Le libre-échange bat de l'aile

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(Sherbrooke) Donald Trump a remporté la nomination républicaine en adoptant des positions contraires à l'orthodoxie républicaine de soutien indéfectible au libre-échange et aux entreprises alors qu'Hillary Clinton s'est rapprochée de la gauche de l'échiquier politique sur de nombreux points afin de refléter à la fois le changement d'humeur du pays et de la base du Parti démocrate.

Résultat : quel que soit celui de ces deux qui remportera l'élection présidentielle américaine, des niveaux accrus de protectionnisme ou d'intervention gouvernementale sont à prévoir. Et cela exercera une pression à la baisse sur les marges bénéficiaires des entreprises.

Voilà les grandes lignes d'une analyse publiée récemment par la Banque Nationale.

Selon une enquête de Bloomberg en mars 2016, 65 % des Américains préfèrent une augmentation des restrictions à l'importation de marchandises pour protéger les emplois aux États-Unis, alors que 22 % aimeraient voir diminuer ces restrictions. Un autre sondage effectué par CNBC pendant le même mois a conclu qu'à peine 27 % des Américains conviennent que le libre-échange a aidé les États-Unis contre 43 % qui disent qu'il leur a nui.

L'opposition croissante au libre-échange se nourrit aussi du vieillissement démographique. D'après un sondage récent de YouGov, les Américains de plus de 45 ans ont une vision plus négative du libre-échange. Pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, les plus de 45 ans représenteront la majorité du corps électoral à la prochaine consultation. De plus, les Américains de 45 ans et plus tendent à voter en plus grande proportion que les citoyens plus jeunes.

Des deux candidats à l'investiture, c'est Donald Trump qui a pris le plus fermement position contre le libre-échange. Il s'est prononcé contre le Partenariat transpacifique (PTP) et a demandé une renégociation de l'ALÉNA, qu'il a qualifié de « plus mauvais accord commercial de toute l'histoire ». Il a aussi menacé d'imposer des tarifs douaniers aux importations de pays accusés d'employer des pratiques commerciales illégales. Cela comprend des droits de 45 % et 35 % sur les importations en provenance de la Chine et du Mexique.

Hillary Clinton, en revanche, a longtemps été considérée comme une libre-échangiste. Mais l'humeur protectionniste croissante l'a obligée à se prononcer contre le PTP, même si elle a été une des instigatrices de l'accord alors qu'elle était secrétaire d'État du président Obama, et y voyait jadis l'étalon-or des accords de commerce international. De fait, Mme Clinton ne s'est pas seulement engagée à s'opposer au PTP, mais s'en est récemment prise fermement aux accords de commerce international en général en disant que « les États-Unis devraient renégocier les accords qui ne fonctionnent pas à l'avantage des Américains ».

Directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin rappelle... (Archives La Tribune, Jessica Garneau) - image 2.0

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Directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin rappelle que les entreprises ont avantage à diversifier leur marché que ce soit pour se protéger des fluctuations du taux de change ou pour contrer l'effet de nouvelles politiques liées au libre-échange. « Les États-Unis sont des alliés naturels, mais les entreprises doivent toujours se diversifier. Pensons à l'accord Canada-Union européenne qui devrait être ratifié d'ici la fin de l'année ou encore à l'accord transpacifique. »

Archives La Tribune, Jessica Garneau

« Ne pas s'alarmer, mais se diversifier »

Les entreprises exportatrices de la région doivent-elles s'inquiéter du renforcement du protectionnisme américain qui pourrait suivre l'élection du prochain président en novembre?

Sherbrooke est située à 30 minutes de la frontière des États-Unis, il faut moins de 24 heures de route pour rejoindre un marché de 150 millions de consommateurs.

Grâce à cette localisation stratégique, Sherbrooke est au 2e rang des régions exportatrices du Québec, soulignait récemment Sherbrooke Innopole.

« Sur nos 640 entreprises, on en compte 167 qui exportent aux États-Unis, note la directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin. Pour 46 de ces entreprises, les ventes faites aux États-Unis représentent plus de 50 pour cent de leur chiffre d'affaires et pour 14 d'entre elles, les exportations américaines représentent plus de 80 pour cent de leur chiffre d'affaires. »

Même si elle veut être réaliste, Mme Fortin ne désire pas être alarmiste quant aux conséquences de l'élection de Trump ou Clinton et quant au possible resserrement des règles de libre-échange.

« Quelle portion des promesses ou des intentions du futur président sera réalisée? Le congrès a bloqué plusieurs projets dans le cas d'Obama, qui était censé représenter un grand vent de fraicheur. Il devra y avoir des négociations. Est-ce que je crois qu'il y aura un virage à 180 degrés au lendemain des élections? Non. Les partenaires, comme le Canada, devront aussi négocier », affirme-t-elle rappelant que le protectionnisme n'a rien de nouveau pour les Américains, qui se sont dotés du Buy American Act.

Aussi, la directrice générale de Sherbrooke Innopole rappelle que les entreprises ont avantage à diversifier leur marché que ce soit pour se protéger des fluctuations du taux de change ou pour contrer l'effet de nouvelles politiques liées au libre-échange. « Les États-Unis sont des alliés naturels, mais les entreprises doivent toujours se diversifier. Pensons à l'accord Canada-Union européenne qui devrait être ratifié d'ici la fin de l'année ou encore à l'accord transpacifique. »

Selon les dernières données disponibles de l'Institut de la statistique du Québec, 25,9 % des établissements de l'Estrie exportent aux États-Unis et les revenus qu'ils en tirent comptent pour 38,6 % des revenus totaux de l'ensemble des établissements.

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