Aider les mots à retrouver leur chemin

Claudine Charbonneau, orthophoniste à Association des accidentés cérébro-vasculaires... (Spectre Média, René Marquis)

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Claudine Charbonneau, orthophoniste à Association des accidentés cérébro-vasculaires et traumatisés crâniens de l'Estrie (ACTE), en compagnie de Pierrette Boulanger et son conjoint Wilbrod Dionne, qui utilisent les nouveaux services d'orthophonie à domicile.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) La vie de Wilbrod Dionne a basculé en 2012. Un AVC l'a laissé paralysé, et lui a fait perdre du même coup l'usage de la parole, laissant sans mot cet ancien missionnaire au riche passé. Heureusement, l'homme s'est remis de la paralysie. Les mots, eux, se fraient toujours difficilement un chemin, quatre ans plus tard. Des histoires remplies d'embûches comme celle-là, l'Association des accidentés cérébro-vasculaires et traumatisés crâniens de l'Estrie (ACTE) en voit plusieurs. Afin d'aider ces gens et leurs proches, l'Association a mis sur pied des services d'orthophonie à domicile pour les proches aidants d'aînés ayant des difficultés de communication.

M. Dionne et sa conjointe Pierrette Boulanger, un couple de Stratford, font partie de ceux qui utilisent ce nouveau service.

« La communication est présente partout, tout le temps, dans tout ce que nous faisons. C'est vrai dans la vie d'un adulte de 50 ans en pleine santé, mais c'est également vrai pour un aîné de 75 ans qui a subi un AVC. Les difficultés de communication qu'ils vivent sont un obstacle important à leur qualité de vie et à leur intégration sociale. Ce que nous tentons de faire avec ce projet, c'est enseigner diverses stratégies (aux proches et à la personne qui a des difficultés de communication) pour mieux se comprendre et mieux se faire comprendre, en plus de dénouer des situations de communication difficiles au quotidien », remet en contexte l'orthophoniste Claudine Charbonneau, orthophoniste à l'ACTE. Ce n'est pas parce qu'une personne ne peut plus parler qu'elle n'a pas d'opinion, souligne-t-elle en ajoutant qu'elle souhaite ramener le caractère agréable d'une conversation.

Il n'est pas facile pour des gens cultivés, qui auraient tant de choses à raconter, d'être privés de leur mot, souligne Mme Boulanger.

Quelles stratégies peuvent être mises en place pour aider les gens et leurs proches? « Ça dépend du proche aidant. Il y a des proches qui peuvent lire, avec qui on utilise beaucoup l'écrit (...) Si on parle de quelque chose de complexe, il faut offrir des choix, comme si on discute de l'achat d'une voiture. Alors que si je demande juste ce qu'il aimerait avoir dans sa voiture, je n'aurai pas grand-chose », image Mme Charbonneau.

« C'est sûr que la principale stratégie, c'est d'abord le calme. Ce qui n'est pas évident pour moi », lance-t-elle en regardant vers le ciel et suscitant les éclats de rire. Quand il est question de n'importe quel sujet, même du quotidien, il faut d'abord que je capte son attention. Je dois commencer par parler très lentement, bien articuler, assez fort... Si ça ne fonctionne pas, je vais à l'écrit. »

Au gré de l'entrevue, la dame parvient parfois à déchiffrer ce que son conjoint exprime. N'empêche : l'homme a fait du chemin en quatre ans. « Il ne parlait pas quand il s'est réveillé après l'AVC », se remémore-t-elle. Puis, quand il s'est mis à tenter de s'exprimer, elle ne comprenait rien du tout; elle pensait même qu'il parlait le dialecte qu'il parlait en Tanzanie, pays d'Afrique où il a habité pendant plusieurs années. Mais ce n'était pas le cas... Il s'agissait plutôt de jargonaphasie : une forme d'aphasie qui fait que le langage est incompréhensible.

L'aphasie est la perte de la faculté de parler, mais il existe plusieurs types d'aphasie. « Il y a des aphasiques que c'est plus au niveau de s'exprimer, d'autres de comprendre, certains ont les deux. Dans tous les cas d'aphasie, la personne a de l'anomie. Vous savez ce que vous voulez dire, mais vous n'arrivez pas à trouver les mots. C'est ce qui est commun à tous les aphasiques : ils ne trouvent pas les mots », note l'orthophoniste.

Le projet est mené en collaboration avec l'Appui Estrie, qui soutient financièrement cette initiative.

L'ACTE regroupe près de 200 bénéficiaires à travers toute l'Estrie. En plus des services offerts à domicile, l'association offre aussi des conférences.

Par ailleurs, l'ACTE tiendra une vente de garage, les 27 et 28 août, dans ses bureaux du 68, boulevard Jacques-Cartier Nord, entre 8 h et 16 h. Les profits de la vente serviront à l'organisme.

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