EpiPen : quand « chaque minute compte »

« L'EpiPen, c'est d'une dose d'adrénaline très concentrée... (Photothèque Le Soleil, 123RF)

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« L'EpiPen, c'est d'une dose d'adrénaline très concentrée qui agit au niveau de tous les systèmes qui peuvent être impliqués dans le cas d'une allergie alimentaire grave », explique Dominique Seigneur, directrice des communications et du développement d'Allergies Québec.

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(Sherbrooke) Si Simon-Pierre Canuel avait eu sur lui son auto-injecteur d'épinéphrine, plus connu sous le nom d'EpiPen, le 29 mai dernier, sa grave réaction allergique déclenchée par un tartare de saumon aurait probablement été beaucoup moins sérieuse. C'est la conclusion que tire de cet événement Dominique Seigneur, directrice des communications et du développement d'Allergies Québec, et Marie-Josée Bettez, auteure de Déjouer les allergies.

« L'EpiPen, c'est d'une dose d'adrénaline très concentrée qui agit au niveau de tous les systèmes qui peuvent être impliqués dans le cas d'une allergie alimentaire grave », explique Dominique Seigneur.

« C'est le seul médicament existant au Canada présentement qui permet de traiter l'anaphylaxie, et ça fonctionne toujours, à moins qu'il soit mal injecté ou périmé, poursuit-elle. Si [M. Canuel] avait reçu sa dose d'adrénaline à temps, je ne peux pas savoir ce que ça aurait fait sur son corps et sur sa réaction, mais c'est sûr que ça aurait au moins atténué, voire fait disparaître le processus d'anaphylaxie. »

Même si la victime avait oublié son EpiPen dans sa voiture, Mme Seigneur est d'avis que le conjoint de M. Canuel aurait dû prendre le temps d'aller le chercher, peu importe la distance.

« Dans les réactions allergiques, chaque minute compte. Si son conjoint pensait que c'était trop long d'aller à la voiture, il y avait peut-être quelqu'un dans le restaurant ou un passant qui l'avait, une pharmacie proche... Une chose est sûre, les risques de mort et d'arrêt cardiaque augmentent chaque minute où la médication n'est pas injectée : plus on attend, moins c'est efficace. »

Responsabilité partagée

Au cours de la dernière décennie, le nombre de Canadiens souffrant d'allergies alimentaires n'a cessé de croître - l'Association québécoise des allergies alimentaires indique une augmentation de 18 % des cas chez les moins de 18 ans - si bien que de plus en plus de restaurateurs choisissent de se procurer des EpiPen pour éviter de se retrouver dans l'eau chaude, comme c'est le cas pour Le Tapageur, à Sherbrooke.

« Je pense que c'est une bonne chose que les restaurateurs se procurent des auto-injecteurs, d'autant plus qu'il y a un grand nombre de réactions allergiques qui se produisent chez des gens qui n'étaient même pas au courant qu'ils étaient allergiques, et qui le découvrent au restaurant », indique Marie-Josée Bettez.

« En même temps, il ne faut jamais que les personnes allergiques se déresponsabilisent par rapport à leur condition médicale. C'est quand même leur responsabilité première d'avoir sur eux un auto-injecteur en tout temps. »

Mère d'un jeune homme de 18 ans allergique à pas moins d'une quinzaine d'aliments, Mme Bettez dit compter sur les doigts d'une main le nombre de restaurants qu'elle fréquente en famille.

« C'est certain que lorsqu'une personne allergique décide d'aller au restaurant, elle prend un risque. Pour les restaurateurs, ce n'est vraiment pas évident d'éviter toute contamination des repas. »

« Avec mon fils, on va parfois au Zero8, à Montréal, qui a carrément sorti les allergènes de ses cuisines. Sinon, il y a aussi la chaîne de restaurant Pacini, qui offre des plats en collaboration avec Les aliments Ange-Gardien. Ils sont sans arachides, sans noix, sans produits laitiers et sans oeuf, sont préparés ailleurs et sont servis emballés, de sorte qu'il n'y a aucun danger de contamination en cuisine. »

Formation

Dominique Seigneur et Marie-Josée Bettez s'entendent pour dire que la formation du personnel des restaurants, un service offert notamment par Allergies Québec, est primordiale dans la gestion des allergies alimentaires et la réduction des cas d'hospitalisation.

« Une étude de 2007 - elle commence à dater, mais je me demande si les choses ont vraiment changé - montrait qu'aux États-Unis, 25 % des restaurateurs pensaient que la consommation d'une petite quantité d'allergène était sans danger, 35 % pensaient que la friture détruisait l'allergène, et 25 % pensaient qu'en retirant l'allergène d'un plat, on enlevait tout risque de réaction », mentionne Mme Bettez.

« Ce que les gens doivent comprendre, c'est qu'une allergie, ce n'est pas comme une intolérance alimentaire : on peut réagir à la moindre trace d'allergène, et ça peut être extrêmement grave, comme on l'a vu dans votre article. »

Évidemment, comme le roulement de personnel dans les restaurants est généralement très élevé, la formation peut rapidement devenir coûteuse pour les propriétaires de ces établissements.

« Ce que certains restaurants font, c'est de nommer une personne responsable de la gestion des clients allergiques, qui s'occupe vraiment du suivi de A à Z », mentionne Mme Bettez.

« Et s'il ne forme pas ses employés, je pense que c'est aussi correct pour un restaurateur de dire à une personne allergique qu'il n'est tout simplement pas en mesure de lui préparer un repas », ajoute Dominique Seigneur.

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