Faire le deuil d'une chambre de bébé inhabitée

Véronique Côté, Nourah Belembaogo et Marie-Ève Plante organisent... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Véronique Côté, Nourah Belembaogo et Marie-Ève Plante organisent la Fête des anges, une soirée de recueillement en mémoire des bébés partis trop tôt.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) Véronique a perdu son fils, Willyam. Il avait quatre jours. Nourah avait complété 21 semaines de grossesse lorsqu'elle a accouché prématurément de sa petite Dounia, décédée dans les minutes suivantes.

Enceinte de 13 semaines, Marie-Ève devait abandonner l'idée de mettre au monde Gabriel. Willyam, Dounia, Gabriel. Des bébés, à terme ou en devenir, qui n'ont pas survécu, mais qui ont été nommés. Pleurés. Et aimés depuis.

« C'était le soir de Noël. Ça s'est fait tellement vite que je n'ai pas pu me rendre à l'hôpital. Ça s'est passé chez mes beaux-parents. Je n'avais eu aucune contraction dans les jours précédents. Tout allait bien. Puis, quelques crampes. Et le temps que je réalise ce qui se passait, j'avais accouché, seule, dans la salle de bain », se souvient Nourah Belembaogo qui apprendra par la suite qu'une incompétence du col de l'utérus était à l'origine du malheur.

De son côté, Marie-Ève Plante était heureuse de se rendre à sa première échographie. Jusqu'à ce que son médecin décèle quelque chose d'anormal, une mégavessie. « C'était incompatible avec la survie du bébé. Et sa clarté nucale était élevée. On m'a immédiatement proposé l'interruption de grossesse. Deux semaines plus tard, on procédait sans que j'aie vraiment de soutien », raconte-t-elle.

« Vous êtes jeunes, vous en ferez un autre. C'est pas un vrai deuil. Tu ne l'as pas accouché, c'est moins pire ». La mère a tout entendu.

« Chaque deuil se vaut. Il ne faut pas minimiser notre peine. Moi, on m'a arraché mon bébé. On l'a aspiré et on l'a détruit. J'ai voulu le voir, c'était important pour moi. J'aurais préféré qu'il soit entier plutôt qu'en petits morceaux », explique Marie-Ève qui, comme Nourah, est aujourd'hui mère de deux enfants.

Une vie de quatre jours, 

un amour qui ne meurt pas

Willyam était le premier enfant de Véronique Côté. À cause d'une malformation cardiaque non décelée lors des échographies, il est décédé quatre jours après l'accouchement. Ses parents étaient en plein deuil lorsque Véronique est retombée enceinte, quelques semaines après le décès de leur aîné.

« C'était une surprise. On était sous le choc. C'est étrange, car tu vis le deuil de ton fils et la croissance d'un nouveau bébé dans ton ventre. C'était très ardu en terme d'émotion. Dix mois jours pour jours après la naissance de Willyam, mon deuxième fils naissait. Je berçais mon bébé et parlais à l'autre qui était au ciel », se souvient celle qui a deux fils aujourd'hui.

Dix ans après sa mort, Willyam fait toujours partie de la famille. Des photos de lui sont accrochées aux murs de la maison. Son urne meuble le salon. Ses deux petits frères posent des questions. 

« On en parle et c'est de cette façon que Willyam continue à vivre. À l'école, lorsque les enfants ont à présenter leur famille, ils parlent de leur grand frère. Je crois que ça contribue à faire tomber les tabous entourant le deuil périnatal. J'espère que cette ouverture d'esprit fera en sorte que le parent qui le vit ce deuil ne restera pas caché dans son coin sans savoir vers quelles ressources se tourner », note Véronique.

Sentiment de culpabilité

Sortir de l'étage des naissances de l'hôpital sans nourrisson. Une chambre de bébé décorée qui reste inhabitée. Le sentiment de culpabilité. Le deuil périnatal vient avec son lot de tourments. 

Parce qu'elles sont passées par là, les trois mères organisent, samedi, la 4e édition de la Fête des anges de Sherbrooke, un événement qui honore tous les enfants décédés en cours de grossesse, à l'accouchement ou durant les premières années de vie. Veillée à la chandelle, paroles réconfortantes, musique et période de recueillement seront au programme. 

La Fête des anges se tiendra samedi à 18 h 30 au Sanctuaire de Beauvoir de Sherbrooke. Les profits recueillis à la suite des ventes de chandelles serviront à financer les activités liées au deuil périnatal organisées par Naissance Renaissance Estrie. Toute la population est invitée à l'événement. Pour plus information : 819 239-3876 ou fete-des-anges-sherbrooke@outlook.com.

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