Estelle Gobeil s'éteint à 94 ans

La Grande Estrienne 1995, Estelle Gobeil, est décédée... (Archives, La Tribune)

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La Grande Estrienne 1995, Estelle Gobeil, est décédée vendredi à l'âge de 94 ans.

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(Sherbrooke) « Même si ce n'était que de ça, disait-elle en écartant les doigts de quelques centimètres à peine, j'aurai au moins contribué à faire avancer des choses. Et si chacun fait sa part de la même façon, on forgera un monde meilleur... Il n'y a pas d'âge pour prendre sa place. Des éteignoirs, il y en a trop. Des bougies d'allumage, pas assez. On peut être une bougie d'allumage à tous les âges de la vie... »

Ces paroles sont de la Grande Estrienne 1995, Estelle Gobeil, qui est décédée vendredi à l'âge de 94 ans. Elle avait prononcé ces mots lors d'une rencontre avec un collègue journaliste en 2002. Ce même collègue avait été marqué par son regard toujours aussi perçant, son esprit aiguisé et sa force, malgré une apparence fragile.

Née à Windsor, un 19 juin, Mme Gobeil a été mariée à Lionel Gobeil, un boulanger, qui est décédé en 1998. Elle s'est installée à La Patrie en 1949 et a eu six enfants, mais deux sont décédés à la naissance.

Celle qui est passée à deux doigts de prononcer ses voeux perpétuels de religieuse enseignante est finalement devenue infirmière après avoir enseigné aux jeunes pendant quelques années. Mais ce n'est pas tout.

Estelle Chamberland (son nom de jeune fille) a tout fait. On a dit d'elle qu'elle a cumulé tous les postes possibles dans tous les organismes imaginables de tous les secteurs d'activités et qu'elle a su défricher et développer à sa façon le petit village de La Patrie et ensuite le Haut-Saint-François, l'Estrie et le Québec.

Elle a été présidente, deux fois plutôt qu'une, du Conseil régional de développement de l'Estrie. Elle a été la première femme à l'exécutif de la Commission scolaire régionale de l'Estrie. Elle a été présidente générale de la Fédération des commissions scolaires catholiques du Québec. Elle a été déléguée afin d'obtenir la présence de Radio-Québec en Estrie.

Elle a aussi présidé la Ligue des cadets de l'armée durant 26 ans. Elle a été sur les conseils d'administration de la Société d'histoire et du patrimoine du Haut-Saint-François, de la Corporation de la mise en valeur de la collection Brochu de La Patrie, du CHSLD. Elle a aussi fait partie des Filles d'Isabelle.

Mme Gobeil avait même été candidate conservatrice aux élections fédérales de 1963. Elle fut une des premières femmes à tenter l'expérience. On lui avait dit de rester dans sa cuisine, mais c'était bien mal la connaître.

Son implication et son engagement lui ont valu près d'une vingtaine de distinctions d'envergure dont le prix du bénévolat au Canada en 1998, de Grande Estrienne en 1995, de personnalité féminine de l'année de la Société Saint-Jean Baptiste du diocèse de Sherbrooke en 1982 et elle fut même décorée de la médaille du Gouverneur général en 1968. Elle a aussi reçu le prix Simone Monet-Chartrand, en 2001.

Elle avait à coeur les jeunes et les aînés délaissés. Aux premiers, elle expliquait qu'ils ne devaient jamais accepter d'être écartés sous le prétexte de leur jeunesse, « car chacun peut contribuer, selon son expérience et sa volonté d'agir ». Aux seconds, elle demandait d'être fiers de raconter leurs expériences leur rappelant qu'ils n'étaient pas démodés, car « plus ça change, plus c'est pareil ».

Les autobiographies comme celles de Simone Monet-Chartrand, Solange Chaput-Roland, Françoise Gaudet-Smet étaient ses livres préférées et elle aimait la musique classique. Mozart, Beethoven, Chopin.

Réactions

La région perd ainsi une grande femme. Une pionnière à bien des égards. Tant et si bien que plusieurs acteurs socio-économiques de la région n'ont pas hésité à réagir au décès d'Estelle Gobeil.

Ancien président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Patrice Simard l'a côtoyée dans de nombreux dossiers, dont celui du Sommet régional de développement économique, le transfert du Centre fédéral de cartographie, la Maison régionale de l'industrie, pour n'en nommer que quelques-uns. Estelle Gobeil présidait alors le Conseil régional de développement de l'Estrie (CRD).

« Elle abordait tout avec dynamisme, sérieux et détermination. Elle exerçait beaucoup de leadership dans l'atteinte de ses objectifs... Elle ne l'a jamais su, mais son style décidé et son approche vers des résultats en développement économique, social et culturel m'ont grandement influencé quand à mon tour je suis devenu président du CRD, soit le CRDÎM, de 1996 à 2000. »

Elle aussi ancienne présidente de la CdeC, Lynn Charpentier a tenu pour sa part à exprimer son affection envers Estelle Gobeil. Elle a toujours été estimée et respectée de tous, a souligné Mme Charpentier. Qui plus est, elle a été aimée, a-t-elle souligné.

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