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Allergique, il frôle la mort après une seule bouchée au resto: un serveur arrêté

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Après avoir mangé une seule bouchée de saumon, Simon-Pierre Canuel est transporté en ambulance à l'hôpital, puis transféré aux soins intensifs, où il demeurera une semaine. Le lendemain, il fait un arrêt cardiaque et tombe dans un coma qui durera deux jours.

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(Sherbrooke) Un serveur du restaurant Le Tapageur, âgé de 22 ans, a été arrêté mercredi après-midi pour avoir servi un tartare de saumon ayant failli causer la mort d'un client fortement allergique à ce poisson. Le Service police de Sherbrooke (SPS) enquête sur une plainte de négligence criminelle.

Le 29 mai vers 21 h, après une longue journée de travail, Simon-Pierre Canuel se rend au Tapageur en compagnie de son conjoint. Avant de passer sa commande, l'homme de 34 ans vivant en Outaouais précise au serveur assigné à sa table qu'il est gravement allergique aux fruits de mer et au saumon, et lui demande d'en aviser les cuisiniers. Il commande ensuite un tartare de boeuf et d'autres tapas.

« Le serveur est revenu une quinzaine de minutes plus tard avec nos assiettes, et au lieu de me servir un tartare de boeuf, il m'a servi un tartare de saumon. La lumière était tamisée, je n'ai pas trop fait attention, mon conjoint non plus, et j'en ai pris une bouchée. Je l'ai avalée, et c'est là que je me suis rendu compte que c'était du saumon », raconte M. Canuel en entrevue exclusive avec La Tribune.

Ayant déjà fait une réaction allergique assez sérieuse au saumon en décembre 2013, Simon-Pierre Canuel mentionne aussitôt le problème à son conjoint, un médecin, qui avise le serveur.

« La seule réaction [du serveur], ç'a été de dire qu'il était désolé et d'aller changer le tartare de saumon pour un tartare de boeuf en cuisine... », déplore M. Canuel.

En quelques minutes, l'homme de 34 ans sent sa gorge se resserrer, sa langue enfler, l'air se faire rare. Son EpiPen étant restée dans la voiture, son conjoint décide d'appeler l'ambulance et de demeurer à ses côtés.

« Pendant qu'il était au téléphone avec le 911, j'étais déjà inconscient par terre, en arrêt respiratoire. Il y a un autre médecin dans le restaurant qui est venu l'aider à m'allonger, et ils ont commencé à me faire le bouche-à-bouche. »

Simon-Pierre Canuel est transporté en ambulance à l'hôpital, puis transféré aux soins intensifs, où il demeurera une semaine. Le lendemain, il fait un arrêt cardiaque et tombe dans un coma qui durera deux jours.

Le porte-parole du SPS, Martin Carrier, indique que l'enquête policière a débuté le 21 juillet « à la suite d'une plainte formelle de négligence criminelle ».

« Des témoins ont été rencontrés et une perquisition a eu lieu au restaurant. Le serveur a été arrêté et remis en liberté sous promesse de comparaître. Le dossier sera maintenant soumis pour analyse à la cour. » C'est au procureur aux poursuites criminelles et pénales d'autoriser des accusations, s'il y a lieu.

Poursuite civile

Deux mois plus tard, Simon-Pierre Canuel subit toujours les conséquences de ce qui s'est produit ce soir-là.

« De temps en temps, mon coeur s'emballe, j'ai des palpitations, je me mets à avoir chaud, à transpirer, alors que je n'ai jamais eu ça », note-t-il.

« À 34 ans, te faire dire que tu as fait un arrêt cardiaque, ce n'est pas facile à gérer, c'est une grosse épreuve. J'ai encore des moments où j'ai de la difficulté à me coucher le soir par peur de ne pas me réveiller. Je me lève en sursaut la nuit avec l'impression de manquer d'air... C'est un gros traumatisme. »

Après être sorti de l'hôpital, M. Canuel a fait parvenir deux lettres de mises en demeure à la copropriétaire du restaurant, Francine LaRochelle, mais aucune réponse ne lui a été transmise.

« J'ai décidé de faire une mise en demeure parce que je considère que le serveur est en faute, explique-t-il. Je l'ai avisé et il m'a quand même servi mon allergène. [...] Mais le restaurant fait l'autruche : personne ne m'a rappelé ou n'a même pris la peine de prendre de mes nouvelles, tout simplement. »

Des discussions avec deux de ses amis, l'un avocat et l'autre policier, ont convaincu M. Canuel d'intenter une poursuite civile contre le serveur, ce qu'il prévoit faire sous peu.

« Le comportement du serveur était insouciant : au lieu de se concentrer sur ma commande et sur mon allergie, il était plutôt concentré à servir une autre table, à rire et à prendre des shooters avec ces gens-là, qui semblaient être des amis. Est-ce qu'il était en état d'ébriété? Je ne suis pas prêt à le dire, mais il n'a jamais pris en note mon allergie, et je ne me souviens pas non plus l'avoir vu entrer dans la cuisine pour aviser les cuisiniers. »

« Je ne m'attends pas à ce que le serveur fasse de la prison, poursuit-il. Moi, ce que je veux, c'est qu'il soit condamné pour le geste qu'il a posé. Il aurait pu me tuer, et dans les faits, il m'a tué puisque j'ai fait un arrêt cardiaque. Je réclame aussi de l'argent pour le stress que ma famille et moi avons subi. »

Le Service de police de Sherbrooke enquête sur... (Spectre Média, René Marquis) - image 2.0

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Le Service de police de Sherbrooke enquête sur une plainte de négligence criminelle contre un serveur du restaurant Le Tapageur, qui a servi un tartare de saumon à un client qui l'avait avisé y être allergique. 

Spectre Média, René Marquis

La copropriétaire du Tapageur se défend

La copropriétaire du Tapageur, Francine LaRochelle, se dit profondément désolée de la grave réaction allergique qu'a subie Simon-Pierre Canuel à son restaurant en mai dernier. Elle assure qu'un protocole rigoureux est en place dans son établissement concernant les allergies alimentaires.

« Étant donné que je suis moi-même allergique au poisson et aux fruits de mer et que je mange là tous les jours, c'est certain qu'on a instauré toute une façon de travailler », fait-elle valoir.

« Par exemple, dans la cuisine, il y a deux friteuses qui sont installées complètement aux opposés, pour éviter les contaminations croisées. En plus, j'ai fait installer une grosse plaque de métal à côté de la friteuse à poisson, pour éviter qu'il y ait une seule goutte d'huile qui tombe sur la plaque où on fait cuire les viandes. Ça, c'est l'une des nombreuses précautions que l'on prend. »

Contrainte de se taire au sujet de la soirée où s'est produit le triste événement en raison des procédures judiciaires, Mme LaRochelle tient tout de même à rassurer ses clients.

« Je ne peux pas vous parler de la soirée ou de la cause, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'on fait terriblement attention aux allergies au Tapageur. Il y a plein de monde maintenant qui a des allergies et on en sert constamment. »

« En ce moment, la restauration, ce n'est pas facile : il faut travailler très fort. Je travaille parfois soixante heures par semaine, en plus d'être une mère de famille et une grand-mère. Alors pensez-vous vraiment qu'on ferait exprès pour empoisonner nos clients? Ça n'a pas de bon sens! On fait attention à eux : si on n'a pas de clients, on n'a rien. »

En réponse à Simon-Pierre Canuel qui lui reproche de ne pas avoir reçu de réponse aux deux mises en demeure qu'il a envoyées, Francine LaRochelle affirme que cette décision a été prise sous les recommandations de son avocat.

« Ce n'est pas parce que moi je ne voulais pas lui parler, au contraire, affirme-t-elle. Loin de moi l'idée de ne pas vouloir coopérer. Je suis très, mais très très très désolée pour ce monsieur-là. Mais quand on reçoit une lettre qui nous dit qu'on va avoir une poursuite, c'est certain qu'on prend nous aussi un avocat. Et l'avocat m'a dit de ne rien dire. »

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