Asbestos voit poindre la lumière au bout du tunnel

Frappée de plein fouet par la fermeture de... (La Presse Canadienne)

Agrandir

Frappée de plein fouet par la fermeture de la mine Jeffrey annoncée en 2012, la ville d'Asbestos commence à voir poindre la lumière au bout du tunnel. «Je ne dis pas que ça va se régler demain matin, mais dans les prochaines années, on va changer le contexte économique», assure le maire Hugues Grimard.

La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Morgan Lowrie
La Presse Canadienne
Asbestos

« Le Trou ». C'est un peu la carte d'identité qu'a donnée l'ancienne mine Jeffrey à la ville d'Asbestos, en Estrie.

Près de cinq ans après que la plus importante mine d'amiante au Canada eut cessé ses activités, la petite ville cherche à redorer son blason.

Le fonds de diversification économique de 50 millions $ mis en place par l'ancien gouvernement de Pauline Marois est l'un des outils de cette démarche stratégique. Ce programme remplaçait le prêt de 58 millions $ promis par le précédent gouvernement de Jean Charest pour relancer la mine Jeffrey.

Le maire Hugues Grimard espère que les subventions disponibles par l'entremise du fonds, le savoir-faire industriel et un peu de promotion suffiront à attirer de nouvelles entreprises dans la ville de 7000 résidants.

« Il y a plusieurs projets sur la table, il y en a d'autres qui s'en viennent. Il y a déjà d'importantes annonces qui ont été faites. Il y en a d'autres qui s'en viennent. La stratégie fonctionne », affirme-t-il.

En juin, Canards du Lac-Brome a annoncé des investissements d'environ 30 millions $ pour construire un centre de transformation et un couvoir à Asbestos. Le projet créerait 150 emplois.

Une entreprise pharmaceutique, une fabrique de fromage et une microbrasserie ont aussi ouvert leurs portes dans la municipalité.

Pour ajouter à la couleur locale, la microbrasserie Moulin 7 a nommé certaines de ses bières « Mineur », « L'Or blanc » ou « 1949 ». Cette dernière fait référence à la célèbre grève d'Asbestos qui avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque.

Attirer ces entreprises n'a pas été une tâche facile. Plusieurs d'entre elles se sont installées dans les locaux laissés par celles qui avaient fermé leurs portes.

M. Grimard croit que la ville commence à voir la lumière au bout du tunnel. « Je ne dis pas que ça va se régler demain matin, mais dans les prochaines années, on va changer le contexte économique », assure-t-il.

Il ajoute que tous les édifices de la mine qui n'étaient plus utilisés ont été démolis afin d'améliorer l'image de sa ville.

Mais il est difficile d'ignorer cette mine et son cratère de 350 mètres de profondeur et de plus de deux kilomètres de diamètre s'étendant sur une superficie de six kilomètres carrés.

La mine a commencé ses activités peu après qu'on eut découvert la présence d'amiante dans la région, à la fin des années 1870. La demande exponentielle pour ce « minéral magique » connu pour sa résistance au feu a contribué à l'essor de l'entreprise.

Pierrette Martineau-Théroux, qui vit à Asbestos depuis longtemps, se souvient que la mine employait plus de 2000 personnes dans les années 1960. C'était avant que l'on apprenne les dangers que faisait courir l'amiante sur la santé publique.

« Tout dépendait de la compagnie qui exploitait la mine. Les gens étaient habitués de compter sur les sous de la compagnie pour fonder les ligues de hockey, de baseball, pour les soutenir. Même les paroisses recevaient leurs cadeaux annuels de la compagnie. Quand on démolissait une église, la compagnie payait des millions pour en construire une autre », raconte-t-elle.

Mais la demande mondiale pour le minéral à texture fibreuse a chuté en flèche à cause des nombreux cas d'amiantose, une inflammation du poumon liée à différents types de cancer.

La main-d'oeuvre a été réduite à peau de chagrin tandis que la production ne reprenait que de façon intermittente. L'annonce par le gouvernement Marois de l'annulation du prêt de 58 millions $ a détruit tout espoir d'un nouveau départ de la mine.

Même si les organisations de la santé affirment que le minéral tue annuellement plus de 100 000 personnes, plusieurs Asbestriens insistent pour dire que celui-ci ne représente aucun danger s'il est manipulé correctement.

Francesco Spertini, un géologue à la retraite qui a travaillé pour la mine pendant 32 ans, prétend que toutes les activités minières sont dangereuses.

« On sait que toute activité minière crée de la poussière. Le silicone, le charbon, l'amiante, une fois qu'on les respire, ça cause de l'emphysème dans le meilleur des cas. »

Il raconte que les travailleurs ont souvent fait fi des règlements sur la sécurité et ont refusé de porter des masques. « Quand on fait des réparations (dans une maison), si on ne fait pas les choses comme il faut, on remet de la poussière en circulation. Mais si on ne scie pas les planches, si on peut contrôler les émanations, les solvants, on pourrait contrôler l'amiante. C'est le contrôle de la poussière. »

Aujourd'hui, les parties les plus élevées de la mine verdissent. On peut y voir pousser des arbres ou des buissons.

Les installations minières souterraines sont submergées. Leurs principaux occupants sont des urubus, petits oiseaux rapaces, qui volent sans relâche au-dessus des lieux.

Tandis que peu à peu la nature reprend ses droits, les résidants d'Asbestos veulent croire que la mine n'est pas qu'une relique du passé.

M. Spertini affirme que le site renferme plusieurs autres sortes de minéraux, comme du magnésium, par exemple. Il y a quelques années, une entreprise y avait d'ailleurs extrait du magnésium avant de fermer ses portes.

Un marché plus attrayant pourrait permettre de rentabiliser cette activité. Une entreprise, Alliance Magnésium, est prête à tenter sa chance. Elle compte lancer une usine qui pourrait commencer ses activités dès 2017.

De son côté, le maire Grimard estime que l'ancien site de la mine Jeffrey peut être utilisé à des fins touristiques, éducatives et même aquatiques.

Et il est même prêt à changer le nom de sa ville. Après tout, Asbestos signifie « amiante » en anglais.

« C'est notre passé et j'en suis fier, mais je ne suis pas fermé à toute démarche municipale. Si on doit, un jour ou l'autre, modifier notre façon de faire les choses et notre identité, nous le ferons. »

L'idée avait été rejetée il y a une décennie, mais Mme Martineau-Théroux pense que ses concitoyens devront y réfléchir de nouveau.

Si elle n'a pas peur de tenir un peu d'amiante dans ses mains, la résidante dit que le nom même de la ville pourrait être fatal à ses espoirs d'attirer de nouvelles entreprises.

« À l'extérieur de cette ville, c'est toujours un produit mortel. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer