Élection américaine: l'inquiétude est palpable au Vermont

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Vicky Fragasso-Marquis
La Presse Canadienne
BURLINGTON, Vt.

À quelques heures de l'élection présidentielle aux États-Unis, les rues de Burlington, au Vermont, fourmillent de gens emmitouflés dans leurs manteaux en ce début de novembre. Sur la Church Street, une grande rue piétonnière, les passants sont souriants, mais leurs regards s'éteignent lorsqu'il est question de parler de l'élection présidentielle.

Alexis, âgée 20 ans, ne votera pas. Sa décision est sans appel. «C'est plus une farce, à ce point-ci. Ce n'est pas vraiment une élection, c'est un débat sur les réseaux sociaux», a lancé la jeune femme originaire de l'État de New York.

Abby Chapman a quant à elle voté par anticipation pour Hillary Clinton même si elle appuyait «fortement» Bernie Sanders. La jeune femme et son père, Jake, se sont avoués inquiets des résultats de l'élection de mardi alors que la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump sont au coude-à-coude dans les derniers sondages nationaux.

Ce sentiment d'inquiétude envahit également des immigrants francophones maintenant établis au Vermont.

La planète entière - dont le Québec et le Canada - devrait être préoccupée par l'élection de Donald Trump, selon Geneviève Henry, une Québécoise qui vit à Burlington avec son mari américain, Bram, et leur famille reconstituée.

«C'est complètement ridicule, c'est ahurissant, c'est incompréhensible, c'est enrageant. C'est très difficile à imaginer», s'est-elle exclamée lors d'une entrevue à sa résidence, à quelques pas du centre-ville.

Mme Henry, qui enseigne le français au collège Champlain, se dit d'ailleurs «gênée» par le «cirque» de la campagne à la présidence qui perdure depuis des mois.

Malgré son attachement au sénateur Bernie Sanders «comme toute bonne Vermontoise», elle se rabat maintenant sur Hillary Clinton.

«Hillary, c'est quand même un bon choix, mais ce n'est pas le premier choix. On (appuie) Hillary à 100 pour cent, car l'alternative est inacceptable», a-t-elle tranché, se disant «terrifiée» par la possibilité que Donald Trump occupe la Maison-Blanche.

«Ça m'inquiète énormément en tant qu'immigré et père d'un petit garçon Franco-Américain.»


Les enfants du couple ont d'ailleurs participé à une vidéo promotionnelle de Hillary Clinton qui présente la descendance de plusieurs femmes marquantes dans l'histoire des États-Unis. Le mari de Mme Henry est le petit-neveu d'Amelia Earheart, une pionnière de l'aviation qui est disparue en 1937.

«N'importe quoi pour que Trump ne gagne pas», a-t-elle dit.

Charles-Louis Morand Métivier, un Vermontois d'origine française, se préoccupe «doublement» de l'élection de M. Trump en tant qu'immigrant lui-même.

«Ça m'inquiète énormément en tant qu'immigré et père d'un petit garçon Franco-Américain. Si Trump passe, qu'est-ce qu'on va lui dire? Est-ce qu'on va lui dire : 'Mais t'es pas Américain. T'es un bâtard parce que t'es à moitié Français'», a affirmé le professeur de littérature française lors d'une rencontre sur la Church Street.

M. Morand Métivier indique que le discours de M. Trump lui rappelle celui de Marine Le Pen, en France, et il s'inquiète de l'effet de contagion que son élection pourrait avoir.

«S'il est élu, ce sera dramatique non seulement pour les États-Unis, mais aussi au niveau mondial, parce que justement, les autres pays du monde (pourraient se dire): 'Ah mais si les Américains qui sont les gendarmes du monde ont élu un gendarme populiste, pourquoi pas nous?'», a-t-il suggéré.

Mme Henry a de la difficulté à expliquer pourquoi Donald Trump a du succès chez certains électeurs, mais elle croit qu'il exploite la peur des Américains et qu'il profite du sentiment «anti-establishment» répandu dans la population.

M. Morand Métivier croit quant à lui que M. Trump fait la promotion d'un retour «à une certaine idée de l'Amérique», ce qui résonne chez certaines personnes, qui font confiance au milliardaire qui a contribué à construire un empire immobilier. «Ils veulent redonner les rênes du pouvoir à quelqu'un qui est milliardaire, qui dans l'esprit de certaines personnes, sait comment les choses fonctionnent», a-t-il expliqué.

Plusieurs Américains ont dit, surtout à la blague, qu'ils quitteraient leur pays advenant l'élection de Donald Trump. La Presse canadienne rapportait dimanche qu'un site internet invitant les Américains à déménager au Cap Breton a été consulté à plus de deux millions de reprises depuis neuf mois.

Mme Henry signale que c'est une possibilité «parce qu'il y a vraiment beaucoup d'inquiétude». M. Morand Métivier ne pense pas qu'il y aura un exode massif, rappelant que plusieurs Français avaient fait la même menace en 2002 lorsque le Front national était passé au second tour de l'élection présidentielle.

«Les Américains aiment leur pays. Donc, il y a cette (volonté) de rendre le pays meilleur de l'intérieur malgré l'adversité», a-t-il souligné.

«Les Américains forment un peuple résilient, qui n'a pas peur de faire face à l'adversité. J'imagine plutôt un retour à un combat d'opposition pour combattre Trump de l'intérieur et pour montrer au reste du monde que Trump, ce n'est pas l'Amérique», a-t-il ajouté.

Mme Henry est plutôt optimiste sur les résultats de l'élection présidentielle; elle prédit que Hillary Clinton va gagner. Mais M. Métivier Morand reste prudent.

«Je ne fais pas partie des gens qui disent: 'Ah mais c'est Hillary qui va passer', surtout en venant de France où le populisme est grandissant avec les Le Pen: avec le papa (Jean-Marie) et maintenant la fille (Marine). Ce sont des idées qui attirent les gens», a-t-il analysé.

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