Une ex-membre de «La Meute» dénonce l'autoritarisme du groupe

La Sherbrookoise Suzanne Tessier dénonce le caractère militaire... (Spectre Média, René Marquis)

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La Sherbrookoise Suzanne Tessier dénonce le caractère militaire et intransigeant de «La Meute».

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) Une Sherbrookoise ayant fait partie de «La Meute» tient à mettre en garde les citoyens qui seraient tentés de joindre ce mouvement mis sur pied à l'automne 2015 dans le but de «faire face à l'islam radical». Selon elle, le fonctionnement de «La Meute» s'apparente davantage à «une secte» qu'à un mouvement citoyen puisque une fois au sein de « La Meute», aucune divergence d'opinions n'y est tolérée. Elle décrit le chef de «La Meute «, Éric Corvius, comme «un gourou» colérique  devant qui «tous ses acolytes se mettent à genoux».

Âgée de 72 ans, Suzanne Tessier a adhéré à «La Meute» en octobre dernier. Elle dit avoir joint cette organisation parce qu'elle croyait - et croit toujours - que l'objectif premier de «La Meute» (contrer la montée de l'islam radical) est louable. Par contre, elle se dit en total désaccord avec «les façons de faire autoritaires et intransigeantes» de ses dirigeants.

«Je trouve que leur but est extraordinaire. Je suis d'accord avec le fait qu'on ne doit pas laisser les extrémistes musulmans imposer leur vision dans notre pays. On les a accueillis ici de bonne foi, qu'ils respectent nos lois, nos droits, nos valeurs et nos traditions», précise Mme Tessier. Ce qu'elle reproche à «La Meute», c'est son intransigeance face aux opinions divergentes de ses propres membres lorsqu'il est question des moyens visant à contrer la montée de l'islam radical.

«Ils disent qu'ils veulent former une meute de loups capable de défendre nos droits et nos valeurs, mais en réalité, ce qu'ils veulent, c'est que les membres les suivent comme un troupeau de moutons», s'insurge cette diplômée universitaire à la retraite, qui a fondé plusieurs organismes, dont l'Association des familles monoparentales et siégé à diverses organisations à but non lucratif (OBNL).

Mme Tessier a décidé de raconter publiquement son expérience après avoir appris que «La Meute» avait distribué un tract dans les rues de Sherbrooke, le 19 août dernier. Dans ce tract, «La Meute» se décrit comme «un mouvement citoyen qui désire rassembler ceux et celles qui sont inquiets pour l'avenir de nos enfants et de nos terres face à la montée de l'islam radical qui, lui, désire voir la charia avoir préséance sur toutes autres lois.»

«Contre l'envahisseur»

Les auteurs du document ajoutent que les membres de «La Meute» ne sont «pas une milice, une secte, un mouvement de l'extrême droite; ni ne sommes racistes, xénophobes, homophobes, misogynes ou islamophobes». Ce tract invitait ainsi les citoyens à joindre ses rangs afin de lutter «contre l'envahisseur».

Or, tient à prévenir Suzanne Tessier, «sachez dans quoi vous vous embarquez!» dit celle qui ne fait plus partie du mouvement depuis la fin juin. Pour en avoir fait partie et avoir participé à ses activités pendant huit mois, Suzanne Tessier est formelle: «La Meute» a toutes les apparences d'une secte. Une secte dont le chef Éric Corvus, un résidant de Québec, se comporte comme «un gourou narcissique» qui ne tolère aucune remise en question de son autorité.

Suzanne Tessier dit avoir été expulsée de «La Meute» à deux reprises. Une première fois au début juin après que les dirigeants l'eurent confondue avec une autre membre qui avait exprimé une opinion divergente. Puis, une deuxième fois, à la fin de juin après qu'elle eut défendu ouvertement deux femmes, qui avaient osé mettre en question certaines décisions de ces mêmes dirigeants. Selon Mme Tessier, ces deux femmes ont été injustement rabrouées par les dirigeants de «La Meute».

«J'ai été outrée par la façon dont ils ont traité ces femmes, dit-elle. Pour eux, il n'y a aucune présomption d'innocence, aucune nuance. C'est blanc ou c'est noir. Je leur ai dit qu'ils (les dirigeants) étaient misogynes et qu'ils avaient peur des femmes moindrement fortes qui se tiennent debout...», raconte Mme Tessier au sujet des motifs qui ont mené à son expulsion.

Quatre ex-membres de «La Meute», dont les deux femmes qu'a voulu défendre Suzanne Tessier, ont confirmé à La Tribune le caractère «intransigeant» des dirigeants de «La Meute». Tous ont toutefois requis l'anonymat, soit par «peur de réprésailles», soit «pour ne pas nuire à l'objectif» de contrer la montée de l'islam radical.

Mme Tessier dit s'inquiéter également du comportement des dirigeants, de «La Meute» et en particulier de son chef Éric Corvus, qu'elle décrit comme «un être narcissique au dernier degré» qui ne tolère aucune remise en question de ses opinions ou de ses façons de faire.

«Lorsqu'il fait des discours, il lui arrive de faire des montées de lait incroyables, dit-elle. Il a peur de tout, il voit des menaces partout. Il se comporte vraiment comme un gourou. Tout est relié à sa petite personne. Et ses cinq acolytes sont toujours à ses genoux. Personnellement, ça me fait peur...», avoue-t-elle.

Un souper sous haute sécurité...

Durant les quelques mois où elle fut membre de «La Meute», Suzanne Tessier dit avoir été témoin de faits troublants sur la façon dont ce mouvement est dirigé et du caractère violent de certains de ses éléments.

Elle raconte que lors d'un souper spaghetti, tenu le 21 mai dernier, au centre communautaire Charlesbourg de Québec, les mesures de sécurité entourant ce souper ressemblaient à celles que l'on retrouve dans un aéroport...

«Lorsqu'on est arrivé dans la salle, il y avait des membres de la cellule sécurité de «La Meute» qui nous 'screenaient' le corps avec des bâtons de détection de métal. Ils avaient même des walkies-talkies, avec un micro dans les manches et des écouteurs dans les oreilles. Ils étaient équipés comme les agents de sécurité qu'on rencontre dans les aéroports...», se rappelle Mme Tessier au sujet de ce souper qui aurait réuni près de 150 personnes. Des mesures de sécurité étaient aussi en place lors du repas cabane à sucre tenu quelques mois plus tôt à Valleyfield, ajoute Mme Tessier.

C'est à ce moment que Suzanne Tessier dit avoir commencé à entretenir des doutes sur la personnalité des dirigeants. «Je me suis dit: 'Non, mais pour qui ils se prennent, Éric Corvus et compagnie?' On dirait qu'ils paranoïent tout le temps. C'est correct d'avoir peur, mais il y a une limite à voir des dangers partout, là où il n'y en a pas...».

Violence

Elle dit aussi avoir observé chez certains membres des comportements violents, qui lui font craindre des débordements. «Il y a des gens violents là-dedans, c'est clair. Ce n'est pas la majorité, et ils sont contrôlés, mais je crains que ces éléments puissent être tentés, éventuellement, de former une milice. Ce n'est peut-être pas dans les cartons, mais je crains ça», dit-elle en se basant sur ses observations.

Enfin, Suzanne Tessier croit que «La Meute» fait littéralement fausse route dans sa volonté de contrer «la montée de l'islam radical».

«Selon moi, ils devraient prendre les moyens juridiques et politiques pour défendre leur cause. Qu'ils se se forment un lobby, dit-elle, qu'ils se servent de la Charte (des droits et libertés) et des tribunaux, comme le font les islamistes, pour faire valoir leurs points de vue. Ou encore qu'ils se forment en parti politique. Chose certaine, je ne pourrai jamais être d'accord avec leurs façons de faire actuelles.»

Plusieurs ex-membres de «La Meute» se sont constitués de nouveaux groupes afin de contrer à leur façon la montée de l'islam radical.

L'un d'eux, «les justiciers du peuple», a tenu une première assemblée en août à Drummondville réunissant une cinquantaine de sympathisants. Une autre rencontre est prévue le 17 septembre, toujours à Drummondville, dans un endroit gardé secret.

Selon ce que La Tribune a pu apprendre, «les justiciers du peuple» comptent se servir de cette réunion pour jeter les bases d'une manifestation qui doit avoir lieu à la mi-octobre à Québec devant l'Assemblée natonale.

Pour sa part, «La Meute» n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue.

Qu'est-ce que «La Meute»?

- Fondée sur Facebook en septembre 2015

- Son objectif: «contrer la montée de l'islam radical»

- Son fondateur est Éric Venne, alias Corvus, un ex-militaire ayant combattu en Afghanistan

- Plusieurs militaires et ex-militaires de Val-Cartier font partie de ses administrateurs

- «La Meute» compterait 20 000 «loups». Toutefois, aucune de ses activités n'a attiré plus de 200 personnes

- Un OBNL est en formation pour financer ses activités: Le Club AVAT (aide aux victimes d'actes terroristes) Québec

- L'adhésion se fait sur référence

- Le profil de chaque adhérent est vérifié par un des administrateurs

- Les membres doivent adhérer complètement aux principes de «La Meute»

(Sources: Facebook, Les justiciers du peuple, gappasquad, Le Soleil)

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