Une filière djihadiste à l'UdeS?

Est-ce qu'une filière de radicalisation islamiste était active au coeur de... (Archives La Tribune, Marie-Lou Béland)

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Est-ce qu'une filière de radicalisation islamiste était active au coeur de l'Université de Sherbrooke?

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Ancien étudiant à l'Université de Sherbrooke, Assane Kamara fait face à une série de chefs d'accusation de terrorisme portés contre lui en février 2016 par la Police nationale du Sénégal.

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Un autre ancien étudiant de l'UdeS a été arrêté et est en attente d'un procès dans une prison de Dakar, au Sénégal, parce qu'il aurait tenté de se joindre aux djihadistes, a rapporté le Toronto Star samedi. Assane Kamara fait face à une série de chefs d'accusation de terrorisme portés contre lui en février 2016. Un porte-parole de la Police nationale du Sénégal a affirmé au quotidien torontois que la mère de Kamara a dénoncé son fils.

Il fait partie d'un contingent d'une trentaine de présumés djihadistes arrêtés au Sénégal depuis janvier dernier.

Assane Kamara est le cinquième individu connu lié à l'Association musulmane de l'UdeS (AMUS) à avoir tenté de joindre les rangs de l'ÉI au cours des dernières années. En 2015, Chiheb Esseghaier, un Tunisien d'origine qui a été membre de l'AMUS, a été reconnu coupable de huit chefs d'accusation liés au terrorisme et a reçu une peine de prison à vie après avoir comploté dans le but de faire dérailler un train de passagers de Via Rail entre Toronto et New York, en 2013.

En 2014, les Sherbrookois Zakria Habibi, Samir Halilovic et Youssef Sakhir ont fui le Canada pour joindre la Syrie à partir de la Turquie. Selon un membre de la famille d'Assane Kamara qui s'est confié au Star sous le couvert de l'anonymat, ces trois derniers représentaient un groupe de musulmans qui se démarquaient par leur ferveur religieuse, allant jusqu'à demeurer éveillés toute la nuit parfois afin de pratiquer la récitation du Coran.

« Après s'être lié au groupe, Assane Kamara a complètement changé de style de vie », a ajouté cette même source.

De nombreux médias européens ont également rapporté que Samir Halilovic a effectué plusieurs virements d'argent destiné au compte bancaire d'Assane Kamara. Kamara a d'ailleurs admis aux autorités sénégalaises avoir rencontré les trois Sherbrookois alors qu'il était étudiant à l'UdeS entre 2010 et 2013.

Tout en le décrivant « extrêmement poli et gentil », Raïs Kibonge, un ancien camarade de classe de Kamara à l'UdeS, a mentionné que ce dernier devait souvent jongler avec ses engagements scolaires et ses activités au sein de l'AMUS. La dernière fois qu'il a aperçu Assane Kamara, celui-ci était au kiosque de l'AMUS et distribuait des livres d'introduction à propos de l'Islam aux étudiants lors de la rentrée universitaire.

Visiblement mal à l'aise, l'AMUS n'a pas répondu aux demandes d'entrevue de La Tribune dimanche. 

Un des trois Sherbrookois décédé

Par ailleurs, selon des informations du Star qui n'ont pu toutefois être confirmées, Samir Halilovic serait décédé en Syrie. Le mystère plane cependant toujours sur le sort de Sakhir et Habibi.

Si la mère de Yussef Sakhir dit être sans nouvelles de lui depuis 2014, Zakria Habibi pourrait être réapparu sur les réseaux sociaux. Un profil Facebook portant le nom d'Abu Yahya Al-Afghani, le nom de djihadiste qu'il a adopté après s'être joint à l'ÉI le 30 juin 2014, a été créé en juillet dernier, laissant planer un mystère sur la situation du Sherbrookois qui serait maintenant âgé de 27 ans. Même si La Tribune effectuait des recherches sporadiques après avoir révélé ces informations en juin, ce n'est que la semaine dernière que le profil a été repéré.

On peut y voir comme photo de profil un cavalier portant un drapeau sur lequel est inscrit la chahada, la profession de foi de l'Islam attestant « qu'il n'y a pas de vraie divinité si ce n'est Allah et Muhammad est Son messager ». Il s'agit du premier des cinq piliers de l'Islam et le plus important. Le profil affiche également une bannière sommant de croire en Allah (Believe in Allah!). L'homme dit également se trouver à Alep, en Syrie, où la guerre civile fait rage depuis 2012. Parmi les profils des quelques amis qu'il est possible de consulter sur la page, plusieurs sont inquiétants, arborant souvent des gens masqués et armés.

Lorsque contacté par La Tribune la semaine dernière, son père, Shah Ismatullah Habibi, avait peu d'espoir qu'il s'agisse de son fils.

« Depuis qu'il est parti, je suis sans nouvelles. S'il n'y a pas de photos, n'importe qui peut se retrouver derrière une page Facebook, a-t-il déploré. Je mets tout ça derrière moi. »

M. Habibi continue de pourfendre les gestes commis par les djihadistes.

« Même en Afghanistan, j'ai toujours été contre ça, contre les gestes de barbarie. je suis contre et je m'y opposerai toujours. Ce n'est pas dans notre vision. Je serai toujours contre ça. »

Abu Yahya Al-Afghani n'a pas répondu à La Tribune.

Contactée plus tôt la semaine dernière, la Gendarmerie Royale du Canada n'a pas voulu donner d'informations au sujet du trio de Sherbrooke, alléguant « qu'en règle générale, ce n'est que lorsqu'il y aurait dépôt d'accusations criminelles, que la GRC confirmera la tenue d'une enquête, la nature des accusations portées et l'identité de la ou des personnes concernées. »

L'AMUS garde le silence

Malgré les soupçons qui pèsent sur un autre de ses anciens membres, l'Association musulmane de l'Université de Sherbrooke ne semble pas pressée de commenter les dernières révélations.

Invitée à réagir à l'arrestation d'Assane Kamara, suspecté de vouloir joindre les rangs de djihadistes, l'AMUS est demeurée sourde aux demandes d'entrevue répétées de La Tribune dimanche.

Dans une discussion laconique, Hanna Krabchi s'est contentée de répéter qu'elle n'était plus responsable des communications de l'AMUS avant de référer le journal à l'adresse courriel de l'association, prétendant qu'elle ne connaît pas les noms des nouveaux membres du comité exécutif.

« Ils/elles vous répondront s'ils/elles le désirent », mentionne Mme Krabchi.

Selon sa page Facebook, l'AMUS cherchait à pourvoir, lors d'une assemblée générale tenue au début du mois d'octobre, les postes de président, secrétaire, trésorier, responsable à la communication, et responsable des comités. En début de journée dimanche, le site internet de l'association présentait toujours Taleb Sabbek (président), Nasserdine Guenfoud (vice-président), Naziha Bourega (secrétaire), Achraf Bourass (trésorier), Imrane Khalid (responsable à la logistique), Mohammed Cherif (responsable des comités) et Hanna Krabchi comme membres du comité exécutif.

Nasserdine Guenfoud n'a pas répondu à La Tribune. Les demandes d'entrevue envoyées à l'adresse courriel de l'AMUS ainsi qu'à sa page Facebook sont demeurées sans réponse. Environ une heure après que le journal eut fait remarquer à Mme Krabchi que la page du CE sur le site de l'association ne semblait pas à jour, le contenu de la page a été effacé, laissant place à une mention « en construction ».

Personne ne se trouvait au local de l'AMUS, à l'Université de Sherbrooke, lors du passage de La Tribune dimanche.

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