L'opposition réclame la tête de Lessard

La CAQ, le PQ et Québec solidaire réclament... (Archives, La Presse)

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La CAQ, le PQ et Québec solidaire réclament  la démission du ministre des Transports Laurent Lessard, le temps de faire la lumière sur une série d'allégations qui visent sa conjointe Johanne Binette ainsi qu'un ex-employé et ami de longue date, Yvon Nadeau, qui gérait des entreprises ayant demandé, et parfois reçu, l'aide financière de l'État.

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Jocelyne Richer

(Québec) La fronde menée par les partis d'opposition contre le ministre Laurent Lessard ne cesse de prendre de l'ampleur, sur fond d'allégations de conflit d'intérêts et de népotisme.

Mercredi, la Coalition avenir Québec (CAQ) a joint sa voix au Parti québécois et à Québec solidaire pour réclamer à son tour la démission du ministre des Transports, le temps que la lumière soit faite sur cette série d'allégations visant dans un cas sa conjointe, Johanne Binette, et dans trois autres dossiers un ami de longue date et ex-employé de M. Lessard, Yvon Nadeau, qui gérait des entreprises ayant demandé, et parfois reçu, l'aide financière de l'État.

La CAQ demande aussi au Vérificateur général de mener une enquête sur l'ensemble du dossier. Déjà, le Commissaire à l'éthique doit produire un rapport sur le rôle éventuel du ministre Lessard dans l'octroi en 2015 d'une subvention de 3 millions $ à l'entreprise Pyrobium Énergies, appartenant à Yvon Nadeau.

Lors d'une mêlée de presse, le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, n'a pas caché sa contrariété devant ce qu'il a qualifié « d'acharnement » de la part des médias et de l'opposition sur le ministre des Transports. Outré, il a nié catégoriquement tout conflit d'intérêts et toute apparence de conflit d'intérêts impliquant la conjointe de M. Lessard, qui travaillait pour un organisme de développement d'habitations communautaires financé par le ministère des Affaires municipales, au moment où ce ministère relevait de son mari.

« Il commence à y avoir un certain acharnement sur mon collègue », a dénoncé M. Fournier, en notant que le programme de subventions en question était normé, donc géré par des fonctionnaires et non par le ministre.

La controverse autour de M. Lessard, qui ne cesse de s'amplifier de jour en jour, semble rendre le gouvernement de plus en plus nerveux. Se posant en victime, M. Fournier ne s'est pas gêné pour critiquer le travail des médias dans ce dossier, réclamant des journalistes « un petit peu de respect » pour les élus et leur famille.

« Quand on blaste nos conjointes, c'est dur, ça fait mal », a-t-il commenté.

Pourtant, dans le passé, M. Fournier n'a pas hésité à attaquer le conjoint de l'ex-première ministre Pauline Marois, Claude Blanchet, pour son rôle à la Société générale de financement. L'animatrice et productrice Julie Snyder estimait aussi que les libéraux avaient retiré un crédit d'impôt à la production télévisuelle parce qu'elle était à l'époque la conjointe du chef péquiste Pierre Karl Péladeau.

Le chef de la CAQ, François Legault, ne s'est pas montré impressionné par la sortie de M. Fournier, le « même gars qui criait contre le mari de Pauline Marois ». Il interpelle le premier ministre Couillard pour qu'il demande des comptes à son ministre des Transports.

Quant au principal intéressé, le ministre Lessard n'était pas en Chambre, mercredi. Il participait à une rencontre des ministres des Transports de tout le pays à Toronto.

Questionné en marge de la rencontre, M. Lessard a réaffirmé ce qu'il dit tous les jours depuis que la controverse a éclaté il y a quelques semaines, à savoir qu'il n'a rien à se reprocher et qu'il a accompli son travail « correctement ».

«Très bon ministre»

Devant les journalistes, le premier ministre Philippe Couillard a pris sa défense une fois de plus, lors d'un bref commentaire, qualifiant M. Lessard de « très bon ministre », même s'il n'est en poste que depuis un mois.

Selon le député Amir Khadir, le gouvernement s'enfonce dans le déni, plombé par des « conflits d'intérêts patents » et d'autres cas d'apparences de conflits d'intérêts.

Yvon Nadeau, le conseiller du ministre pendant des années, menait en parallèle diverses activités de gestion dans le secteur privé. En plus de diriger l'entreprise Pyrobium Énergies, il s'occupait notamment du développement des affaires et siégeait au conseil d'administration d'Innoltek, une entreprise qui cherchait à obtenir du gouvernement des avantages fiscaux.

Mercredi, la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, a réclamé une enquête du commissaire à l'éthique sur le rôle éventuel de M. Lessard dans le dossier d'Innoltek, une entreprise issue d'Oléotek, un centre de transfert de technologie, affilié au Cégep de Thetford Mines, qui a reçu 5 millions $ du gouvernement en 2011.

Autre source d'inquiétude pour l'opposition : le gouvernement a aussi versé une subvention de plus d'un million de dollars en 2008 à la station de ski du mont Adstock, située dans la circonscription de M. Lessard. Cette aide a ouvert la porte à un promoteur qui a construit des chalets au pied des pentes. Le gestionnaire de la location des chalets de la station de ski était le même Yvon Nadeau.

Ce dernier a été à l'emploi du ministre Lessard de 2003 à 2013, puis de 2014 à 2015, soit jusqu'à ce qu'il reçoive la subvention demandée un an plus tôt pour son entreprise, Pyrobium Énergies. L'épouse de M. Nadeau, Stéphanie Donato, était elle aussi employée du ministre Lessard à son bureau de comté, de 2012 à 2015. Le ministre est aussi le parrain du fils du couple.

Le dg d'Oleotek fait le point sur l'implication d'Yvon Nadeau

La circulation d'informations établissant des liens entre Yvon Nadeau, ex-attaché politique de Laurent Lessard, Oleotek et Innoltek, a conduit le directeur général du Centre collégial de transfert de transfert technologie Oleotek, David Berthiaume, à établir certains faits.

Oleotek a été créé en 2002, a d'abord rappelé M. Berthiaume. Il oeuvre dans le domaine de l'oléochimie industrielle. Comme une quarantaine d'autres CCTT, il contribue au développement économique de la province en permettant la création d'entreprises à partir des technologies développées dans ces murs.

C'est dans ce contexte qu'Innoltek a été créée à Thetford Mines. Oleotek a développé une technologie innovatrice qu'il a cherché à transférer en entreprise dès 2009. « À la suite de l'insuccès de la tentative, deux chercheurs du centre se sont montrés intéressés à commercialiser ladite technologie. En 2010, une entente de licence a été négociée avec ces employés du centre afin qu'ils puissent la commercialiser. Ils ont alors fondé Innoltek, une entreprise à but lucratif indépendante avec son propre conseil d'administration», explique David Berthiaume.

Le directeur général précise qu'Yvon Nadeau n'était pas impliqué dans la négociation de cette entente et qu'il n'est arrivé chez Innoltek qu'en 2014.

M. Berthiaume a tenu à dire que le Centre a reçu confirmation de l'obtention d'un financement de 4,7 millions $ dans le cadre du Programme de soutien à la recherche, volet 2, auquel s'ajoutait une contribution de 300 000 $ dans le cadre de la mesure de Soutien aux coûts d'exploitation et d'entretien du même programme.

David Berthiaume ajoute que ce n'est que le 16 octobre 2014, soit trois ans plus tard, qu'Yvon Nadeau est nommé au conseil d'administration d'Oleotek, à titre de représentant d'entreprise.

« C'est une pratique répandue et favorisée de voir siéger des dirigeants d'entreprises aux conseils d'administration des CCTT afin d'assurer que ces organisations demeurent bien au fait des enjeux de la PME québécoise », explique M. Berthiaume.

Jusqu'à maintenant, Yvon Nadeau a participé à cinq rencontres du c.a. et a touché une compensation imposable totale de 750 $ conformément aux politiques du CCTT. Avec Nelson Fecteau

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