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Six psychiatres ont quitté le CIUSSS de l'Estrie-CHUS

Depuis un peu plus d'un an, le CIUSSS... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Depuis un peu plus d'un an, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS a perdu 6 de ses 31 psychiatres oeuvrant en psychiatrie adulte.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) Depuis un peu plus d'un an, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS a perdu 6 de ses 31 psychiatres oeuvrant en psychiatrie adulte. Cinq d'entre eux ont quitté leur emploi entre mai et juillet, une situation qui pourrait avoir un impact sur les listes d'attente pour une consultation, mais qui n'inquiète pas le directeur du département de psychiatrie, Jean-François Trudel.

Ces départs s'expliquent par deux retraites, deux déménagements liés à des réorientations de carrière et deux congés sans solde pour des spécialistes ayant opté pour le privé. « En ce qui concerne les congés sans solde, les retours sont incertains. Ces psychiatres semblent se plaire au privé, alors il est possible qu'ils ne reviennent pas. Ils continuent toutefois de desservir leur clientèle même s'ils ne sont plus rattachés directement au CIUSSS », commente M. Trudel.

« C'est loin d'être une catastrophe. Un d'entre eux est parti avec presque 100 % de sa clientèle alors que l'autre voit encore entre 75 et 80 % de ses patients. »

Selon le directeur du département psychiatrie, deux nouveaux spécialistes ont été embauchés dans les dernières semaines et viennent pourvoir à des postes vacants. Un autre est attendu vers le printemps 2017.

« Avant de partir, ces psychiatres ont fait une liste des patients qui nécessitaient un suivi. Ces derniers ont tous été redistribués parmi les collègues restants, ce qui constitue un ajout de quatre ou cinq patients par personne. Il est certain que ça met une pression sur ceux qui restent, mais ça se vit relativement sereinement. Ceux à qui nous n'avons pas offert de suivi sont des patients stabilisés et leur suivi a été confié à leur médecin de famille. Une lettre a été envoyée à ces médecins, qui peuvent très bien prendre la relève. »

Dans la plupart des cas, rapporte Jean-François Trudel, les patients ayant perdu leur psychiatre ont pu être vus dans les délais prescrits. « Il n'y a pas eu de bris de service. Il se peut qu'il y ait un ralentissement pour les services externes, particulièrement pour les nouveaux cas, mais nous sommes assez à jour dans les listes d'attente. L'accès aux services est adéquat, mais il se pourrait que la liste s'allonge dans les prochains mois. »

Recrutement difficile

M. Trudel confesse par ailleurs que le recrutement de nouveaux psychiatres est difficile. « Il y a beaucoup de spécialités où il commence à y avoir une surabondance de praticiens, si bien que les finissants peinent à trouver un emploi. La psychiatrie est la spécialité où il y a le plus de postes à combler au Québec. Pour le recrutement, nous sommes donc en compétition avec les autres hôpitaux de la province. Il y a plusieurs résidents dans nos programmes à Sherbrooke qui manifestent de l'intérêt et nous avons aussi courtisé les étudiants des facultés des autres villes. Un jeune de l'Université de Montréal viendra par exemple faire un stage ici.

« Nous avons aussi fait circuler des annonces en France. Deux personnes ont manifesté de l'intérêt, dont une qui pourrait arriver à l'été 2017. »

Si tel était le cas, Sherbrooke retrouverait le même nombre de psychiatres pratiquants à l'été 2017, même s'il restera deux postes à combler au public.

À titre d'indicateur, ce sont 12 résidents qui ont commencé leur formation en psychiatrie à l'Université de Sherbrooke pour l'année 2016-2017. Ils étaient aussi nombreux au début de l'année 2015-2016.

Selon les données du Collège des médecins, on comptait 53 psychiatres en Estrie au 31 décembre 2015, un de plus que l'année précédente et deux de plus qu'en 2013.

Le CIUSSS se défend d'avoir toujours offert des services aux personnes trans

Il est faux de prétendre que les personnes trans n'ont pas accès à des suivis médicaux par l'entremise des services publics en Estrie. À tout le moins, le directeur du département de psychiatrie au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Jean-François Trudel, rapporte qu'au moins une de ses collègues offrait jusqu'à récemment des services à la population trans.

C'est le Conseil québécois LGBT qui a dénoncé que les personnes trans « ne puissent avoir accès à des services médicaux par l'entremise des services publics en Estrie » en marge de l'événement Fière la fête.

« Ma collègue a manifesté récemment qu'elle ne voulait plus en prendre, mais une autre collègue doit reprendre le flambeau en 2017. Il est vrai que ces personnes ne sont opérées dans la région, mais je sais qu'il y a des collègues en endocrinologie qui sont prêts à les suivre », précise-t-il, mentionnant que la clientèle est « relativement minuscule. »

«Ça ne correspond pas à la réalité. Je suis psychiatre et je fais des évaluations de personnes trans depuis 2008.»


C'est la psychiatre Sylvie Godbout qui assurait les suivis auprès des personnes trans au CIUSSS de l'Estrie. Elle souhaite montrer son désaccord avec la dénonciation du Conseil québécois LGBT. 

« Ça ne correspond pas à la réalité. Je suis psychiatre et je fais des évaluations de personnes trans depuis 2008. J'ai succédé à Jean-François Corbin, qui en faisait avant moi. J'ai accompagné une cinquantaine de personnes dans les huit dernières années. Le CIUSSS leur a toujours offert des services », réagit Mme Godbout. 

La psychiatre indique qu'il est « beaucoup plus simple maintenant pour les gens de changer leur nom ou leur mention M ou F sur leur passeport ou leurs autres documents. C'est beaucoup moins complexe que dans le passé du point de vue de la bureaucratie. Il y a eu des assouplissements majeurs, tant au provincial qu'au fédéral. »

Sylvie Godbout déplore que certains tentent d'utiliser la méthode forte pour obtenir des soins plus rapidement. « Il y a une petite frange d'extrême droite dans ce mouvement qui nous menace en disant qu'il devrait y avoir plus de services. Ils refusent l'étiquette de pathologisation de leur état, mais ils veulent voir un médecin le plus vite possible, sans attendre. Pour le système de santé, quand tu vas voir le médecin, c'est que tu es malade. Nous ne les voyons pas comme étant malades, mais pour nous, il faut que les choses soient balisées. Il y a une contradiction quand on monte aux barricades pour obtenir des soins médicaux, mais qu'on refuse l'étiquette médicale. »

Mme Godbout estime qu'il faut être prudent avec les « démonstrations de force ». « Quand on revendique, il faut faire son bout de chemin. Aujourd'hui, nous recevons des références de médecins qui n'en faisaient pas avant. Les gens sont de plus en plus ouverts. On ne peut pas demander à tout le monde d'être à l'aise avec cette clientèle, mais il faut au moins pouvoir la référer. Les personnes trans ne sont pas négligées ou pénalisées, mais il peut arriver que des médecins soient moins au courant. Maintenant, notre réceptionniste est aux aguets. Elle fait attention pour ne pas interpeller les patients avec le mauvais genre. »

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