« Donner une voix à ceux que l'on a voulu faire taire »

Lors de l'activité Livres comme l'air, organisée par... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Lors de l'activité Livres comme l'air, organisée par Amnistie internationale au Salon du livre de l'Estrie, l'écrivain Louis Hamelin a lu une puissante lettre destinée au blogueur Raïf Badawi. On aperçoit à ses côtés  les auteurs Sarah Rocheville, Lynda Dion et Patrick Nicol, qui ont également dédicacé l'un de leurs livres à un prisonnier d'opinion. Étienne Beaulieu est absent sur la photo.

Spectre Média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) Au Québec, on peut avoir l'impression de nager dans la liberté d'expression la plus totale. C'est toutefois loin d'être le cas dans toutes les régions du monde.

« Sur les 193 pays de la planète, il y en a présentement 113 qui ont des restrictions injustifiées à la liberté d'expression. C'est énorme. Et on dénombre 61 pays qui emprisonnent des gens uniquement parce qu'ils ont voulu exercer leurs libertés fondamentales. Donc la lutte pour le droit de s'exprimer est encore très actuelle », souligne Mireille Elchacar, agente de développement régional en Estrie pour Amnistie internationale, lors de l'activité Livres comme l'air, qui se déroulait samedi au Salon du livre de l'Estrie.

Ayant vu le jour en 2000, Livres comme l'air est une initiative d'Amnistie internationale qui consiste à jumeler des écrivains québécois à des écrivains ou des journalistes emprisonnés ailleurs dans le monde pour leurs écrits. Les auteurs d'ici dédicacent ensuite l'un de leurs livres, qui est envoyé au prisonnier auquel ils ont été couplés en signe de solidarité.

Cette année, dans le cadre du 38e Salon du livre de l'Estrie, cinq auteurs de la région - Louis Hamelin, Sarah Rocheville, Étienne Beaulieu, Patrick Nicol et Lynda Dion - ont accepté de participer à ce projet. Ils ont respectivement rédigé une dédicace, qu'ils ont lue devant public samedi, pour Raïf Badawi, Sanjuana Martínez Montemayor, Ashraf Fayadh, Ahmet Şık et Gartse Jigme.

« Cette activité, c'est une manière de donner une voix à ceux que l'on a voulu faire taire, illustre Mme Elchacar. Les dédicaces vont être envoyées par la poste aux auteurs emprisonnés en signe de soutien, pour dénoncer la répression et la censure. Et mine de rien, ça fait des pressions sur les autorités du pays et les autorités carcérales. »

Les visiteurs du Salon du livre qui ont assisté à la lecture des dédicaces, toutes plus senties et bouleversantes les unes que les autres, étaient également invités à signer des pétitions pour la libération de chacun des prisonniers ciblés.

« Une pétition, ça peut sembler bien futile, (...) mais depuis les 16 ans que l'on fait cette activité, nous avons aidé 151 écrivains, et parmi eux, 92 ont été libérés », note Mireille Elchacar.

Des mots qui émeuvent

« Pour Raïf Badawi, victime de la liberté de parole et des idées qu'elles donnent, même en Arabie Saoudite. Dans cette monarchie qui serait risible si elle n'était si richissime. Ce régime politique rigide, arriéré, oppressant, sale », lisait Louis Hamelin, qui a ému aux larmes plusieurs spectateurs.

Si l'auteur de La Constellation du lynx a accepté de se plier à cet exercice d'écriture, c'est par conviction politique, dit-il.

« C'est dur d'imaginer qu'encore aujourd'hui, dans certaines parties du monde, il y a des gens qui vont en prison pour avoir écrit des choses, mentionne-t-il. On se rend compte que la liberté de parole, c'est peut-être plus fragile qu'on pense, alors il faut la défendre. Et je pense que la principale fonction de la littérature, c'est justement de nous apprendre la liberté, donc quand on voit cette liberté bafouée à cause de la littérature, c'est sûr qu'il faut réagir. »

Difficile, rédiger une lettre de plusieurs pages à Raïf Badawi? « Non, ç'a coulé tout d'un jet hier matin, confie M. Hamelin. (...) Je trouve que c'est moyenâgeux qu'on puisse condamner quelqu'un à mille coups de fouet. On dirait que ça se passe sur une autre planète, littéralement. J'avais donc naturellement des choses à dire parce que j'étais déjà révolté par toute cette histoire. »

Pour Patrick Nicol, qui s'adressait quant à lui au Turc Ahmet Şık, arrêté en mars 2011 vraisemblablement pour son livre L'armée de l'Imam, la tâche fut plus ardue.

« J'ai trouvé la dédicace un peu difficile à écrire », avoue l'enseignant et auteur de La nageuse au milieu du lac. « Je trouve que les prisonniers d'opinion sont emprisonnés parce qu'ils ont eu beaucoup de courage: ils ont défié des circonstances très difficiles, alors que chez nous, la vie est plutôt facile. Alors on se sent un peu humble devant des gens avec autant de courage. »

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