Personnes trans: une psychiatre défend l'approche du CIUSSS-CHUS

Mélissa Christienssens a été suivie de février 2015... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Mélissa Christienssens a été suivie de février 2015 à février 2016 par la psychiatre Sylvie Godbout au CIUSSS de l'Estrie - CHUS parce qu'elle souhaitait subir une opération de changement de sexe. Après avoir reçu des services « insatisfaisants », dont une lettre de recommandation qui a été refusée par la clinique de chirurgie, Mme Christienssens a transmis une plainte au CIUSSS de l'Estrie - CHUS, comme au moins trois autres transgenres.

Spectre Média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) «Les propos rapportés confirment ce que je disais la semaine dernière: de façon générale, les trans sont des gens faciles et agréables, mais il existe une petite faction d'extrême droite plus revendicatrice qui exige des choses qui ne sont pas acquises. Les trans sont des gens malheureux, mais ce ne sont pas des gens malades. Dans le milieu hospitalier, la priorité est de traiter les gens malades. Ce ne sont pas des gens psychotiques ou de grands déprimés donc les délais ne sont pas les mêmes.»

La psychiatre Sylvie Godbout réagit au témoignage, publié mardi, d'une de ses patientes trans, Mélissa Christienssens, qui dit avoir reçu un service «insatisfaisant» du CIUSSS de l'Estrie - CHUS. Mme Christienssens se plaignait notamment de la courte durée des rencontres de suivi avec la psychiatre et du refus de la lettre de recommandation rédigée par cette dernière pour la seule clinique de changement de sexe au Québec, située à Montréal.

Rappelons que pour être admissibles à la chirurgie de changement de sexe, les personnes trans doivent obligatoirement obtenir deux lettres de recommandation rédigées par deux professionnels de la santé distincts (psychiatres, psychologues, sexologues ou thérapeutes spécialistes du genre).

«Le refus de ma lettre s'explique par un changement dans les procédés de la clinique montréalaise. Ce n'est que depuis le printemps que la clinique utilise les critères de la World Professional Association for Transgender Health et personne ne m'avait avisée. Par le passé, mes lettres avaient toujours été acceptées. Lorsque j'ai été mise au courant, je me suis adaptée. Et si la patiente m'avait demandée de réécrire la lettre, je l'aurais fait. Je l'ai fait sans problème pour d'autres patients. Je crois que la situation aurait pu se régler autrement», note la psychiatre.

Pour ce qui est de la durée des rencontres mensuelles étalées sur environ une année, la patiente témoignait que ces dernières n'avaient «duré qu'une quinzaine de minutes, alors qu'en moyenne, les suivis devraient durer 50 minutes.»

«Je ne sais pas où les références ont été prises, mais les rencontres de 50 minutes étaient la norme il y a 20 ou 30 ans. Aujourd'hui, on ne fait pas de psychothérapie, dans aucun type de suivi psychiatrique, on fait un suivi médical davantage axé sur le présent, les changements de médication ou de facteurs sociaux.»

Par ailleurs, Dre Godbout soutient qu'elle avait une bonne relation avec Mélissa Christienssens et ce jusqu'à leur dernière rencontre au cours de laquelle la lettre de recommandation devait être remise à la patiente. «J'ai dicté cette lettre pendant mes jours de congé, mais lors de ma rencontre, la secrétaire n'avait pas eu le temps de la dactylographier. On a une secrétaire pour huit docteurs et il y avait d'autres priorités. Je crois que ces exigences étaient peut-être exagérées», déplore celle qui complètera le suivi de la quinzaine de trans qu'elle suit déjà avant de se retirer de la pratique.

Pour ce qui est de la plainte de Mélissa Christienssens, Dre Godbout va laisser le procédé établi suivre son cours, mais souligne ne «rien avoir à se reprocher».

Plus que malheureux

«Que ce soit en santé mentale ou physique, les listes d'attente peuvent être longues et les gens qui souffrent trouvent les délais longs», appuie Marc-André Raymond, seul psychologue estrien qui possède la formation nécessaire pour recevoir (au privé) les personnes trans.

Mais le psychologue n'est pas entièrement d'accord avec la psychiatre Godbout. «C'est vrai qu'être trans n'est pas une pathologie, mais certains trans vivent une détresse importante par rapport à leur genre. Comme la dépression, cette détresse peut se vivre à des intensités différentes et cela peut devenir une question de vie ou de mort», note-t-il rappelant que le taux de tentative de suicide chez les trans est plus élevé que celui de la population en général.

M. Raymond précise que le délai entre la première rencontre et l'émission de la lettre de recommandation pour la clinique de changement de sexe varie selon le patient. «Il m'est arrivé d'émettre une lettre après seulement trois semaines. Mais si on ajoute 6 ou 9 mois d'attente avant d'avoir accès à une ressouce professionnelle, ça peut être long», conclut-il.

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