Pas question de descendre du vélo sur Portland

L'abandon du projet de passerelle cyclable enjambant l'autoroute... (Archives, La Tribune)

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L'abandon du projet de passerelle cyclable enjambant l'autoroute 410 pour le remplacer par une piste multifonctionnelle sur un trottoir élargi, pour 1,4 M$, ne fait pas l'unanimité.

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(Sherbrooke) L'abandon du projet de passerelle cyclable enjambant l'autoroute 410 pour le remplacer par une piste multifonctionnelle sur un trottoir élargi, pour 1,4 M$, ne fait pas l'unanimité. La possibilité évoquée au conseil municipal de forcer les cyclistes à descendre de leur vélo pour traverser la structure est particulièrement en cause. Les élus n'ont pas statué en ce sens pour le moment.

Si la directrice du Service des infrastructures urbaines à la Ville de Sherbrooke Caroline Gravel ne recommandait pas la répression des cyclistes fautifs, certains élus formulaient une opinion divergente. Au conseil, l'idée d'ajouter une signalisation demandant aux cyclistes de marcher à côté de leur vélo était justifiée par le fait que Vélo Québec recommande que le trottoir ait une largeur de 3,75 m s'il est partagé entre les cyclistes et les piétons. Le nouveau trottoir aurait une largeur de 3,1 m.

Or, Marc Jolicoeur, directeur de la recherche à Vélo Québec, explique que la norme de 3,75 m est fixée par le ministère des Transports du Québec. « Vélo Québec n'est pas très chaud à l'idée de demander aux cyclistes de descendre de leur vélo. C'est comme si le CAA demandait aux automobilistes de rouler à 10 km/h. Le partage de la voie entre les cyclistes et les piétons peut se faire dans certains cas. Nous travaillons plutôt à faire modifier le code de la sécurité routière pour indiquer clairement que les piétons ont priorité. Les cyclistes devraient donc circuler à vitesse réduite, soit à moins de 10 km/h, dans les zones piétonnes. »

Pour M. Jolicoeur, l'ajout de panneaux n'est pas une bonne idée. « Ça voudrait dire qu'il est toujours obligatoire de descendre de son vélo pour traverser le viaduc. »

Sur Facebook, plusieurs cyclistes ont mentionné qu'ils continueraient de circuler sur la chaussée s'ils devaient descendre de leur vélo pour circuler sur le trottoir. Au conseil municipal, la conseillère Hélène Dauphinais avait pour sa part cité le pont Terrill en exemple, où les cyclistes peuvent circuler sur le trottoir sans autres obligations.

Caroline Gravel confirme que le trottoir à cet endroit est encore moins large que celui projeté sur Portland, à 2,5 m. « Mais il n'y a pas de piétons. Ils sont de l'autre côté. Là encore, le trottoir ne respecte pas la nouvelle règlementation. Il faudrait 1,5 m par voie. Nous ne pouvons toutefois pas élargir le trottoir du pont Terrill. »

Pour ou contre la signalisation? Sans se prononcer Mme Gravel prévient qu'il faut garder en tête que la Ville a une responsabilité. « S'il n'y a pas de pancarte et qu'un cycliste percute un piéton, quelle est la responsabilité de la Ville? »

« Manque de cohérence »

Le Conseil régional de l'environnement de l'Estrie (CREE) parle pour sa part d'un « flagrant manque de cohérence » quand est évoquée la possibilité de forcer les cyclistes à traverser le viaduc à pied. « Les cyclistes utilitaires utilisent leur vélo comme moyen de transport, donc ne débarquent pas de leur vélo. [S'ils sont forcés de le faire] les cyclistes rejoindront le trafic automobile sur une chaussée qui sera désormais plus étroite, donc ils auront moins d'espace de dégagement », dénonce-t-il dans un communiqué.

C'est que les voies automobiles passeront de 3,6 à 3,3 m pour permettre d'élargir le trottoir. « Demander aux cyclistes de débarquer de leur vélo, c'est aller à contresens de tous les efforts portant sur le volet transport actif et l'ouverture aux autres modes actifs de déplacement mis en place depuis 2009 pour réaliser le Plan de mobilité durable. [...] D'une part, on s'acharne à faire la promotion des transports actifs, de l'autre, les ingénieurs de la Ville proposent des solutions qui démontrent un manque de compréhension des modes de transport actif. »

Le CREE suggère que « la Ville devrait se doter d'un véritable comité consultatif sur le développement des transports actifs en y intégrant des spécialistes et usagers du vélo ».

Marc Desrosiers, de Vélo urbain Sherbrooke, n'en a pas contre l'élargissement du trottoir, mais partage l'opinion qu'il ne faudrait pas forcer les cyclistes à descendre de leur vélo. « Ça fait pas mal jaser. Ça veut dire que les gens sont intéressés par le développement de cet axe cycliste. Nous sommes contents que la Ville continue de travailler pour développer des solutions viables pour tout le monde. Si on veut que cet axe soit sécuritaire et utilisé un jour, il nous faut le tronçon au-dessus de la 410.

« Le trottoir n'est pas la solution idéale, mais c'est peut-être une avancée intéressante. Je ne pense pas qu'on peut demander aux cyclistes de descendre de leur vélo parce que ces infrastructures sont mises en place pour encourager l'usage du vélo. Les cyclistes veulent donc que leurs déplacements soient rentables en termes de temps. Amener les cyclistes sur le trottoir les protégera. Si la piste est bien conçue, elle sera utilisée. Si on investit plus de 1 M$, il faut faire quelque chose qui encouragera l'utilisation du vélo, parce que les cyclistes ne seront pas intéressés à descendre. À Sherbrooke, on n'est pas toujours cohérent dans le développement, mais il y a un plan d'avenir et il faut des réalisations qui dureront. »

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