L'arbitraire

Pendant que la Ville de Sherbrooke appuie la...

Agrandir

Pendant que la Ville de Sherbrooke appuie la recommandation d'éliminer une bête ayant eu un comportement agressif, l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec présente ses recommandations au gouvernement provincial sur les chiens dangereux.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Toxon, le pitbull dont les puissantes mâchoires ont étouffé un autre chien la semaine dernière à Sherbrooke, a été euthanasié.

Le jugement a été rendu au désarroi de la propriétaire du chien, Maryse Desloges, qui estimait que son compagnon sans antécédents de violence ne méritait pas pareil châtiment.

« A priori, notre réglementation est claire. Par surcroît, les faits l'étaient également. La Ville n'a eu aucune hésitation à suivre la recommandation de la Société protectrice des animaux » souscrit le président du comité exécutif, Serge Paquin.

La propriétaire du pitbull réclamait la clémence des autorités municipales du fait qu'elle tenait son animal en laisse, une condition que ne respectait pas le propriétaire du yorkshire s'étant avancé vers son animal.

Soit. Par contre, de toute évidence, elle a été incapable de le maîtriser. La SPA de l'Estrie parle d'une « réaction démesurée du chien mordeur » face à la menace que représentait son vis-à-vis. En plus, la force utilisée et l'acharnement dont il a fait preuve en refusant de lâcher prise constituent « un danger certain », ont conclu les experts en comportement canin.

« Considérons-nous chanceux que la victime n'ait pas été un enfant. Notre réglementation est peut-être imparfaite, mais ce n'est pas un cas très discutable », ajoute le conseiller Paquin, faisant ainsi écho à des craintes exprimées ces derniers jours dans l'arrondissement de Fleurimont, où l'incident s'est produit.

Dans les circonstances, la position tranchée de la Ville est relativement facile à défendre. Par contre, si un bambin avait été défiguré, ou pire, mordu à mort, ce serait une autre affaire. Les élus municipaux essuieraient les reproches d'avoir ignoré les récentes attaques imputées à des pitbulls en refusant de rétablir l'interdiction ayant été en vigueur durant une quinzaine d'années à Sherbrooke.

« Ce risque existe encore et nous l'assumons avec notre encadrement actuel », maintient M. Paquin tout en réitérant que la discrimination d'une race ne semble définitivement plus dans les plans à l'hôtel de ville.

C'est l'approche plus large que préconise l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec dans le rapport qui vient d'être soumis au Comité ministériel de travail sur les chiens dangereux. Parlant de cet avis, il va rebondir, c'est certain, puisque l'organisation y va d'un parallèle douteux sur la stigmatisation des pitbulls :

« Tous les individus d'une même race ne sont pas identiques et ne méritent pas tous le même sort. Il y a un taux de criminalité élevé dans certaines communautés noires des États-Unis, mais il ne nous viendrait pas à l'idée d'interdire les Afro-Américains sur ce territoire.

« Il faut plutôt interdire la criminalité, identifier les facteurs de risque, faire de la prévention et adopter des mesures coercitives pour les personnes responsables de méfaits. Ces mesures seront plus efficaces à long terme qu'interdire les personnes noires sur un territoire. »

Ouch!

Ça rappelle les propos peu nuancés concernant les Noirs que le Dr Pierre Mailloux s'était permis à l'émission Tout le monde en parle. Le président de l'Ordre des médecins vétérinaires va se faire mordre à son tour et revenir le fond de culotte percé s'il se présente un jour sur un plateau de télé pour défendre aussi maladroitement l'inconfort de ses membres à évaluer la dangerosité ou non d'un chien en se basant seulement sur son appartenance à une race.

Il y a des façons plus élégantes que celle-là de combattre l'arbitraire et de se poser en arbitre.

Revenons chez nous, savez-vous que « tout gardien d'un chien qui utilise un parc canin à Sherbrooke doit détenir une assurance-responsabilité »?

Si, si, c'est une obligation légale, ainsi libellée à l'article 5.10.117 des règlements généraux de la Ville de Sherbrooke. Aucun contrôle n'est vraiment exercé, c'est juste un bouclier juridique pour veiller à ce que la Ville ne puisse être mise en cause (comme propriétaire du terrain) dans une poursuite civile, même si une altercation survenait dans un parc canin et impliquait la bête d'un gardien non assuré.

On ne peut reprocher aux autorités municipales de veiller sur les intérêts financiers de la Ville, mais devrait-il pas en être ainsi pour ceux du voisinage?

Aucun véhicule ne peut prendre la route sans couverture d'assurance. On tolère par contre des centaines de propriétaires de chien sans police d'assurance habitation, qui garantirait cette protection minimale en cas de dommages corporels.

Ne soyez pas surpris si ça vient un jour sur le tapis dans toute la réflexion amorcée sur les responsabilités qui devraient incomber à un propriétaire de chien.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer