Allergies graves: Léa peut rêver d'une crème glacée

Depuis sa tendre enfance, la Sherbrookoise Léa Tremblay-Benoit... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Depuis sa tendre enfance, la Sherbrookoise Léa Tremblay-Benoit est allergique au lait, aux oeufs et aux noisettes. Ces allergies graves sont une préoccupation quotidienne pour elle et sa famille.

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(Sherbrooke) Difficile d'imaginer qu'un simple verre de lait peut être potentiellement mortel. C'était pourtant la réalité de tous les jeunes participants au programme d'immunothérapie oral du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), à Montréal. Grâce à ce programme de recherche ambitieux, le premier de la sorte offert au Canada, 15 enfants du Québec n'ont maintenant plus cette allergie. Et quelques dizaines d'autres jeunes Canadiens peuvent rêver de manger des produits laitiers à volonté.

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Avec le programme de désensibilisation aux allergies au lait, le Dr Bruce Mazer, expert en allergies au Centre de médecine innovatrice du CUSM, caresse l'espoir d'offrir un changement de vie aux jeunes patients.

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C'est le cas de la Sherbrookoise Léa Tremblay-Benoit. Depuis sa tendre enfance, Léa est allergique au lait, aux oeufs et aux noisettes. Ces allergies graves sont une préoccupation quotidienne pour elle et sa famille.

« On regarde toujours les ingrédients de ce qu'on achète. Et il faut faire très attention quand on voyage ou qu'on va au restaurant », explique l'adolescente de 13 ans qui participe au programme depuis avril.

Dans les faits, la famille Tremblay-Benoit va très peu au restaurant et les recettes maison sont reines sous son toit. La famille cuisine elle-même son fromage de cajous, des béchamels sans lait, toutes les pâtisseries, la boulangerie, la pâte à pizza. Tous les repas, en somme.

« Du lait, il y en a partout, alors c'est certain qu'on doit tout cuisiner ou vérifier. À la maison, on s'adapte. C'est quand on sort de la maison qu'on doit faire très attention », note la mère de Léa, Karine Tremblay.

Pour Léa, pas question d'échanger ses collations avec des copines. Elle doit aussi amener son repas aux fêtes d'amis.

On lui a raconté que la crème glacée, c'est délicieux. Elle y rêve.

« Jusqu'à huit pour cent des enfants ont des allergies alimentaires, que ce soit au lait, aux noix, aux oeufs, aux poissons, aux arachides. Mais dans les faits, les allergies touchent beaucoup plus de gens. Si on pense aux parents, aux grands-parents, aux personnes travaillant dans les garderies, les écoles et les restaurants qui doivent lire les étiquettes et changer leur façon de faire », souligne le Dr Bruce Mazer, expert en allergies au Centre de médecine innovatrice du CUSM.

Avant ce programme de désensibilisation, les personnes allergiques n'avaient pas d'espoir de voir leur condition s'améliorer.

« Tout ce qu'on pouvait leur dire était d'éviter les aliments, de trainer leur EpiPen et d'être prudents. Maintenant, on offre l'espoir d'un changement de vie. Un espoir qui se concrétise bien souvent. On mange trois fois par jour et maintenant, ces gens peuvent le faire de façon sécuritaire », se réjouit le Dr Mazer.

Résultats encourageants

Depuis une dizaine d'années, des programmes d'immunothérapie semblables ont été mis sur pied en Europe et aux États-Unis, mais celui du CUSM est le premier offert au Canada en ce qui concerne les allergies au lait. Le programme a débuté en 2014 et une cinquantaine d'enfants de 6 à 22 ans y participent.

« Les résultats du programme sont très prometteurs. À ce jour, nous avons un taux de succès de 70 pour cent », précise le chercheur.

Le programme s'étale sur quelques mois. Et il n'engendre aucun coût pharmacologique.

« Les jeunes boivent du lait tout simplement. On commence la désensibilisation avec une petite quantité, soit 0,1 millilitre de lait dilué 100 fois et ce pendant deux jours. Après, on augmente la dose graduellement chaque semaine jusqu'à ce qu'on atteigne 300 millilitres. L'augmentation de la dose se fait toujours à l'hôpital pour qu'on puisse contrôler les réactions s'il y a lieu », explique le Dr Mazer, précisant qu'après environ 8 mois, les participants peuvent manger leur première lasagne, poutine ou pizza.

Les risques allergiques sont bien réels et le Dr Mazer en témoigne. « Le beurre dans une recette peut être mortel. Je me rappelle un cas tragique. Une petite fille de onze mois était assise sur les genoux de son père qui buvait un thé dans lequel il avait mis un peu de lait. Pour une raison inconnue, le père avait donné une gorgée à la fillette. Elle a été admise aux soins intensifs, mais n'a pu être sauvée. C'était horrible », se souvient celui qui est allergologue depuis 25 ans.

Les parents de Léa rêvent de la voir vivre sans contraintes.

« Quand on a des enfants, faire des sacrifices pour eux, ça ne nous dérange pas. Je ferais ces sacrifices toute ma vie et je prendrais ses allergies même, si je pouvais. C'est vraiment pour changer sa vie à elle qu'on fait ça. Pour qu'elle puisse voyager et qu'elle puisse partager des repas avec ses amis », explique le père de Léa, Jean-François Benoit.

Dans quelques semaines, Léa pourra manger son premier cornet de crème glacée à vie. Elle a déjà choisi la saveur. Aux bleuets.

Et elle peut déjà commencer à rêver à d'autres aliments jusqu'ici interdits puisque les chercheurs du CUSM commenceront sous peu des recherches cliniques pour les allergies aux oeufs et aux noix.

Bientôt dans un restaurant loin de chez elle, Léa pourra peut-être commander n'importe quoi sans courir de danger.

Pourquoi pas des oeufs Bénédicte avec une vraie sauce hollandaise accompagnés d'une rôtie au beurre de noisettes?

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