Raïf Badawi oublié par les libéraux?

Le nom du blogueur saoudien Raïf Badawi était... (Archives La Tribune, Frédéric Côté)

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Le nom du blogueur saoudien Raïf Badawi était absent des points de discussion entre le Canada et l'Arabie Saoudite en décembre dernier.

Archives La Tribune, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) La relation entre le Canada et l'Arabie Saoudite est jugée « extrêmement inquiétante » par Amnistie Internationale, qui ne comprend pas que la situation de Raïf Badawi ne semble pas avoir fait l'objet de discussions entre les deux pays lors d'une rencontre tenue il y a un peu moins d'un an.

La Presse révélait dimanche des parties du contenu des notes de breffage préparées pour le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, en prévision de sa rencontre avec le prince saoudien Adel al-Joubeir en décembre dernier.

Si « l'ampleur de [la] relation commerciale » entre les deux nations ainsi que « les échanges entre nos sociétés » sont félicités dans le document obtenu par le quotidien montréalais par l'entremise de la Loi sur l'accès à l'information, cinq points sur six traitant des droits de la personne sont caviardés, dont trois le sont totalement. Le nom de Raïf Badawi, dont la conjointe et les trois enfants se sont réfugiés à Sherbrooke, n'apparait dans aucun « point de discussion » visible dans le document.

« C'est extrêmement inquiétant de voir le Canada agir ainsi, soutient Mireille Elchacar, porte-parole d'Aministie Internationale en Estrie, en entrevue avec La Tribune. Oui, il y a une relation économique, mais c'est impossible et incompréhensible de passer sous silence les droits humains qui sont bafoués en Arabie Saoudite. C'est extrêmement décevant. »

L'an dernier, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, disait pourtant vouloir tout faire pour sauver Raïf Badawi, condamné à dix ans de prison et 1000 coups de fouet en 2012 pour avoir alimenté un blogue dans lequel il prônait la libéralisation du régime saoudien. M. Trudeau avait alors indiqué que Stéphane Dion avait le mandat de faire progresser le dossier de Raïf Badawi.

« On a rencontré M. Dion à plusieurs reprises. On nous rassure à toutes les fois, on nous dit qu'on veut faire davantage, mais qu'on ne peut pas tant que ça, parce qu'il n'est pas citoyen canadien. On ne veut pas forcer trop la main de la monarchie pour ne pas froisser l'Arabie Saoudite. Je ne sais pas quelle est la stratégie si on n'effleure même pas le sujet, déplore Mme Elchacar. Et Raïf Badawi n'est pas un cas isolé, c'est ça qui est inquiétant. Ashraf Elsayedh a été condamné récemment à plusieurs centaines de coups de fouet et six ans de prison pour avoir supposément créé des poèmes subversifs. »

« Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas un plan, une stratégie plus large, tempère néanmoins Mireille Elchacar, mais pour nous, si le gouvernement Trudeau nous dit qu'il faut prendre son temps, la réponse est que ça fait déjà trop longtemps. Badawi est en prison depuis quatre ans et les peines de mort continuent pour des crimes très peu graves. Des gens sont exécutés parce qu'ils prônent la liberté d'expression et on fait comme s'il ne se passait rien. Je ne comprends pas. Ce n'est plus le temps de ménager la sensibilité des Saoudiens. »

« Tant qu'à avoir d'aussi bons canaux de communication, aussi bien les utiliser. Le rôle du Canada est inquiétant. »

Le seul point traitant des droits de la personne visible dans le document consistait en des éloges du Canada pour avoir permis aux femmes de voter et se présenter lors des dernières élections municipales du pays. Le passage sur la vente de véhicules blindés légers à Riyad, « un contrat de 14 ans de plusieurs milliards de dollars », a également été caviardé presque en totalité, ce qui a poussé la porte-parole de l'opposition néo-démocrate en matière d'Affaires étrangères, Hélène Laverdière, à qualifier l'approche libérale de « jovialiste », elle qui se serait attendue à voir « une approche plus équilibrée », toujours selon La Presse.

L'attitude du Canada se veut un dur coup pour la conjointe de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, si l'on se fie aux propos de Mireille Elchacar.

« Je sais qu'en général, elle est très déçue et découragée du gouvernement Trudeau. Plusieurs pays ont parlé largement du cas Badawi et elle est déçue que le Canada n'en fasse pas davantage », résume-t-elle.

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