Une fierté record à Sherbrooke

Quelque 200 personnes ont dévalé la côte King... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Quelque 200 personnes ont dévalé la côte King avec un enthousiasme tonitruant, samedi, lors du premier défilé de la fierté LGBT sherbrookois avant de prendre la direction de l'hôtel de ville, où le Carré Strathcona est soudainement devenu irisé.

Spectre Média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) Il y avait de la fierté au mètre carré à Sherbrooke samedi à l'occasion de la célébration de la diversité sexuelle et de genre Fière la fête.

Au total, plus de 600 personnes se sont rassemblées au marché de la Gare pour participer aux nombreuses activités de l'événement, dont c'était la quatrième édition, « un nombre record », soulignent les organisateurs.

« C'est une participation record et de loin; le nombre de participants a doublé », se réjouissait le directeur général de GRIS Estrie, Pierre McCann.

« On a vraiment passé une belle journée. Les gens ont apprécié et ce n'est que du positif. On ne peut demander mieux pour cette quatrième édition », soutient-il.

Quelque 200 personnes ont également dévalé la côte King avec un enthousiasme tonitruant lors du premier défilé de la fierté LGBT sherbrookois avant de prendre la direction de l'hôtel de ville, où le Carré Strathcona est soudainement devenu irisé.

Un défilé demandé

Pour Pierre McCann, le défilé devenait une nécessité à Sherbrooke. Même s'il lance sur le ton de la boutade « qu'un défilé peut sauver des vies », il ne le pense pas moins sérieusement.

« J'ai participé à mon premier défilé à Montréal l'an passé. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais je me suis alors revu dix ans auparavant, en train de faire mon coming out et avoir de la difficulté à nommer que j'étais gai. Tous les jours, nous sommes entourés de modèles homme-femme, papa-maman, et même s'il y en a de plus en plus, des modèles différents, on ne les voit pas encore beaucoup. Pour une personne qui a des questions en lien avec son orientation sexuelle ou son identité de genre, ça peut être vraiment problématique. Le défilé, ça permet de mettre en valeurs des modèles positifs pour des gens qui pourraient être mal dans leur peau. »

Il était par ailleurs demandé depuis l'an 1, selon l'instigatrice de Fière la fête, Marie-Pier Boisvert, maintenant directrice générale du Conseil québécois LGBT.

« C'était demandé dès la première année, mais on croyait qu'on n'avait pas une masse critique pour le faire. Mais les gens ont envie d'être visibles, d'être fiers », explique-t-elle.

C'est d'autant plus vrai après les événements tragiques du 12 juin dernier, où un tireur fou a fait 49 morts dans une boîte de nuit LGBT d'Orlando, en Floride. Une minute de silence a par ailleurs été observée en mémoire des victimes à la fin du défilé.

« Il y a encore beaucoup de travail à faire sur la séparation sociale et s'il y a des gens qui veulent se rendent visible, on doit leur donner l'occasion de le faire. Par exemple, la fierté homosexuelle est de plus en plus visible, mais la fierté d'être trans, elle, n'est pas véhiculée dans la société. Si tu ne connais personne qui est lesbienne, gai, bisexuel ou trans, tu te sens pas mal isolé, même si tu n'habites pas loin de Montréal. »

Le ministre de la Culture et député provincial de Sherbrooke, Luc Fortin, s'est engagé à mettre en place des politiques inclusives des diversités LGBT.

« Nous faisons des consultations en ce moment et on souhaite avoir un paysage culturel davantage représentatif de la société québécoise et je peux vous dire qu'au terme des politiques que nous aurons, c'est un engagement que je prends à votre égard, nous aurons un paysage culturel représentatif de ce qu'est le Québec en 2016. »

« À la fin des années 1960, on disait que l'État n'a pas sa place dans la chambre à coucher des gens, mais je pense qu'aujourd'hui, ce que l'on doit dire, c'est que l'intolérance et la discrimination n'ont pas leur place sur la place publique. »

Appel à la communauté d'affaires

Pour la prochaine édition, Pierre McCann voit encore plus grand et aimerait faire de l'événement, de concert avec la communauté d'affaires, un ajout touristique à Sherbrooke.

« J'ai envie de lancer l'invitation aux commerçants, au centre-ville de Sherbrooke. S'afficher comme allier de la communauté LGBT, ça change la vie de plusieurs personnes, mais il y a aussi un fort potentiel économique et touristique. C'est une fierté qui a lieu sur plusieurs jours. À Montréal, ça attire des centaines de milliers de personnes. J'aimerais que la communauté d'affaires embarque avec nous. »

Soins de santé aux personnes trans à Sherbrooke : un service « inadmissible », dit la dg du Conseil LGBT

La qualité des soins prodigués aux transgenres sherbrookois préoccupe le Conseil québécois LGBT, qui trouve « inadmissible » que ces derniers ne puissent avoir accès à des suivis médicaux par l'entremise des services publics en Estrie.

« À Sherbrooke, il y a des gens qui se privent de manger pour aller au privé et faire leur transition, déplore la directrice générale du Conseil, Marie-Pier Boisvert. C'est inadmissible. Même en Abitibi, le Centre intégré de santé et services sociaux a mis en place des mesures pour faire le suivi des personnes trans depuis deux ou trois ans. Rouyn-Noranda, c'est vraiment plus petit que Sherbrooke, mais ils sont vraiment bien organisés. »

Même si ce ne sont pas toutes les personnes trans qui nécessitent un suivi psychologique, celles qui désirent amorcer une transition physiologique doivent obligatoirement avoir l'aval d'un médecin, explique Mme Boisvert.

« Tu peux savoir que t'es trans sans avoir de soutien psychologique, mais si tu décides d'avancer dans ta transition, de commencer à prendre des hormones, de subir une chirurgie, ça te prend la recommandation d'un médecin et il n'y a personne qui a le mandat de le faire à Sherbrooke actuellement. »

« Les spécialistes ne se sentent également pas tous outillés, donc il faut leur prodiguer des outils, ajoute-t-elle. Il doit par contre y avoir une volonté gouvernementale et nous ne sommes pas dans une période où l'on créé des services en santé; ce n'est clairement pas le mot d'ordre, mais il faut leur faire comprendre que c'est possible d'avoir un chemin simple pour appuyer les trans. »

À cet égard, la présence de nombreux conseillers municipaux à l'événement Fière la fête samedi, de même que celles du député néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault et du député provincial de Sherbrooke et ministre Luc Fortin n'a pas échappé à l'oeil de la dg du Conseil québécois LGBT.

« Je compte leur parler, c'est certain, et s'ils sont en partie au courant de la situation déjà, ça va être un gros pas de plus.

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