Le «génie» d'appeler à l'aide dans les moments sombres

Après quatre ans d'études qui ont laissé de... (Spectre média, Marie-Lou Béland)

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Après quatre ans d'études qui ont laissé de lourdes traces sur sa santé physique et mentale, Geneviève Leroux était la fière porte-étendard de la faculté de génie lors de la Collation des grades de l'Université de Sherbrooke samedi.

Spectre média, Marie-Lou Béland

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(Sherbrooke) Si la majorité des nouveaux diplômés tendent systématiquement à attribuer une large part de leur réussite à leurs proches, encore faut-il avoir le courage de leur demander de l'aide lors des moments les plus sombres.

C'est précisément ce qui a permis à Geneviève Leroux de mettre la main sur son diplôme de génie civil samedi, lors de la collation des grades de samedi à l'Université de Sherbrooke.

Inconsciemment, la jeune femme de 25 ans ne peut s'empêcher de porter une main à son poignet lorsqu'elle repense à cette fin de session d'automne, en 2012.

« J'avais des pensées suicidaires et je m'étais fait du mal... J'appelle ça ma journée noire et ce n'est pas pour rien. »

Épuisée, angoissée à en devenir malade, Geneviève Leroux avait frappé un mur lors de la période des examens finaux en décembre.

« Je commençais ma deuxième année de bac et cette session-là, tout allait vraiment mal. Tout déboulait, j'étais en train d'échouer à des examens pour la première fois de ma vie et d'un événement à l'autre, ça faisait boule de neige. On était dans les examens finaux, et là, ç'a été la catastrophe. En plein milieu de mes finaux, il a fallu qu'on m'arrête. Je suis allée à l'hôpital. »

Les médecins lui diagnostiquent une dépression majeure. S'en suivent une médication et des rencontres hebdomadaires avec un psychologue. Trois jours après avoir entrepris son stage au retour des Fêtes, Geneviève Leroux se voit incapable de le poursuivre. Elle prendra les quatre mois suivants pour tenter de remonter la pente.

« Ç'a été vraiment difficile. J'avais peut-être cinq amis proches qui le savaient et ça m'a pris du temps juste à me déculpabiliser. Je me disais toutes les insultes. La dépression, au début, c'est un brouillard épais dans lequel tu ne vois pas ta propre main. Tranquillement pas vite, tu vois des gens entrer et le brouillard se tasser. »

«J'y tenais mordicus, parce que j'étais avec ma gang et je n'avais pas envie de recommencer avec une autre avec un an et demi de retard.»


Souhaitant à tout prix demeurer avec la même cohorte d'étudiants avec qui elle a tissé des liens serrés depuis son entrée à l'université, Geneviève Leroux préfère faire fi de la suggestion de spécialistes qui lui conseillent d'arrêter pendant un an pour se reposer et contacte plutôt ses professeurs pour trouver un moyen d'arriver à ses fins lors de la session d'été.

« J'y tenais mordicus, parce que j'étais avec ma gang et je n'avais pas envie de recommencer avec une autre avec un an et demi de retard. »

« J'ai rencontré mon chef de programme et je lui ai expliqué ma situation. J'ai réussi à faire retirer des cours et faire mon bac à temps partiel en poussant beaucoup. Il y a aussi Nathalie Roy, une enseignante, qui m'a beaucoup aidée. Le nombre de fois que je suis allée la voir... j'avais juste à lui écrire et elle était toujours là pour moi. »

Au cours de l'été, elle organise également une conférence à laquelle participeront des psychologues pour démystifier l'épreuve qu'elle a dû traverser et qui affectera un Québécois sur cinq au cours de sa vie. Toute sa classe s'y présentera.

« Ça faisait du bien de voir ma classe qui était là pour comprendre ce que je vivais. Pendant un an et demi, j'ai eu des gros up and down. Des fois, je m'effondrais, mais ils venaient me voir et me réconfortaient. Je savais que si je devais m'effondrer, j'allais avoir quelqu'un. »

De son propre aveu, la nouvelle ingénieure civile n'a pas l'impression d'avoir abordé un sujet tabou, préférant dire qu'il s'agit d'un sujet « incompris ».

« C'est plutôt de l'incompréhension. Des gens me demandaient si je n'étais pas triste simplement parce que je pensais l'être. Non. C'était un bouleversement chimique dans le cerveau et j'ai atteint ma limite. »

Si elle souffre de plusieurs maux aujourd'hui directement imputables à la dépression qu'elle a vécue, dont de l'insomnie, d'un trouble de mémoire temporelle et de fatigue, entre autres, elle est particulièrement fière d'avoir ouvert le dialogue rapidement et d'avoir terminé son parcours en compagnie de sa cohorte.

« C'est tellement le fun. Surtout être avec ma promotion, je suis vraiment contente. Je me suis forcée, je me suis allégée pour réussir et j'ai fini en août dernier. Je suis fière, mais très fière. Quand j'ai fini, j'ai ouvert une bouteille de champagne avec mes amis. Mon diplôme, c'est un gros remerciement à tous ceux qui m'ont aidée. »

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