Un groupe d'action trans créé à l'UdeS

L'Université de Sherbrooke se dit prête à collaborer... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

Agrandir

L'Université de Sherbrooke se dit prête à collaborer avec le Groupe d'action trans. Des toilettes non genrées existent déjà dans les pavillons neufs ou rénovés.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) Le Groupe d'action trans de l'UdeS a officiellement vu le jour le 24 octobre. Il vise non seulement à défendre spécifiquement les droits des personnes trans, mais également à rassembler les membres de la communauté trans.

Séré Beauchesne Lévesque, porte-parole du regroupement, explique qu'il y avait un besoin. « Il existe déjà l'Association des gais, lesbiennes et bisexuels de l'Université de Sherbrooke, mais nous sentions que les personnes trans avaient besoin d'un groupe consacré à leurs combats. Par exemple, il y a des enjeux précis comme celui d'avoir notre nom usuel dans le système informatique ou celui d'avoir des toilettes non genrées. Nous nous trouvons dans une situation où personne n'a spécifiquement représenté nos droits. Personne n'était là pour mener la lutte dans les dernières années et nous nous retrouvons devant rien. »

C'est entre autres grâce à Séré Beauchesne Lévesque que le Cégep de Sherbrooke a adopté des toilettes non genrées. « Les questions des toilettes et du prénom sont quand même des priorités parce qu'elles nous confrontent au quotidien. Nous avons aussi des objectifs plus généraux, comme celui de sensibiliser la population. Nous voulons aussi créer une banque de produits que les personnes trans peuvent utiliser et qui ne sont pas en vente à Sherbrooke. »

Par exemple, il serait impossible de trouver un binder, un produit qui sert à aplatir la poitrine des hommes trans. « La seule façon d'en avoir un, c'est de connaître quelqu'un qui veut vous vendre le sien. »

Il est aussi question de créer un réseau pour que les personnes trans puissent échanger leur vécu. « Nous avons l'impression d'être seuls. Quand on est jeune, on pense à partir à Montréal le plus vite possible, parce qu'il n'y a pas trop de ressources à Sherbrooke. Nous voulons donner le choix aux jeunes de rester ou de partir. »

Séré Beauchesne Lévesque a vécu des expériences qui lui ont fait regretter de s'afficher ouvertement. « Au cégep, j'allais voir mes profs pour qu'ils utilisent le prénom qui se trouvait sur ma carte d'identité. Il n'y avait pas de problème jusqu'à ce qu'une personne apprenne que j'étais une personne trans. Son attitude a changé et elle a dit qu'elle était obligée d'utiliser mon nom légal. »

Toilettes dégenrées

Dans le même sens, toutes les toilettes individuelles du cégep ont été dégenrées. « Ce n'était pas le cas pour celles du personnel. Des employés avaient exprimé un malaise. C'est comme si, parmi les employés, il ne pouvait pas y avoir de personnes trans. »

Selon ses dires, les universités McGill et Concordia permettent déjà l'utilisation du nom usuel dans le système informatique. « Il n'y a pas vraiment de raisons pour que l'Université de Sherbrooke n'aille pas de l'avant. Il faut juste la pousser. Pour l'instant, nous ne pouvons pas savoir combien de personnes trans sont concernées avant qu'il soit sécuritaire de nous afficher. C'est la même chose pour les gens non binaires. »

Séré Beauchesne Lévesque préférait d'ailleurs éviter qu'on prenne sa photo pour illustrer le reportage sur le Groupe d'action trans. « J'ai une crainte de ne pas avoir accès à des services médicaux. »

À l'Université de Sherbrooke, Lise Grenier, directrice des services à la vie étudiante, se dit ouverte à faciliter les actions du nouveau regroupement. Ce dernier n'est toutefois pas encore reconnu puisqu'il lui faut encore déposer sa demande de reconnaissance. « Ils peuvent quand même venir nous voir pour exprimer leurs besoins. Nous pouvons déjà commencer à travailler avec eux. »

Mme Grenier précise que l'Université de Sherbrooke dispose déjà de toilettes non genrées. « Dès qu'il y a des rénovations ou de nouvelles constructions, nous avons cette préoccupation. Jusqu'à maintenant, il y a aussi eu du cas par cas. Des actions ont été posées lorsque des demandes ont été faites. Avec le groupe, nous pourrons mieux établir des préoccupations qui concernent un nombre plus large. »

La directrice des services à la vie étudiante sait qu'un nom usuel a été changé au moins une fois. « Même si on change le nom usuel, sur le diplôme, ce sera le nom légal. Mais dès qu'il y a un changement légal au Ministère, le changement se fait dans notre système. Il reste qu'il est possible de s'entendre avec les professeurs. Si on nous rencontre à la vie étudiante, nous pourrons faire le lien avec toutes les facultés. Nous essayons d'aider tous les étudiants, dans la mesure où nous pouvons améliorer leur qualité de vie ou contribuer au succès de leurs études. »

Toronto n'est pas une exception

Séré Beauchesne Lévesque ne s'étonne pas du cas d'un professeur de l'Université de Toronto qui refuse d'utiliser un pronom personnel neutre en présence d'une personne transgenre. Il s'agit à son avis d'un autre exemple d'un individu qui refuse de reconnaître l'existence des personnes trans.

« Il peut nier mon existence tant qu'il veut, mais ça ne la rend pas moins valide. J'existe et rien ne va changer ça. Ce qu'il fait, c'est de la violence envers les personnes trans ou non binaires. Il refuse de nous traiter comme des personnes qui méritent du respect et de la considération. »

L'Université de Toronto a demandé au professeur en question de cesser sa croisade pour l'utilisation du pronom qu'il préfère. Quelque 250 de ses collègues ont aussi jugé sa position discriminatoire et l'ont dénoncée.

« C'est encourageant de voir que la transphobie est prise au sérieux. Il existe des règlements et des lois qui interdisent la discrimination, mais il faut qu'ils soient appliqués. C'est pour ça que l'Université lui dit qu'il n'a pas le droit de discriminer. Oui, la charte des droits a été adaptée, mais il demeure que nous n'avons toujours que deux choix de sexes sur les formulaires officiels. »

L'objectif n'est pas non plus d'abolir les genres masculin et féminin, mais d'offrir d'autres options. Les personnes non binaires utiliseront « iel », « ille » ou « yel » par exemple. « L'idée, c'est d'accepter une expérience plurielle plutôt que de placer les gens dans des cases précises. »

Séré Beauchesne Lévesque ne suivra pas le cas de Toronto plus particulièrement. « J'en entends des centaines des gens dénoncer que leur genre n'est pas reconnu. » Il ne s'agit donc que d'un cas parmi tant d'autres.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer