Brompton habité depuis 10 000 ans

Découvert en 2013 par l'archéologue et animateur au... (Archives La Tribune)

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Découvert en 2013 par l'archéologue et animateur au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, Éric Graillon, le site archéologique Kruger 2, situé aux abords de la Saint-François dans l'arrondissement Brompton, a dévoilé une facette inédite de l'histoire des Amérindiens nomades qui s'y sont arrêtés à plusieurs reprises il y a 10 000 ans.

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(Sherbrooke) Une nouvelle période de fouilles archéologiques très fructueuse vient de se terminer sur le site Kruger 2, situé aux abords de la rivière Saint-François dans l'arrondissement Brompton, à Sherbrooke. Pour une deuxième année consécutive, ce site découvert en 2013 par l'archéologue et animateur au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, Éric Graillon, a dévoilé une facette inédite de l'histoire des Amérindiens nomades qui s'y sont arrêtés à plusieurs reprises il y a 10 000 ans.

Chaque été entre 2015 et 2017, Éric Graillon et Claude Chapdelaine, une sommité dans le monde de l'archéologie préhistorique et professeur à l'Université de Montréal, passent au peigne fin ce site archéologique pendant trois semaines en compagnie d'étudiants universitaires, grâce à un partenariat établi entre le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, l'Université de Montréal, le ministère de la Culture et des Communications et le comité culturel de Brompton.

Aux 78 000 témoins lithiques (outils et débris) qui avaient été découverts l'an dernier, environ 12 000 nouveaux ont été ajoutés cette année, portant le total à 90 000, selon les estimations actuelles. Parmi ceux-ci, 350 outils (pointes de projectiles, forets, bifaces, grattoirs et racloirs) ont été trouvés l'an passé, en plus d'une centaine cette année. Cette énorme quantité d'objets et d'éclats de roche permet aux archéologues d'affirmer que le site de Brompton devait constituer un emplacement phare pour les nomades de la période paléoindienne.

« Sans penser qu'ils étaient très nombreux - peut-être une vingtaine au maximum puisque le site demeure petit - on pense que ces gens-là sont restés sur le site plus longtemps qu'on aurait pu se l'imaginer, soit peut-être pendant une ou deux semaines intensives, ou qu'ils faisaient plusieurs allers-retours à l'intérieur d'une même saison. Je pense aussi qu'ils se sont arrêtés à de nombreuses reprises à cet endroit-là au cours des années », soutient Claude Chapdelaine.

« Ce qu'il faut comprendre, c'est que pour produire une seule pointe de projectile, un tailleur pouvait produire près de 500 éclats [de roche], poursuit-il. Le fait qu'il y ait 90 000 éclats en tout, ça signifie qu'on a beaucoup taillé sur ce site et qu'on a cassé beaucoup d'outils, donc qu'on y a passé pas mal de temps. »

«Sur les 800 petits fragments d'os qu'on a ramassés l'an dernier, une quinzaine ont été identifiés à l'espèce.»


Si ce lieu situé le long de la rivière Saint-François peut paraître anodin, Claude Chapdelaine explique qu'en fait, celui-ci possède plusieurs qualités du point de vue des Amérindiens. Non seulement il se trouve sur une terrasse élevée par rapport au plan d'eau, ce qui le protège des inondations peu importe la saison, mais il est également en aval d'une chute, ce qui permettait aux Nomades de circuler aisément sur la rivière s'ils possédaient des embarcations.

Alimentation variée

En plus d'être d'une richesse « exceptionnelle » en raison des nombreux outils qu'on y a dénichés, Kruger 2 est également le premier site archéologique au Québec associé à la culture nommée « plano » présentant des os blanchis.

« C'est extraordinaire!, s'enthousiasme M. Chapdelaine. Sur les 800 petits fragments d'os qu'on a ramassés l'an dernier, une quinzaine ont été identifiés à l'espèce, ce qui nous a permis de découvrir que ces gens-là mangeaient du castor, de l'ours noir et des gros mammifères, soit du caribou ou du cerf de Virginie. (...) Cette année, on a trouvé encore facilement 300 ou 400 nouveaux os blanchis, parmi lesquels un nombre probablement équivalent à celui de l'an passé va pouvoir être identifié. C'est très prometteur. »

De plus, deux vertèbres de poisson enfouies sur le site permettent désormais aux spécialistes des civilisations humaines passées d'affirmer que ces Amérindiens étaient des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs.

« On va poursuivre les fouilles l'an prochain, et il y a des pourparlers entre les différents partenaires pour amorcer, en 2017, des efforts de diffusion pour faire connaître au grand public les richesses que ce site-là nous a livrées au cours des trois années de fouille. La diffusion devrait se faire sous plusieurs formes, mais bien sûr, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke va être au coeur de ces efforts », déclare le professeur de l'UdeM.

En attendant, ceux qui sont trop curieux peuvent se présenter le 13 août à l'atelier d'archéologie expérimentale qui se tiendra au Musée de la nature et des Sciences, entre 13 h et 16 h. L'archéologue Éric Graillon sera sur place afin de présenter certains des objets découverts à Brompton, tout comme l'archéologue Yves Chrétien, qui enseignera comment tailler la pierre et allumer un feu sans briquet ni allumette, comme le faisaient les Amérindiens. Pour plus de détails concernant cette activité, il suffit de joindre le Musée au 819 564-3200.

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