Un jour noir dans l'histoire du monde

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Le 11 septembre 2001 doit être considéré comme « un jour noir dans l'histoire de l'humanité » compte tenu de l'ampleur de ses conséquences.

Associated Press

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(Sherbrooke) Pour Hafid Aggouram, le président de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE), l'impact des attentats de New York correspond à rien de moins qu'une « catastrophe », dit-il. Non seulement pour les musulmans, mais pour l'ensemble des relations interculturelles à l'échelle de la planète, ajoute-t-il.

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Hafid Aggouram, président de l'Association culturelle islamique de l'Estrie, juge que l'impact des attentats du 11 septembre correspond à une « catastrophe », non seulement pour les musulmans, mais pour l'ensemble des relations interculturelles à l'échelle de la planète.

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Mohamed Golli, secrétaire de l'ACIE

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Ingénieur de formation et professeur à l'Université Bishop's, M. Aggouram vivait aux États-Unis lors des événements. Pour lui, le 11 septembre 2001 doit être considéré comme « un jour noir dans l'histoire de l'humanité » compte tenu de l'ampleur de ses conséquences.

« Ce que ces gens-là (les terroristes) ont fait à l'humanité, je n'ose pas employer les mots pour décrire ce que je pense... Ils ont changé carrément la perception de l'humanité. Non seulement pour les musulmans, mais pour le monde entier. Car c'est le monde entier qui paie aujourd'hui pour ce qu'ils ont fait : Al Quaeda et Deash, ce sont eux qui les ont créés », déplore M. Aggouram, en évoquant le climat de méfiance et d'insécurité qui prévaut depuis les attentats.

« Avant le 11 septembre, tout était beau, se souvient-il. Je vivais aux États-Unis et j'avais le sentiment que tout était possible. Les différences entre les cultures n'étaient pas un obstacle pour personne. Maintenant tout cela a changé, plus rien n'est pareil. Nous devons vivre avec les conséquences. Malheureusement, je crois que mes enfants et mes petits-enfants vont, eux aussi, devoir vivre avec les impacts, que ce soit au chapitre de la sécurité, des gouvernements, etc. ».

Un château de cartes

Mohamed Golli, l'actuel secrétaire de l'ACIE, est lui aussi d'avis que les attentats du 11 septembre 2001 ont eu un impact « à tous les niveaux » de la société.

Professeur en management à l'École des sciences de la gestion (ESG-UQÀM), M. Golli était conseiller en affaires internationales pour le ministère québécois de l'Industrie et du Commerce lorsque les deux avions remplis de passagers se sont incrustés dans les tours jumelles du World Trade Center. Avec plusieurs hauts fonctionnaires de ce ministère, M. Golli avait contribué à mettre sur pied l'imposante mission économique que le gouvernement du Québec avait prévu mener dans la métropole américaine, dirigée par Bernard Landry.

« Toute la mission économique venait de s'écrouler comme un château de cartes, se rappelle-t-il. « Lorsque je suis arrivé à mon bureau, l'un des sous-ministres en place m'avait dit : "Mohamed, les choses viennent de changer pour toujours. Ben Laden vient de faire une sale job..." Et il avait raison. »

Comme plusieurs membres de sa congrégation, M. Golli constate que les relations impliquant les musulmans se sont considérablement détériorées depuis les attentats. Mais il dit militer fermement pour que le dialogue se rétablisse. Il croit que les musulmans, et les immigrants en général, ont un rôle majeur à jouer dans l'harmonisation des relations interculturelles.

« Il faut cesser de se plaindre et de penser que la communauté d'accueil est raciste ou intolérante. Il ne faut pas s'isoler. Il faut se dire : "Qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui pour m'intégrer?", propose M. Golli. Ce que nous vivons (les tensions) présentement est davantage lié à une crise de culture. Il faut apprendre à se connaître », plaide le secrétaire de l'ACIE.

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Mohamed Gueye

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Moussa Ibrahim

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Un climat de méfiance s'est installé, déplorent des musulmans

Quel effet les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont-ils eu sur la communauté musulmane? Quel regard les musulmans sentent-ils sur eux depuis les événements? Et où en sont les relations entre eux et leur communauté d'accueil, 15 ans plus tard?

À quelques nuances près, tous les musulmans rencontrés à la sortie de la mosquée A'Rhamane vendredi ont reconnu que les événements du 11 septembre 2001 ont provoqué des « changements », dans leur vie de tous les jours. Plusieurs ont évoqué un « sentiment de méfiance » à leur égard et envers tout ce qui touche de près ou de loin à l'islam.

Mohamed Gueye, qui vit à Sherbrooke depuis 13 ans, dit que les événements du 11 septembre ont été « un bouleversement à tous les niveaux », y compris sur le plan personnel.

« C'est certain qu'il y a un climat de méfiance qui s'installe de jour en jour, constate-t-il. Il suffit de porter un nom comme Mohamed pour s'apercevoir que les gens deviennent tout à coup méfiants», fait remarquer ce père de famille, né au Sénégal il y a 43 ans.

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Driss Hdoud

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Ali Yessin

Spectre Média, Maxime Picard

Aucune commune

Originaire de France, Moussa Ibrahim reconnaît qu'il n'y a aucune commune mesure entre ce que vivent les musulmans vivant en Europe et ceux du Québec. Du moins pour le moment, précise-t-il.

« Ce que j'ai vécu en France, je ne l'ai pas vécu encore ici, mais il y a une tendance vers la méfiance qui s'installe ici qui me fait un peu peur », souligne-t-il, en montrant les médias du doigt dans la façon dont ils traitent certaines informations. « Parfois, sans le savoir, ils diffusent des informations qui se passent à l'autre bout du monde et qui, une fois rendues ici, créent un sentiment de peur ou de méfiance », observe ce jeune informaticien âgé de 28 ans.

Tout en reconnaissant que « beaucoup de choses ont changé » depuis le 11 septembre 2001, Driss Hdoud préfère pour sa part regarder la situation avec sagesse et réalisme. 

« Bien sûr qu'il y a des dérangements pour les musulmans », dit-il, en faisant référence aux « regards que certains portent » envers les musulmans et qui n'existaient pas auparavant. « Mais ce n'est pas tout le monde, c'est une minorité », insiste ce machiniste à la retraite. « Et c'est normal, car tout le monde est touché par ce qui arrive depuis le 11 septembre », ajoute-t-il avec philosophie.

Âgé de 19 ans, Ali Yessin n'avait que 4 ans lorsque les tours jumelles ont été attaquées. Ayant dû fuir l'Irak alors qu'il avait 11 ans, il dit ressentir les effets des nombreux attentats commis depuis ce temps au nom de l'islam.

« Souvent, quand je dis que je suis arabe, j'entends des blagues, du genre : 'Ah, tu es arabe! Tu dois savoir fabriquer des bombes'. Ou toute sorte d'autres choses. Même si c'est dit en riant, ça devient agaçant à la longue », avoue-t-il.

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