Les malaises persistent autour de la maladie mentale

L'ancienne animatrice-journaliste Jocelyne Cazin a présenté une conférence... (Spectre média, Marie-Lou Béland)

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L'ancienne animatrice-journaliste Jocelyne Cazin a présenté une conférence basée sur son livre J'ose déranger à l'occasion du 30e brunch-bénéfice de l'Association des proches de personnes atteintes de maladie mentale (APPAMM) de l'Estrie, qui se tenait dimanche à l'Hôtel Delta.

Spectre média, Marie-Lou Béland

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(Sherbrooke) Si nous connaissons de mieux en mieux la maladie mentale, il reste encore beaucoup de travail à faire concernant nos attitudes face à celle-ci. Voilà le constat que dresse André Forest, psychologue et directeur général de l'Association des proches de personnes atteintes de maladie mentale (APPAMM) de l'Estrie.

En 35 ans d'existence, l'APPAMM-Estrie a accompagné plusieurs centaines de familles côtoyant la maladie mentale au quotidien. Ses membres sont donc mieux placés que quiconque pour savoir comment nos perceptions de la maladie mentale ont évolué au fil du temps.

« Je pense qu'on est parti de très loin, lance d'emblée André Forest. Il y a 35 ans, la définition même de la maladie mentale n'était pas claire pour les gens : ils se trompaient avec la déficience intellectuelle, tout ce qui était différent était un peu mis dans le même paquet. »

« Aujourd'hui, je dirais que la plupart des gens sont beaucoup mieux éduqués, mieux informés au sujet de la maladie mentale. Avec l'association, on a l'occasion de faire des sessions de sensibilisation dans les écoles secondaires. Et quand on parle de maladie mentale, la majorité des étudiants savent ce que c'est, ont quelqu'un autour d'eux qui a souffert de dépression, qui est allé en psychiatrie ou qui s'est suicidé. Je pense que les connaissances ont évolué. »

Toutefois, comprendre la maladie mentale et venir en aide à quelqu'un qui en souffre est loin d'être du pareil au même.

« On n'est plus à l'époque où on disait que ces gens-là étaient fous ou qu'il fallait les enfermer; mais de là à être à l'aise avec eux, de savoir quoi dire, quoi faire, comment aider, ce n'est vraiment pas gagné », constate M. Forest.

Rétablissement

Un autre changement majeur survenu dans les quatre dernières décennies est l'apparition de la notion de rétablissement en lien avec la santé mentale.

« Quand j'ai commencé ma carrière, il y a plus de 35 ans, la maladie mentale était vue comme une condamnation, se souvient André Forest. Maintenant, dès la première hospitalisation en psychiatrie, on aide la personne à réaliser ses forces et à déterminer comment elle parviendra à vivre avec la maladie. »

Puisque les proches des personnes souffrant d'un problème de santé mentale sont plus conscients de cette possibilité de rétablissement, ils sont plus nombreux à aller chercher du soutien chez des organismes comme l'APPAMM-Estrie.

« Avant, on était vraiment dans les relents de la religion : un proche qui souffrait d'un problème de santé mentale, c'était une croix à porter, une façon de gagner son paradis, alors les gens n'osaient pas demander de l'aide. Aujourd'hui, les gens veulent comprendre la maladie de leur proche. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas tristes, qu'ils ne se sentent pas coupables, qu'ils ne se remettent pas en question, mais pour eux, la maladie mentale doit avoir un sens. »

M. Forest explique également cette plus grande ouverture sur la maladie mentale par le coming out de certaines personnalités publiques.

« Dans les dix dernières années, plusieurs artistes ont dévoilé qu'ils souffraient d'une maladie mentale, comme François Massicotte avec la bipolarité ou Florence K, dernièrement, avec la dépression. Ç'a vraiment normalisé la santé mentale, parce qu'on s'entend que François Massicotte a l'air d'un gars tout à fait normal! Ce sont de beaux hommes, de belles femmes, qui montrent à tout le monde qu'on peut bien composer avec la maladie, et qui nous éloignent de l'image de l'itinérant, du drogué, du violent. Ça permet à la population de mettre un visage sur cette souffrance-là. »

Chercher de l'aide avant d'exploser

« Dans sa vie, une personne sur cinq vivra avec un problème de santé mentale. Je ne le répéterai jamais assez : il ne faut pas avoir peur d'aller chercher les ressources là où elles se trouvent. Il ne faut pas avoir peur de se dégager de certaines responsabilités avec que ça n'explose. »

L'ancienne animatrice-journaliste Jocelyne Cazin, notamment reconnue pour ses années à la barre de l'émission J.E., a offert une conférence haute en émotions dimanche midi lors du 30e brunch-bénéfice de l'Association des proches de personnes atteintes de maladie mentale (APPAMM) de l'Estrie.

Devant près de 180 personnes réunies pour souligner le 35e anniversaire de l'organisme, Mme Cazin a livré un discours poignant basé sur son livre J'ose déranger, où elle raconte entre autres comment elle a toujours fait preuve de passion et de détermination malgré les obstacles qui ont entravé son chemin.

Parmi ces embûches, on compte évidemment le suicide hautement médiatisé de son collègue et ami Gaétan Girouard, le 14 janvier 1999, qui a entraîné Jocelyne Cazin dans l'une des périodes les plus difficiles de sa vie.

« Gaétan et moi, sur plusieurs aspects de nos personnalités, étions fabriqués du même moule, à la grande différence que malheureusement, Gaétan, comme beaucoup trop d'hommes d'ailleurs, n'exprimait pas ses émotions. (...) Celui qui était devenu plus qu'un collègue, qui était devenu un ami, un complice, est mort d'une terrible maladie : celle du mal de vivre », a-t-elle raconté.

Oser demander

Jocelyne Cazin a connu quatre autres personnes qui se sont enlevé la vie. Dimanche, la conférencière s'est servie de ces tristes histoires pour faire valoir l'importance de vivre ses deuils, d'oser demander de l'aide quand on est en détresse ou que l'on côtoie quelqu'un qui souffre, et de « ne pas se mêler de ses affaires » lorsque l'on voit qu'un de nos proches n'a vraiment pas le moral.

« On côtoie le mal de vivre de tellement près parfois, et on ne se doute pas d'à quel point ça peut faire des ravages, disait-elle. (...) À l'époque où je voyais Gaétan dégringoler, j'ai souvent pensé que j'aurais dû parler à sa famille, à sa femme, à mes collègues. Mais non, parce qu'on se mêlait de nos affaires. Et ça, c'est d'une tristesse épouvantable. »

L'ex-journaliste a aussi profité de l'occasion pour solliciter l'aide des politiciens présents dans la salle, dont le député provincial de Saint-François, Guy Hardy, et le député fédéral de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault.

« Il faut que nos députés comprennent que la santé mentale, ce n'est pas une dépense, c'est un investissement », a déclaré Mme Cazin, aussitôt appuyée par des applaudissements.

Grâce à ce 30e brunch-bénéfice annuel, l'APPAMM-Estrie espère avoir amassé entre 20 et 25 000 $ pour continuer à apporter du soutien et de l'information aux familles et amis touchés par la maladie mentale.

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