Le seul médecin de Courcelles passe à la pratique privée

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Anita Plante Bilodeau et son époux Wellie, atteint de la maladie de Parkinson, sont deux des citoyens de Courcelles qui se retrouvent sans médecin de famille avec la désaffiliation du Dr Richard Hamann.

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) Lourdement atteint de la maladie de Parkinson et âgé de 79 ans, Wellie Bilodeau est à la recherche d'un nouveau médecin de famille. Celui qui le soignait depuis plus de 25 ans, dans le village de Courcelles où il vit, passe à la pratique privée à compter de juillet.

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Natif de Courcelles et seul médecin du village, Dr Richard Hamann a décidé de passer au régime privé à compter de juillet, exaspéré par la lourdeur administrative du régime public. 

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Pour continuer à être le patient du Dr Richard Hamann, M. Bilodeau devrait débourser 2000 $ par année. Même tarif pour son épouse de 73 ans qui a une meilleure santé, mais qui a néanmoins besoin de consulter un médecin une fois de temps en temps.

« Il nous a flushés là, lance avec déception l'épouse de M. Bilodeau, Anita Plante Bilodeau. Ça me fait de la peine pour Wellie, mais je n'ai pas cet argent-là! En plus, on paye déjà pour les soins de santé avec nos impôts. »

Dr Hamann est le seul omnipraticien à Courcelles. Il est lui-même natif de cette municipalité de 960 habitants, dans la région du Granit, à une cinquantaine de kilomètres des urgences des hôpitaux de Lac-Mégantic, Saint-Georges-de-Beauce et Thetford Mines. Il y exerce la médecine depuis 32 ans, dans son cabinet de la rue Principale.

Son virage au privé, il y pense depuis cinq ans, découragé par les exigences administratives de la Régie de l'assurance-maladie du Québec, à qui il doit facturer ses actes toutes les deux semaines.

« Il y a cinq ans, mon président (de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec) Louis Godin m'avait convaincu de rester en me promettant que la facturation serait allégée. Mais ça n'a pas duré longtemps », relate Dr Hamann.

Cette fois, personne ne le fera changer d'idée. Il a envoyé son avis de désaffiliation à la RAMQ le 1er juin dernier et a entrepris d'aviser sa clientèle et de faire signer des contrats aux patients qui le suivront dans le système privé.

C'est la nouvelle nomenclature des actes applicables en cabinet, à domicile, en CLSC et en centre hospitalier imposée par la RAMQ depuis le 1er juin qui a fait déborder le vase.

« Ça devient d'une complexité épouvantable, s'insurge Dr Hamann. Ça fait 32 ans que je pratique la médecine et quand j'appelle à la RAMQ aujourd'hui pour avoir de l'aide, même le personnel là-bas ne s'y retrouve plus. Ils doivent aller vérifier avant de pouvoir me répondre. La facturation, je ne suis plus capable. »

Politique ou médecine?

En imposant un tarif fixe à ses patients pour des visites à volonté dans l'année, Dr Richard Hamann espère pouvoir recommencer à « faire de la belle médecine ». À voir ses patients aussi souvent que nécessaire pour qu'ils soient « sur la coche », comme il dit, même les cas - nombreux - de dépression.

Pour lui, une visite aux deux ans comme le prônent plus généralement aujourd'hui les directives du ministère de la Santé et des Services sociaux ne suffit pas quand on veut faire de la médecine préventive.

« Comment peut-on dépister des maladies comme le diabète ou le cancer colorectal avec une visite aux deux ans? Mais le Ministère est prêt à sacrifier les bilans de santé annuels pour qu'on puisse voir plus de patients, pour que le Dr Barrette (NDLR : Gaétan Barrette, ministre de la Santé) puisse bien paraître? Ce n'est plus de la médecine qu'on fait, c'est de la politique, selon les besoins du moment », dénonce-t-il, en prédisant que d'autres omnipraticiens vont faire comme lui.

Dr Hamann refuse de dire combien de patients sont inscrits à sa clinique et combien ont accepté de payer pour pouvoir le consulter en pratique privée.

Quand on lui fait remarquer que plusieurs, comme Wellie Bilodeau et son épouse, vont se retrouver orphelins et devront s'inscrire au Guichet d'accès à un médecin de famille (voir autre texte), il réplique qu'en 32 ans de médecine de village, il a beaucoup, beaucoup donné et que s'il prenait sa retraite ou s'il décédait, leur situation serait la même. Or en ouvrant une clinique privée, au contraire, il a pu recruter quelques patients inscrits au GAMF, assure-t-il.

Dr Hamann n'a pas non plus voulu dévoiler sa grille de tarification. Il fait toutefois valoir qu'il a eu le souci de rendre ses services « le plus accessibles possible », tout en créant des conditions pour pouvoir exercer cette belle médecine préventive qu'il prône.

Les enfants des familles inscrites, par exemple, sont vus gratuitement, et même après l'âge de 18 ans s'ils sont toujours aux études.

Les frais annuels qu'il demande peuvent également être étalés sur 12 mois et sont déductibles d'impôts.

Même si elle s'inquiète pour Wellie, Anita Plante-Bilodeau n'en veut pas outre mesure au Dr Hamann pour son virage. Elle craint toutefois qu'il soit imité.

« Si ça va bien son affaire, réfléchit-elle tout haut, il y a d'autres médecins qui vont faire pareil, c'est sûr. Et il n'y en aura plus de médecin de famille pour nous autres. Il va falloir qu'on se présente à l'urgence quand on va avoir besoin de se faire soigner. »

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