français rapidement pour pouvoir travailler et faire venir des membres de sa famille avec l'argent qu'elle pourra mettre de côté. « Je veux la paix. Pour ma famille ici et ma famille là-bas. » La traductrice, une immigrante marocaine, la console. « Tu ne peux rien faire. Rien faire. Occupe-toi de ta famille qui est ici pour commencer et après tu verras », lui dit-elle.

Mode de vie

La réfugiée décrit les membres de l'État islamique comme « des sans-coeur » qui imposent un mode de vie qui détériore les relations entre les musulmans. Quant aux forces armées des États-Unis et leurs alliés, elle déplore le fait qu'ils détruisent la Syrie par leurs bombardements qui font parfois plus de ravage que l'État islamique.

Rinam est heureuse que ses enfants puissent aller à l'école, ce qui aurait été impossible dans les camps de réfugiés. Et quand les enfants rentrent de l'école, les parents ont le sourire au visage. « On ne parle pas de la guerre. On met de la musique. On danse. On est de bonne humeur. » Mais quand les enfants se couchent, les parents s'inquiètent pour leurs proches et pleurent les disparus.

Tous en fuite...

Dans le cadre de son travail, Mylène Rioux, directrice générale du Centre d'éducation populaire de l'Estrie, rencontre de nombreux réfugiés originaires de différents pays.

« La majorité d'entre eux sont passés par des camps de réfugiés et ils ont souvent des histoires à faire dresser les poils sur les bras », explique-t-elle précisant que le centre reçoit, notamment, des réfugiés de l'Afghanistan, l'Irak, le Congo, la Colombie et la Syrie.

Les réfugiés ont en commun la fuite. « Ils sont tous partis à la recherche de quelque chose de mieux, un endroit où ils seraient en sécurité et pourraient espérer être heureux. Mais pour se rendre à cette destination, ils doivent passer par d'autres pays et ils sont souvent confrontés à d'autres violences et d'autres formes de maltraitance. Le parcours peut être très long et les difficultés sont nombreuses », note Mme Rioux.

Depuis plus de trente-cinq ans, le Centre d'éducation populaire de l'Estrie poursuit sa mission d'alphabétisation et d'insertion des adultes peu scolarisés de toutes origines.

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