La privatisation reste marginale en Estrie

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Le Dr Alain Demers est président de l'Association des médecins omnipraticiens de l'Estrie.

Spectre Média, Jessica Garneau

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) Avec le changement de statut du Dr Richard Hamann à compter de juillet, la région de l'Estrie compte désormais huit médecins omnipraticiens non participants, selon la Régie de l'assurance maladie du Québec. C'est deux de plus qu'il y a cinq ans.

À l'échelle de la province, leur progression est plus rapide. Les omnipraticiens non participants ou désengagés étaient au nombre de 143 en 2011 et ils sont presque le double en juillet 2016 à 282, soit presque 3 pour cent des médecins de famille aptes à facturer.

« Il y a des discussions en Estrie, il y a des médecins qui nous avisent que si ça continue comme ça, ils vont arrêter (de faire partie du régime public). Mais la majorité ne voit pas dans la privatisation une façon de voir plus de patients », rapporte le Dr Alain Demers, président de l'Association des médecins omnipraticiens de l'Estrie (AMOE).

« Nous on ne soutient pas cette façon de faire, ajoute-t-il du même souffle. Je suis et je serai toujours un fervent défenseur d'un système public, universel, gratuit et accessible. »

Prenant soin de préciser qu'il n'a toutefois rien contre la décision du Dr Hamann - « c'est son choix et c'est son droit » -, Dr Demers convient que le système de santé vit de grands bouleversements et que l'accessibilité des soins pose des défis importants.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a mis la barre haute en imposant aux médecins de famille de prendre en charge 85 % pour cent des Québécois d'ici le 31 décembre 2017, au risque de recevoir des sanctions pour les inciter à travailler davantage.

« Mais la loi 20 n'est pas en vigueur, fait valoir Dr Demers. Elle est suspendue en autant que nous remplissions nos engagements. Et si tout le monde met l'épaule à la roue, j'estime que c'est possible. »

Comme président de l'AMOE et président régional de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, il croit que l'implantation des supercliniques et la nouvelle nomenclature des soins assurés par la RAMQ - celle décriée par le Dr Hamann - font bel et bien partie de la solution.

« Ce sont les médecins qui ont proposé que la rémunération soit basée sur la pathologie plutôt que sur la personne. On priorise non pas l'examen annuel d'une personne dans la vingtaine en parfaite santé, mais de voir les patients qui sont vraiment malades », explique le Dr Alain Demers, qui trouve par ailleurs tout à fait normal que la RAMQ tienne serrés les cordons de la bourse.

Quant aux supercliniques, il y voit beaucoup de potentiel, surtout si le ministre Barrette abandonne l'idée d'appliquer la même formule dans toute la province sans tenir compte des particularités régionales.

Car si à Montréal, les supercliniques doivent être ouvertes tous les soirs pour réduire un temps d'attente de 14 heures aux urgences, faut-il vraiment qu'à Sherbrooke, les deux supercliniques soient ouvertes toutes les deux jusqu'à 20 heures la fin de semaine, demande Dr Demers.

« C'est un peu comme une épicerie, une superclinique, illustre-t-il. Si c'est ouvert le dimanche, les gens vont y aller. Sinon ils vont y aller le samedi. Sauf que pendant que les médecins sont disponibles pour du sans rendez-vous dans les supercliniques, ils ne sont pas disponibles pour faire de la prise en charge... »

Dr Demers conclura en rappelant que l'Estrie a un retard de dix ans à rattraper en termes de nouveaux médecins pour prendre en charge de nouveaux patients. Parce que depuis dix ans, avec le vieillissement des médecins et les mesures incitatives pour aller pratiquer en régions éloignées, les nouvelles recrues en Estrie suffisent tout juste à remplacer ceux qui partent à la retraite ou qui décèdent.

« On a beau prendre des bouchées dans la liste d'attente, il s'ajoute toujours de nouveaux patients sur le tas. Et ce n'est pas parce que les médecins n'y mettent pas les efforts. »

En date du 13 juin dernier, 27 161 patients étaient inscrits au guichet d'accès à un médecin de famille pour la région de l'Estrie.

Le taux de prise en charge est de 78,4 pour cent, selon le dernier bilan trimestriel.

Trois statuts

Médecin participant : Il exerce dans le cadre du régime d'assurance maladie et est rémunéré directement par la Régie suivant les tarifs prévus à l'entente, quand une personne assurée a présenté sa carte d'assurance maladie.

Médecin non participant : Il exerce en dehors du cadre du régime d'assurance maladie, n'accepte pas la carte d'assurance maladie et refuse d'être rémunéré suivant le tarif prévu à l'entente. Il détermine donc lui-même ses tarifs.

Médecin désengagé : Il exerce en dehors du cadre du régime d'assurance maladie, mais accepte d'être rémunéré selon les tarifs prévus à l'entente. Ses patients, sur présentation du formulaire obtenu lors de la visite, reçoivent de la Régie un montant égal aux honoraires facturés. Par la suite, ils doivent payer le médecin désengagé. L'Estrie ne compte aucun médecin omnipraticien désengagé.

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