Interdire les initiations n'est pas la solution aux violences

Interdire les initiations en milieu universitaire comme solution... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Interdire les initiations en milieu universitaire comme solution aux violences sexuelles est une solution trop simple pour un problème beaucoup plus complexe, estime la professeure Geneviève Paquette de l'Université de Sherbrooke.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) Interdire les initiations en milieu universitaire comme solution aux violences sexuelles est une solution trop simple pour un problème beaucoup plus complexe, estime la professeure Geneviève Paquette de l'Université de Sherbrooke, qui a participé comme cochercheuse à une vaste enquête sur la violence sexuelle dans six universités du Québec, dont l'UdeS.

Les contextes les plus fréquents en matière de violence sexuelle sont les activités festives et sociales, qui excluent le contexte des initiations, de même que les activités d'études et professionnelles, excluant les activités d'enseignement.

Rappelons que la ministre de la Condition féminine Lise Thériault a fait valoir que les universités devraient envisager l'interdiction des initiations.

« Les initiations ressortent, mais je vous dirais qu'elles sont au bas de la liste dans le contexte de prévention. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas effectuer de la prévention dans les contextes d'initiations, mais ce n'est vraiment pas le seul contexte, ce n'est sûrement pas celui qu'il faut viser seulement, car au contraire, les violences sexuelles se produisent tout au courant de l'année... »

L'étude a montré qu'une personne sur trois (employés et étudiants) a vécu une expérience de violence sexuelle depuis son entrée à l'université. Par violence sexuelle, on entend autant les remarques désobligeantes à connotation sexuelle que le harcèlement sexuel, jusqu'au cas d'agressions sexuelles.

Quelles mesures permettraient d'améliorer ce portrait? Geneviève Paquette cite des initiatives comme le Mois d'échange et de sensibilisation sur les agressions sexuelles en milieu étudiant (MESSAGE), qui s'est déroulé avec une foule d'activités permettant de sensibiliser la population à cette problématique. « Si on avait des tenanciers de bars qui s'engagent à faire partie de la solution, ça pourrait aussi être quelque chose d'intéressant. »

Initiative à Bishop's

Elle cite aussi l'initiative mise en place à Bishop's, qui offre depuis la rentrée une formation obligatoire principalement pour ses étudiants de premier cycle.

« On les forme à reconnaître les situations à risque, à les prévenir... Ce sont des pratiques prometteuses. » Il s'agit d'une mesure qui est mise en place aux États-Unis et qui est évaluée. Jusqu'ici, les résultats semblent intéressants.

« La solution serait d'asseoir le gouvernement, les directions d'université et les étudiants pour trouver des solutions porteuses à long terme », croit Mme Paquette.

Le problème est beaucoup plus complexe que d'interdire de telles activités, analyse Mme Paquette, en soulignant que les institutions ont aussi besoin de ressources. Et puis, souligne-t-elle, les agressions sexuelles ont lieu dans toutes sortes de milieux. « C'est un problème social d'abord. »

La militante féministe Mélanie Lemay, très impliquée dans la lutte aux violences sexuelles, ne croit pas non plus à la solution que laisse planer la ministre. « C'est très mal comprendre les enjeux qu'on essaie de mettre de l'avant... C'est un immense raccourci intellectuel », commente l'étudiante de l'Université de Sherbrooke.

Abolir ces activités d'intégration sociale n'est pas une solution, plaide aussi la présidente de la Fédération étudiante de l'UdeS (FEUS), Annie Marier. L'UdeS a déjà resserré l'encadrement des initiations il y a quelques années.

« L'ensemble des associations étudiantes doit soumettre la liste des activités au service de sécurité. » Des formations sont aussi offertes sur la notion de consentement sexuel.

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