Attentat à Nice : une Sherbrookoise sauvée par un poteau

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Comme elle le fait depuis quatre étés, lorsqu'elle enseigne sur la Côte d'Azur, Catherine Lanoue s'était rendue sur la Promenade des Anglais jeudi soir afin d'assister aux feux d'artifice du 14 juillet.

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) N'eût été d'une colonne d'acier qui a fait dévier le camion de sa trajectoire, la Sherbrookoise Catherine Lanoue serait probablement au nombre des victimes de l'attentat survenu jeudi à Nice.

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Chrissa Mouratidi, Catherine Lanoue et Alexandra Efimyuk, à Nice, quelques minutes avant l'attentat qui a fait au moins 84 morts. 

Tous les étés depuis quatre ans, cette enseignante de Bishop's College School de Lennoxville passe six semaines sur la Côté d'Azur afin d'enseigner le français à des élèves étrangers à l'école Azuralingua de Nice.

Comme elle l'avait fait au cours des trois dernières années, elle et un groupe d'enseignants sont descendus sur la Promenade des Anglais afin d'assister aux feux d'artifice du 14 juillet. C'est au moment de regagner sa résidence que la jeune femme s'est retrouvée au milieu du carnage qui a fait pas moins de 84 morts.

Jointe hier midi via Skype par La Tribune, Catherine Lanoue a raconté comment elle a frôlé la mort ainsi que les scènes d'horreur auxquelles elle a été confrontée pendant et après la chevauchée funeste du camion.

Accompagnée de deux collègues, une Russe et une Grecque, Catherine Lanoue s'apprêtait à regagner sa résidence à pied lorsque la tragédie est survenue.

«On venait de regarder les feux d'artifice et comme le vent commençait à se lever et qu'on travaillait le lendemain, on avait décidé de rentrer tranquillement à la résidence, dit-elle. En cours de route, mes deux collègues se sont arrêtées devant l'hôtel Négresco, qui était illuminé en bleu-blanc-rouge, pour le prendre en photo.»

Pendant que ses deux collègues prenaient des clichés du Négresco, la Sherbrookoise a continué à marcher lentement le long de la piste cyclable, avant de s'arrêter quelques mètres plus loin sous un faux-toit, afin de ne pas perdre ses collègues de vue.

«C'est là que j'ai vu le camion arriver au loin. Je trouvais qu'il arrivait vite et qu'il n'arrivait pas droit, raconte-t-elle. Ma première pensée a été de me dire que le conducteur était saoul au volant... Jusqu'à ce que je le vois embarquer sur le trottoir tout juste devant moi et se mettre à frapper les gens, dont un homme qui était à moins de trois mètres devant moi... Le camion a frappé une des colonnes (de l'abri), mais la colonne n'a pas bougé, ce qui fait que le camion, au lieu de foncer sur moi, a bifurqué sur la route en passant tout juste devant moi. Je ne sais pas si c'est un ange ou quoi qui m'a sauvé, mais si la colonne avait cédé, j'aurais été frappée par le camion ou encore j'aurais été écrasée par le toit qui était au-dessus de ma tête...».

Pendant que le camion poursuivait sa course folle en tentant d'écraser le plus grand nombre de piétons possible, Catherine Lanoue a couru en direction de l'homme qui venait d'être fauché sous ses yeux. «Plus je m'approchais de lui, plus je voyais une flaque de sang qui grossissait, Sa poitrine ne bougeait plus, il n'y avait plus aucune respiration...»

Après avoir jeté un coup d'oeil mais en vain en direction de ses collègues, l'enseignante dit avoir entendu une rafale de coups de feu en provenance de l'endroit où se trouvaient ses deux collègues.

«J'ai réagi un peu de façon illogique, mais j'ai tout de suite enlevé mes sandales et je suis partie à courir vers l'endroit où j'avais vu mes collègues la dernière fois. Et là, en courant, à travers tout le bruit qu'il y avait, j'ai entendu ma collègue russe crier mon nom.»

Pendant que les premiers secours arrivaient en trombe sur la Promenade, elle et sa collègue russe se sont lancées à la recherche de leur collègue grecque. Dans la cohue ambiante, les deux enseignantes ont toutefois dû se réfugier dans le musée de la Villa Massena où elle a appris, quelques heures plus tard, que sa collègue grecque était saine et sauve...

Trente-six heures après la tragédie, Catherine Lanoue n'avait évidemment pas réussi à dormir. Elle et ses collègues se sont présentés en classe vendredi matin, question de rassurer leurs jeunes élèves et de répondre à leurs inquiétudes.

«Non seulement je n'ai pas encore dormi, mais je n'arrive pas à avoir d'émotion, dit-elle. Je n'ai pas encore pleuré, mais je sais que cela va arriver tôt ou tard. Pour l'instant, c'est comme si je venais d'assister à un film. Même si je sais que tout ça est bel et bien arrivé», ajoute-t-elle.

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