Deux vétérans de l'Afghanistan se souviennent

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Samuel Mercier avait 23 ans en 2012 lorsqu'il est parti en Afghanistan pour une mission de 9 mois. Le Sherbrookois d'origine était membre du peloton CONOPS, qui avait pour mission de transporter du personnel haut gradé du point A au point B et d'assurer sa sécurité durant le transport. -

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(Sherbrooke) « Je suis un vétéran. Et un vétéran, c'est quelqu'un qui, à un moment donné de sa vie, a écrit un chèque en blanc au Canada pour un montant allant jusqu'à la valeur de sa vie. Indépendamment des opinions politiques personnelles, c'est un honneur de servir son pays. Je me souviens. »

Samuel Mercier avait 23 ans en 2012 lorsqu'il est parti en Afghanistan pour une mission de 9 mois. Le Sherbrookois d'origine était membre du peloton CONOPS, qui avait pour mission de transporter du personnel haut gradé du point A au point B et d'assurer sa sécurité durant le transport.

En ce jour du Souvenir, Samuel Mercier donnera une conférence dans une école primaire pour des jeunes de troisième année. « Ce sera ma façon de souligner le jour du Souvenir en espérant inspirer quelques jeunes. Les inspirer à foncer dans la vie, de sortir de leur zone de confort et de ne pas avoir peur d'accomplir de grandes choses, peu importe le domaine qui les intéresse », note-t-il.

Le militaire ne cache pas qu'il était nerveux lorsqu'il a mis les pieds en sol afghan. « Nous sommes atterri de nuit après 2 ou 3 jours de vols. Lors du transfert entre l'aéroport et le camp de transition, je regardais la route et j'étais un peu parano, je n'étais pas certain de ce qui m'attendait. Une chose était sûre, ce n'était plus de l'entrainement », souligne le réserviste ajoutant qu'après quelques convois sur la route, il s'est habitué. Et après quelques semaines, sa nervosité s'est effacée. « On reste vigilant, mais ce n'est pas plus stressant que d'être dans le trafic sur Décarie », raconte celui qui vit aujourd'hui à Laval.

«Certains d'entre eux sont invalides pour le reste de leur vie.»


Quand même. Les risques sont grands et Samuel Mercier a beaucoup d'amis qui sont revenus d'Afghanistan avec une santé hypothéquée, que ce soit physiquement ou psychologiquement. 

« Certains d'entre eux sont invalides pour le reste de leur vie. En plus de gérer leurs blessures, ils doivent gérer une situation financière parfois très compliquée. C'est pourquoi je me donne comme mission de les accompagner », explique le réserviste qui est aussi conseiller financier.

« Certains d'entre eux sont des inspirations, je pense à mon pote François Dupéré, victime d'un attentat suicide à quelques mètres de lui qui lui coûta un oeil et un bras. Il est maintenant N/S (Not Serviceable), comme on dit dans l'armée. Avec la fondation True Patriot Love, il a monté l'Everest après son accident. François parcourt aujourd'hui le Canada pour donner des conférences. C'est un combattant, il est la définition de la résilience. »

Samuel Mercier n'est pas complètement fermé à l'idée de repartir un jour en zone de guerre. « Plusieurs facteurs pourraient influencer ma décision, mais l'un des principaux serait le manque d'effectif pour la mission en tant que tel. » 

« Il y a aussi l'aspect personnel. En tant que réservistes, nous sommes déployés sur une base volontaire. Nous mettons notre carrière civile de côté durant parfois 1 an et demi incluant l'entrainement et le déploiement. Lorsque j'ai été déployé, j'avais 23 ans et très peu d'attachements et d'obligations. Aujourd'hui, je suis travailleur autonome et je serai papa dans très peu de temps, alors m'absenter en zone de guerre pendant des mois serait complètement différent. » 

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Pascal Doucet

Se souvenir au quotidien

D'autre part, le séjour en Afghanistan de Pascal Doucet, un ingénieur de combat spécialisé en explosifs, remonte à 2004. Depuis, il y pense tous les jours. « Pas nécessairement de façon négative, mais il y a toujours quelque chose dans mon quotidien qui me rappelle mon expérience là-bas. J'ai une pensée pour un de mes chums qui a perdu une jambe ou un autre qui a eu un choc post-traumatique. Des fois, l'Afghanistan me revient en voyant des images d'autres conflits à la télé », note l'ancien caporal qui ne fera rien de spécial en ce jour du Souvenir. Il se souvient 365 jours par année.

Son équipe et lui sont allés chercher des talibans dans leur cache, ne sachant pas jusqu'où ses derniers étaient prêts à aller pour ne pas se faire prendre. Il a participé au déminage du sol, notamment aux abords de l'aéroport international de Kaboul. 

En 2004, une trentaine de militaires canadiens sont décédés en Afghanistan. Causes de décès : dispositifs explosifs de circonstance, mines, bombes artisanales.

« On a été chanceux. Dans notre section, on était dix et personne n'a été blessé. Mais c'est certain qu'on est conscient du danger », note l'ancien militaire qui souligne que la peur de la mort sert la vigilance des démineurs.

Parmi la trentaine de morts cette année-là, le Sherbrookois Mario Mercier. « Je ne le connaissais pas, mais je sais qui il était. »

En regardant la liste de ceux tombés lors du conflit, il reconnait un autre soldat.

Pour partir à la guerre, faut-il haïr l'autre ? « Non. Faut que tu te dises qu'il y a 99 % des gens là-bas qui sont contents de te voir. C'est le 1 % qui complote et qui t'haït. Tu arrives là-bas et tu vois que les enfants crèvent de faim. C'est le tiers-monde, tu peux pas les haïr. Ma motivation, c'était de changer pour le mieux les choses », répond Pascal Doucet qui s'était enrôlé en 1998 pour l'aventure, les voyages et pour vivre l'esprit de combat. « Dans le temps, on faisait des missions de paix, mais après 2001, tout a changé. Et quand le conflit arrive, tu ne veux pas rester à l'écart, tu veux y aller. »

Le caporal se souvient que les Afghans recevaient 1 $ US par explosif qu'ils ramassaient. Entraînant parfois des accidents. « La guerre laisse des séquelles. Je ne voudrais pas que mes enfants y aillent. »

De son côté, Samuel Mercier a une notion du patriotisme qui s'apparente à la reconnaissance. « On vit dans le plus beau pays du monde, un endroit ou avec beaucoup de travail et d'acharnement, tout est possible. J'ai voyagé beaucoup, en Amérique latine, en Asie, et nous sommes assurément choyés. Malheureusement beaucoup de gens ne s'en rendent pas compte », explique le plus jeune des deux vétérans. 

Plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont servi en Afghanistan entre 2001 et 2014 et 158 d'entre eux ont perdu la vie.

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