Bois d'oeuvre: l'Estrie se croise les doigts

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Les producteurs forestiers de l'Estrie, qui exploitent majoritairement des terres privées, espèrent être exemptés des mesures protectionnistes réclamées par les Américains.

La Presse Canadienne

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(Sherbrooke) L'industrie forestière canadienne s'inquiète fortement des conséquences d'un nouveau conflit commercial sur le bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis. De leur côté, les producteurs forestiers de l'Estrie, presque exclusivement des producteurs frontaliers exploitant des terres privées, espèrent être exemptés des mesures protectionnistes imposées par les Américains.

«Lors de la dernière entente datant de 2006, les producteurs frontaliers qui exploitent des terres privées n'étaient pas visés par les droits compensatoires. Dans la nouvelle entente, on souhaite que tout le bois provenant de forêts privées soit encore exclu de droits compensatoires et de quotas, comme tous les produits transigés sur le marché. D'ailleurs plusieurs moulins frontaliers canadiens s'approvisionnent de bois provenant des États-Unis sur lequel aucune taxe ni quotas ne sont appliqués», explique André Roy, président du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec.

M. Roy sent une certaine nervosité de la part des producteurs forestiers de la région. «Mais moi, je suis plus optimiste qu'en 2006-2007 alors qu'on était en pleine crise. En 2005, il y avait eu 2,2 millions mises en chantier aux États-Unis. Ce chiffre était descendu en dessous de 500 000 en 2007. En 2016 et 2017, le nombre de mises en chantier aux États-Unis devrait tourner autour de 1,2 million. Ce n'est pas des chiffres records comme en 2005, mais en dépit des négociations et des incertitudes, l'industrie canadienne devrait réussir à sortir son épingle du jeu», ajoute le président du Syndicat.

Rappelons que les producteurs américains allèguent que le bois canadien vient des forêts publiques et que le gouvernement canadien impose des droits de coupe dérisoires. Pour eux, c'est une subvention déguisée qui permet aux producteurs canadiens de vendre leur bois à rabais, ce qui reviendrait à faire du dumping. Or, les producteurs forestiers de l'Estrie exploitent presque exclusivement des terres privées, des propriétés qu'ils ont achetées et entretenues par leurs propres moyens.

«Il serait faux de dire que l'entente ou l'expiration de l'entente ne touche pas l'Estrie, mais c'est toutefois marginal. Quelques petites scieries estriennes sont touchées par le conflit, mais c'est certain que l'Estrie est beaucoup moins touchée que d'autres régions comme le Saguenay, l'Abitibi et la Côte-Nord», note Mario St-Laurent, directeur des communications au Conseil de l'industrie forestière du Québec.

Entente de 2006

Un producteur forestier privé de Stratford souligne les différents volets de l'Entente de 2006.

«Les Américains en ont contre les forestières qui récoltent leur bois sur les terres publiques et qui, se faisant, bénéficient d'avantages indus. Par contre, ils n'ont rien contre les producteurs privés qui récoltent sur leurs propriétés. C'est pourquoi il y avait deux volets dans l'Entente de 2006. Celui concernant les moulins récoltant sur les terres publiques, situés principalement au nord du Saint-Laurent. Et celui concernant les moulins achetant leur bois de propriétaires de terres privées. Or, il faut savoir que ces derniers, une trentaine située au sud du Saint-Laurent, appelés moulins frontaliers ont été exemptés des contraintes de l'Entente et ne se sont vu imposer ni taxe compensatoire ni quotas par les Américains», fait remarquer le producteur Claude Pichette.

L'enjeu pour les producteurs forestiers estriens est donc que l'entente à venir inclut encore une fois cette exemption de taxes et de quotas pour les producteurs forestiers privés. 

«Le problème de fond est le protectionnisme des Américains, ce n'est pas un problème de fait», conclut le président du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec.

L'UMQ est inquiète

À quelques heures de l'expiration de l'entente sur le bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis, l'UMQ se montrait, mercredi, «extrêmement inquiète» du dur coup qui sera porté à l'économie des régions et de l'ensemble du Québec.

« La vitalité de nos communautés et de nos régions est directement liée à l'avenir du secteur forestier, dont dépend l'économie de plus de 220 municipalités québécoises. L'industrie génère près de 60 000 emplois directs sur l'ensemble du territoire, dans toutes les régions du Québec. Il est urgent que les parties mettent fin à l'incertitude créée par ce nouveau conflit commercial en reprenant les pourparlers et en tenant compte des réalités forestières spécifiques du Québec », a déclaré Alexandre Cusson, premier vice-président de l'UMQ et maire de Drummondville.

À cet effet, l'UMQ invite le premier ministre du Canada, le très honorable Justin Trudeau, à représenter les intérêts spécifiques du Québec lors de la reprise des pourparlers. L'Union appelle également tous les députés fédéraux du Québec à être proactifs et à prendre fait et cause en faveur du nouveau régime forestier québécois, mis en place en 2013. L'UMQ est d'avis que le Québec a fait un effort en se dotant d'un régime forestier qui répond adéquatement aux règles d'un libre marché demandé par les Américains et qu'il s'avère essentiel que le gouvernement fédéral priorise, dans le cadre des négociations d'un nouvel accord, une exemption pour le Québec.

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