Croire en la vie, malgré la mort

Sébastien Bissonnette et Julie Dupuis, en compagnie de... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Sébastien Bissonnette et Julie Dupuis, en compagnie de leur fille Ève, 3 ans.

Spectre Média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) Ils se sont rencontrés grâce à la rubrique La Tribune du bonheur destinée aux célibataires. Ils s'aiment depuis 15 ans et se sont mariés le mois dernier. L'argent amassé lors de la danse de la mariée ne servira pas à payer leur voyage de noces. Le couple a préféré en faire don au département de néonatologie du CHUS. C'est la meilleure façon que les nouveaux mariés ont trouvée de dire à leur fils Olivier, décédé à l'âge de 4 jours, que même s'il n'était pas présent lors de leur union, il fait toujours partie de la famille. La Fondation du CHUS et Radio-Canada invitent la population à s'inspirer du couple pour contribuer au succès de la 5e édition d'Au Coeur de la vie qui se déroulera le 18 novembre.

Avoir des enfants a toujours été dans les plans de Julie Dupuis et Sébastien Bissonnette. Mais jamais ils ne se doutaient que la route pour y arriver serait aussi ardue. Ils étaient ensemble depuis trois ans quand ils ont essayé concrètement de réaliser leur rêve d'être parents. À partir de ce moment, il s'est écoulé cinq ans avant que Julie tombe enfin enceinte. Pas de chance, il s'agit d'une grossesse ovarienne. La trompe éclate et Julie doit se faire opérer d'urgence. Elle revient à la maison avec un ovaire en moins.

Au cours des années qui ont suivi, elle a fait huit fausses couches. Huit grandes déceptions. Mais rien pour que le couple ne cesse d'espérer.

Finalement, en 2011, Julie tombe enceinte d'Olivier. « Du moment qu'on apprend que je suis enceinte jusqu'à la première échographie, on n'y croit pas. Ça fait assez longtemps qu'on essaie, ça ne se peut pas. Puis, à l'écho, on nous rassure. Il se développe bien, il a un coeur. On se dit qu'enfin la vie est de notre bord! » raconte Julie.

Toute la grossesse se déroule normalement. À 40 semaines et 5 jours, le couple se rend à l'hôpital pour discuter avec le médecin du moment où Julie sera provoquée puisque le bébé ne semble pas pressé de sortir du ventre chaud de sa mère. « Là, tout part. Lors de l'examen, le médecin se rend compte que le bébé ne bouge plus beaucoup, qu'il a peu de variations cardiaques. Bref, c'est le branle-bas de combat. On décide de me faire une césarienne d'urgence », explique la maman.

Le 9 février 2012, seulement une heure et demie s'écoule entre le moment où le couple fébrile rentre tout sourire à l'hôpital et le moment où il réalise que rien ne va plus. La maman ne voit même pas son bébé. Les médecins courent avec lui à l'extérieur de la salle d'opération.

Dans les heures qui suivent, le papa fait des allers-retours entre la chambre de Julie et le département de néonatologie. « Je lui demandais comment notre bébé allait. Il m'a menti, mais c'est correct. »

« Je ne lui ai pas dit que ça allait bien, mais je ne lui ai pas dit à quel point ça allait mal. Je lui ai dit que je ne savais pas. »

Olivier s'était intoxiqué avec son méconium. Son clapet ne s'était pas fermé. Tous ses organes étaient infectés. « Les médecins nous ont toujours donné l'heure juste. De notre côté, on leur a dit qu'on aimerait Olivier jusqu'à la fin de nos jours, mais qu'on l'aimait assez pour ne pas lui imposer une vie dans un état végétatif. Je crois qu'après deux jours, on savait qu'on ne le ramènerait pas à la maison. Mais on espérait quand même un miracle », se souviennent les parents.

Olivier est réanimé à cinq reprises. Après avoir fait le point avec les spécialistes qui confirment que le poupon n'a plus de réflexe, ses parents décident de le débrancher. Quatre jours après sa naissance.

Alors pendant 20 minutes, les parents peuvent enfin bercer leur bébé dans leurs bras. À ce moment, ils lui font deux promesses. « On lui a promis de ne jamais se rouler en boule. L'ayant vu se battre avec la force d'un lion, on lui a dit que ses parents ne seraient pas anéantis. On se battrait aussi pour ne pas devenir des loques humaines. »

Une promesse

Le couple lui a aussi promis de ne jamais se quitter.

« C'était un petit réconfort qu'il parte dans nos bras », ajoute le père.

Les mois qui suivent sont difficiles, mais le couple se tient, solide.

« Normalement, lorsque tu sors de l'hôpital, tu magasines pour du lait, des couches ou des pyjamas. Nous, on devait magasiner pour une urne, des fleurs et un salon funéraire. Tout ce que tu es censé faire un jour pour tes parents, on le faisait pour notre fils. »

Sébastien a eu la lourde tâche d'appeler les amis et la famille. « J'avais une liste. Ce n'est pas cette nouvelle que j'aurais aimé leur annoncer. »

Le couple a passé l'année suivante main dans la main, se rappelle Sébastien. Les fins de semaine, ils ont aussi fait beaucoup de route. Pas pour aller quelque part, juste pour se changer les idées. « Il m'en a fait visiter des Tim Hortons! » Le couple se souvient de la première fois qu'ils ont « re-ri ». « Ça faisait peut-être six semaines qu'on était revenu de l'hôpital et il y a eu quelque chose de drôle à la télé. On est parti à rire en même temps et tout de suite on s'est regardé. Comme figés, on s'est demandé si on avait le droit. » Ils s'en sont donné la permission.

Puis, Julie est retombée enceinte en décembre. Le couple reste sur ses gardes tout au long de la grossesse. Et enfin, Ève voit le jour. « Quand je l'ai entendue pleurer, ça m'a réconciliée avec la vie », témoigne la maman.

Ève a 3 ans aujourd'hui et elle est en pleine santé. Quand elle était bébé, Julie et Sébastien se disputaient (presque) pour se lever dans la nuit, lui donner le biberon ou son bain.

« Des fois, on regarde Ève et on se demande comment ça se passerait si Olivier était là. Est-ce qu'ils se crieraient après? Ce serait comment si on était 4? » demande le papa.

Ils se posent la question, mais pas longtemps. Ils reviennent rapidement dans le moment présent pour apprécier ce qu'ils ont.

Le jour de leur mariage, Julie et Sébastien ont répété devant témoins la promesse qu'ils avaient faite à leur fils. De s'aimer pour toujours.

Malgré les embûches, ils ont vraiment trouvé le bonheur annoncé dans la rubrique.

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