Les sauveteurs se font rares

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S'ils semblent passer un bel été sur le bord des plages et des piscines, les surveillants-sauveteurs et les assistants-sauveteurs y arrivent au prix d'une formation exigeante qui en fait des travailleurs très en demande partout au Québec.

Spectre média, Julien Chamberland

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) Chaque printemps, c'est le même défi : les responsables de piscines publiques extérieures se mettent en quête de la perle rare qui assurera la sécurité des baigneurs durant la belle saison.

Mais les détenteurs du brevet de Sauveteur national, âgés de 17 ans et plus et disponibles à l'emploi pour la dizaine de semaines comprises entre la Fête nationale et la fête du Travail ne sont pas si faciles à recruter.

Par exemple, dans le secteur Sawyerville de la municipalité de Cookshire-Eaton cet été, la piscine publique a ouvert avec trois semaines de retard et à raison de trois jours par semaine seulement.

« C'est malheureux, parce qu'on aurait voulu ouvrir à temps complet, explique Jenny Cadieux, une employée de la Municipalité. On a entrepris les démarches depuis mars et on a frappé à toutes les portes. Je me demande vraiment comment on aurait pu faire mieux. »

Pour rendre le poste plus alléchant, Cookshire-Eaton a dû « ajuster les conditions de travail et indemniser le sauveteur pour ses déplacements ». Si bien qu'avec ses cinq années d'expérience, le surveillant-sauveteur, qui vient de Sherbrooke, gagne pas moins de 20 $ l'heure pour remplir sa tâche.

Mme Cadieux relate que la Municipalité a craint de ne pas pouvoir ouvrir la piscine du secteur Cookshire pour les mêmes raisons de pénurie de sauveteurs. « Ça s'est placé une semaine et demie avant la date officielle prévue du 25 juin », confie-t-elle.

Au Camping de Compton, où on embauche trois sauveteurs et un assistant-sauveteur chaque été pour deux piscines, Amélie Fortin pensait l'affaire réglée, jusqu'à ce qu'un des sauveteurs quitte son poste. Mme Fortin cherche donc un remplaçant et ferme une des deux piscines en début de semaine en attendant de trouver. « Ça fait déjà quatre semaines et je n'ai reçu aucun CV... »

À Sherbrooke, au Domaine Joly-Mont du secteur Fleurimont, Marie-Ève Joly partage les mêmes tracas. Elle embauche normalement deux surveillants-sauveteurs pour couvrir les heures d'ouverture de la piscine du camping mais cet été, elle n'a pas encore trouvé le deuxième. Son sauveteur pourrait donc se retrouver à faire des semaines de 56 heures si la météo commande de longues heures de baignade.

« Je reçois une tonne de curriculum vitae de (détenteurs du brevet) Croix de bronze, constate Mme Joly, mais la loi m'oblige à avoir un Sauveteur national. D'après moi, on n'en forme pas assez. »

Réglementation

De fait, le Règlement sur la sécurité des bains publics oblige la présence de surveillants dès qu'une piscine ou un plan d'eau est accessible ou exploité pour la baignade du public. Le nombre et les qualifications des préposés sont déterminés selon plusieurs critères, dont le nombre de baigneurs, la grandeur de la piscine ou la longueur de la plage. La présence d'un sauveteur certifié âgé de 17 ans et plus est dans la plupart des cas une norme minimale, à moins d'une pénurie documentée dans lequel cas la Régie du bâtiment du Québec (l'organisme de qui relève la réglementation) autorise des assouplissements concernant l'âge des surveillants.

Le président-directeur général de Camping Québec, Simon Tessier, croit que les difficultés de recrutement des surveillants-sauveteurs viennent du fait que la formation nécessaire à l'obtention du brevet de Sauveteur national est trop exigeante.

Et aussi de la compétition avec les Villes qui sont en mesure d'offrir de meilleurs salaires, selon lui, et des emplois 12 mois par année avec leurs installations intérieures.

« C'est un phénomène avec lequel on doit vivre depuis trop longtemps, déplore M. Tessier. La priorité, c'est la sécurité de nos baigneurs, mais le bilan des noyades sur les terrains de camping n'est pas alarmant. Je pense qu'on pourrait arriver aux mêmes résultats en abaissant un peu les exigences pour former plus de sauveteurs. Actuellement, on dirait plus qu'on veut former des athlètes. »

Simon Tessier dit avoir plaidé la cause des propriétaires de campings auprès de la RBQ ces dernières années, sans grand succès jusqu'ici.

« J'ai l'impression d'être Don Quichotte depuis cinq ans, lance-t-il. La RBQ a bien d'autres priorités. »

Certains campings, témoigne M. Tessier, ont d'ailleurs dû augmenter sensiblement les salaires pour venir à bout du problème. D'autres paient la formation des sauveteurs. Au Saguenay, une régie a été mise en place et agit comme une agence de placement, si bien que les salaires des sauveteurs peuvent atteindre 26 à 27 $ l'heure... dans une industrie saisonnière où chaque dollar compte.

« Faire des affaires au Québec avec toutes les réglementations en vigueur, ce n'est vraiment pas facile », résume M. Tessier.

Pour être sauveteur national

Le brevet Sauveteur national nécessite jusqu'à 120 heures de formation qui peuvent coûter jusqu'à 1000 $ en incluant les frais de manuel et d'examens.

Brevet Médaille de bronze (20 à 30 heures)

Brevet Croix de bronze (20 à 30 heures)

Brevet Premiers soins général ou un équivalent (16 heures)

Sauveteur national piscine (40 heures excluant l'examen final)

Le Sauveteur national doit également acquérir une formation supplémentaire de 20 heures (par option) pour travailler dans un parc aquatique, sur la plage d'un lac ou d'une rivière, ou en bordure de mer ou d'océan. Le permis est valide deux ans.

Source : Société de sauvetage du Québec

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