Lise Thériault: la femme et le féminisme

La vice-première ministre du Québec, Lise Thériault, parle... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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La vice-première ministre du Québec, Lise Thériault, parle de la condition des femmes en politique et dans la société.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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(Sherbrooke) La Tribune a profité de la visite à Sherbrooke lundi de la vice-première ministre Lise Thériault, qui est aussi ministre de la Condition féminine, pour lui parler, en rencontre éditoriale, de la place des femmes en politique et de la réalité des femmes, en général, dans une société où les agressions sexuelles et le rajeunissement génital font les manchettes.

La possible élection d'Hillary Clinton, qui marque l'histoire en étant la première femme candidate aux élections présidentielles américaines, est encourageante pour les femmes en politique.

« Je trouve intéressant qu'une femme se présente à la présidence et qu'elle brille. Mme Clinton a toutes les compétences et la carrure pour le poste. Et je pense que ça fera en sorte que d'autres femmes lèveront la main. Quand les limites sont repoussées et que les femmes accèdent à des postes de pouvoir, particulièrement en politique, ça incite les autres femmes à dire : moi aussi je pourrais le faire », explique la ministre soulignant au passage que pour favoriser l'égalité entre les femmes et les hommes dans la gouvernance municipale, son gouvernement a annoncé, le 30 septembre, l'attribution d'une aide financière de 80 000 $ à la Fédération québécoise des municipalités.

« L'argent servira à étudier ce qui freine les femmes à faire le saut en politique et permettra de créer un prix pour mettre de l'avant celles qui le font. On regarde aussi pour signer une entente semblable avec l'Union des municipalités du Québec », note la ministre.

Et si certains sondages démontrent que plus de 50 pour cent des hommes blancs américains ne seraient pas prêts à voter pour une femme, la ministre Thériault croit que la situation est différente de ce côté-ci de la frontière.

« Je ne crois pas du tout que c'est la même chose au Québec ou au Canada. Les gens sont capables de faire la part des choses. D'ailleurs on a déjà eu Pauline Marois comme première ministre et il y a de plus en plus de femmes en politique. Nous (les libéraux), on a réussi à faire élire trois femmes sur les quatre sièges qu'on est allé chercher lors des élections partielles depuis le début de notre mandat », note-t-elle.

Lise Thériault se souvient de son premier contact avec une chambre de commerce en 1993, alors qu'elle n'avait pas 30 ans. « Un cercle d'hommes très fermé. » Et lorsque les hommes lui ont finalement adressé la parole, c'était pour lui demander pour qui elle travaillait. Alors qu'elle était propriétaire à 50 pour cent de son entreprise.


Un quota ?

Les choses se sont améliorées, mais encore l'an dernier, la vice-première ministre s'est fait dire qu'elle était un quota. « On m'a dit que j'étais où je suis parce que ça prenait un nombre X de femmes. Je m'excuse, je ne suis pas un quota. J'ai mes compétences, mes qualités, ma feuille de route. Et je pense qu'il y a plein de femmes comme ça. On est 8,8 millions au Québec et plus que la majorité sont des femmes. Faut les convaincre de venir en politique. Même si la profession a été malmenée, c'est en faisant le saut qu'on peut changer les choses. » 

En 2016, le double standard existe toujours. « Pourquoi quand je pleure, c'est parce que je suis fatiguée pis j'ai craqué? Et quand Pierre-Karl Péladeau pleure, c'est humain, c'est normal, il a laissé son coeur parler? Je m'excuse, mais on est tous des humains, on a tous des émotions, mais on n'est pas jugé de la même manière. Par contre, quand vient le temps de faire la job, on est capable de faire avancer et adopter les projets de loi, on est capable de faire aboutir nos dossiers de la même manière que les hommes », soutient le ministre.

Beaucoup de femmes l'ont remerciée après ces larmes versées en parlant des femmes autochtones de Val-d'Or possiblement agressées par des policiers.

« Elles m'ont dit merci, car elles ont compris qu'elles avaient le droit, elles aussi, d'être humaines dans leur profession. La journée qu'on voudra des robots pour diriger, on les fabriquera et on leur dira quoi penser. En attendant, on ne peut pas faire abstraction de nos sentiments. »

Parlant d'agression sexuelle, difficile de passer sous silence les allégations visant le député Gerry Sklavounos. Mme Thériault déclare qu'elle n'a jamais été témoin de comportements déplacés de sa part et n'avait jamais entendu parler de sa soi-disant réputation voulant qu'il soit « insistant » auprès des femmes. « Moi, ça fait 15 ans que je suis au parlement et j'ai toujours senti un grand respect de la part de mes collègues députés. Mais ce qui se passe dans notre équipe de travail et ce qui semble s'être passé ailleurs, c'est bien évidemment différent. »

La solution est dans la sensibilisation de la population. « La culture du silence est un enjeu de société. Pas seulement un enjeu au parlement ou sur les campus. On doit se poser de sérieuses questions sur les mécanismes qu'on a pour dénoncer les agressions sexuelles, voir s'ils fonctionnent et s'assurer que les gens connaissent leur existence. »

Informée de la publicité sur le rajeunissement génital qui a tant fait jaser la semaine passée dans les médias et qui soulève la question de nouveaux standards féminins dictés par la pornographie, sa réponse est simple. « Il ne faut pas accepter ces standards. Les femmes doivent fixer leurs propres standards, ceux dans lesquels elles se sentent bien. Et la société, c'est pas du 36-24-36. C'est différentes formes, grandeurs, couleurs, grosseurs. L'élément de mesure, c'est toi, ta personne à l'intérieur. »

La ministre de la Condition féminine avait fait les manchettes en début d'année alors qu'elle s'était dite « plus égalitaire que féministe », un terme qu'elle semble associer à la colère. « Je suis féministe à ma manière. À cette période, il y avait le Sommet des femmes de Mme Payette et on parlait de passer de la colère au pouvoir. Et moi, j'ai jamais été une femme en colère. J'ai toujours avancé parce que j'ai eu des hommes qui ont cru en mon potentiel, qui m'ont fait confiance et qui m'ont poussée à devenir toujours meilleure. En même temps, aux Nations Unies il y avait la campagne He for She, et j'allais plus dans ce sens. On arrive à plus de résultats que si on est dans l'affrontement avec les hommes », conclut la ministre ajoutant qu'elle a toujours tout fait en son pouvoir pour que les femmes prennent leur place dans son entourage.

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