L'élan des vivants

Mary-Lou Butterfield court, malgré la douleur laissée par... (Spectre Média)

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Mary-Lou Butterfield court, malgré la douleur laissée par le départ subit de sa complice de tous les jours. Elle avance grâce au soutien d'un large entourage.

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(Sherbrooke) Quand la nouvelle a été confirmée, c'est toute une communauté qui a été bouleversée. Mérédith Lavoie s'est enlevé la vie. C'était le 30 juillet, elle avait 32 ans. Le monde des coureurs de la région a arrêté de tourner. Et quand le temps des condoléances est venu, ils ont été des centaines, voire des milliers, à se présenter. Des files d'attente record ont été aperçues devant le salon funéraire qui a dû allonger ses heures d'ouverture. Surtout parce que Mérédith était aimée. Mais aussi parce que sa conjointe, Mary-Lou Butterfield, coach du club de course Le Coureur et fondatrice des ateliers de course les Lundis des dames, passe sa vie à encourager les autres à se dépasser, à avancer malgré la douleur, à faire l'effort d'aller plus loin. C'était au tour de ses protégés de la soutenir.

Avertissement: ceci n'est pas un texte sur la souffrance de Mérédith et les raisons qui l'ont poussée à poser ce geste irréversible. Ceci est un texte sur la souffrance de ceux qui restent et sur la vague de solidarité qui a suivi le drame.

«Se poser des questions et chercher des réponses à savoir pourquoi elle a fait ce choix ne sert à rien. On ne gagnera rien en essayant de comprendre sa souffrance. C'est son choix, je le respecte et je ne parlerai pas en son nom maintenant qu'elle est partie. On est qui pour parler en son nom? Ce qui est important maintenant, c'est de prendre soin de notre souffrance à nous pour ne pas qu'elle devienne dangereuse. Et pour ça, le mieux qu'on a à faire est de se nourrir de sens. Et ce qui a du sens pour le moment est de rendre hommage à Mérédith et d'être ensemble dans le mouvement. De se donner un élan», explique Mary-Lou.

«On est riche de nos relations dans notre vie. Et les parents de Mérédith et moi avons senti qu'on était riches dans les trois dernières semaines», ajoute celle qui a hésité avant de rencontrer La Tribune. Elle a finalement accepté. Un peu parce que depuis l'adolescence, elle a couru quelques kilomètres avec celle qui écrit ces lignes. Surtout pour souligner l'importance du rôle de l'entourage dans ces moments sombres.

Un exemple de solidarité? Cette semaine, environ 175 joggeuses ont répondu à l'appel de Mary-Lou et ont couru les cheveux dans le vent pour rendre hommage à Mérédith qui avait cette habitude.

«En septembre, on courra aussi le Relais du lac Memphrémagog en hommage à Mérédith. C'est à cette course que Mérédith m'avait remarquée pour la première fois il y a plusieurs années. Autant Mérédith faisait du bien autour d'elle, autant on a envie de se faire du bien en étant ensemble.»

C'est une Mary-Lou démolie qui parle et qui continue de courir sans encore en ressentir les bienfaits. Une Mary-Lou qui s'accroche à la beauté du monde. À ces mots lumineux, ces plats cuisinés qu'elle a reçus. Et à ses souvenirs amoureux. Parce que même si Mary-Lou a perdu le sens de l'orientation quand sa complice est partie, elle insiste: Mérédith l'a toujours fait avancer.

«Mérédith était extrêmement fière de qui j'étais et de ce que je faisais. C'est pour ça aussi que je reprends les ateliers de course et que je retournerai travailler la semaine prochaine», souligne celle qui est aussi animatrice de vie spirituelle et engagement communautaire à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

À la douce folie

La colère et les remords n'entravent pas le deuil de Mary-Lou. Le vide, une immense tristesse et l'amour prennent toute la place. «Notre amour, c'était une fête tous les jours. Il n'y a aucun doute. Je sais qu'elle m'aimait comme elle savait à quel point je l'aimais. À la douce folie. On était inséparables. Elle voyait à tout pour que je sois bien et heureuse. Nos derniers moments ont été amoureux. L'amour n'est pas mort, mais je dois apprendre à vivre sans sa présence. Ce qui était une certitude devient une inquiétude. Comme demain par exemple.»

Dans l'hommage lu lors de la cérémonie, Mary-Lou dit: «Aujourd'hui j'ai mal, car ma vie était celle que j'avais avec toi et j'aimais cette vie. Tu avais fait en sorte que j'aimais maintenant la nuit, et ce, parce que nos réveils étaient ce que je préférais. Merci pour ton regard, j'ai même fini par me trouver belle.»

Dans la demeure du couple, des preuves d'amour trainent partout. Des cartes, des photos, des cadeaux symboliques.

«Je peux confirmer que le sourire de Mérédith était vrai et que tous les moments passés dans la joie et le plaisir étaient vrais.»

Lorsque l'animatrice rencontre les élèves dans les écoles, elle leur parle de la sphère de vie. Que celle-ci commence avec la relation qu'on a avec soi-même. Et que le bonheur passe par l'équilibre qui règne entre les autres éléments qui gravitent autour de soi. Rêves, passions, famille, amis.

Mary-Lou a constaté l'efficacité de cette théorie. La course et ses liens avec les gens l'ont maintenue en vie. Parmi les nombreuses dames qui courent à ses côtés, il y a Annie qui lui a envoyé ce mot.

«Comme la moitié de la planète, j'ai passé les deux dernières semaines à regarder les Olympiques avec beaucoup d'intérêt. Les performances des athlètes de haut niveau me fascinent, me passionnent et me font rêver. Ces hommes et ces femmes ont des qualités athlétiques, une force mentale et une rigueur à l'entraînement extraordinaires. Ils et elles sont presque surhumains, surhumaines. Ce qui me mystifie le plus est leur capacité à se relever à la suite d'une chute et à continuer leur routine, course, combat, plongeon, etc. Force, résilience, humilité sont autant de qualités psychologiques qui font d'eux des Olympiens. Aujourd'hui, je fus témoin de la plus grande, belle et touchante performance olympique des dernières semaines. Pourtant aucune médaille ne sera attribuée, mais sache Mary-Lou que tu es montée sur la plus haute marche du podium et que tu as reçu toute mon admiration et ma compassion.»

La fin d'une souffrance. Le début d'une autre. Celle des vivants. Des vivants qui avancent ensemble pour se donner un élan.

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