Trente ans de police au féminin à Sherbrooke

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Robert Pednault, directeur du Service de police de Sherbrooke, est accompagné de Brigitte Beaudoin (à gauche) et Maryse Fournier (à droite), détectives à la division des enquêtes criminelles.

Spectre Média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) Les premières femmes à intégrer le Service de police de Sherbrooke (SPS) ont dû défoncer des portes pour être acceptées non seulement de la population, mais aussi de leurs confrères de travail.

Embauchées le 29 juillet 1985, Brigitte Beaudoin et Maryse Fournier exercent contre vents et marées la profession qu'elles ont choisie depuis plus de 30 ans.

« Certains confrères nous ont dit carrément qu'ils ne voulaient pas travailler avec nous. D'autres se sont cachés sous la prétention que c'était leur femme qui ne voulait pas. Le directeur de l'époque nous avait dit qu'on ne dépenserait pas 25 cents pour nous autres. Il fallait prendre le service comme il l'était », se souvient Maryse Fournier.

« Il y a même eu une pétition pour que l'on soit mises dehors. Le poste de police et même l'équipement n'étaient pas faits pour nous recevoir. Il n'y avait pas de vestiaire pour les femmes et nous avons dû mettre des chemises et des pantalons d'homme au début de notre carrière », ajoute Brigitte Beaudoin.

Maryse Fournier se rappelle toutefois que plusieurs confrères masculins ont remarqué que les femmes dans la police pouvaient être complémentaires au travail masculin.

Cette dernière a gravi tous les grades pour atteindre celui de lieutenant.

« J'ai été premier sergent et premier lieutenant. Il y a eu des côtés négatifs oui, mais j'ai eu de bons coéquipiers et de super bons boss. J'ai même commencé à dire merci sur les ondes et dire des prénoms au lieu d'utiliser les codes. Ça faisait moins machine, plus humain », dit-elle.

Brigitte Beaudoin avait à peine 12 ans lorsqu'elle a choisi qu'elle serait policière, même s'il n'y avait aucun modèle semblable à suivre.

« J'ai foncé dans le tas advienne que pourra. Chaque fois que l'on faisait quelque chose, ça marquait l'histoire en quelque sorte. Je recommencerais demain matin en 1985, malgré toutes les embûches », soutient Brigitte Beaudoin.

Un bel accueil

Maintenant capitaine à la division de sécurité des milieux, Guylaine Perron a reçu un bel accueil à son arrivée à Métro-Police à Lennoxville en 1986 avant de se joindre au SPS lors de la fusion.

« La population n'était pas prête à se faire arrêter par une femme. Il y a plusieurs gars qui se laissaient arrêter sans avoir besoin d'utiliser la force. L'approche féminine changeait l'intervention. Les interventions sont tranquillement devenues plus verbales que physiques », estime Guylaine Perron.

« Nous n'avions pas le choix. Quand tu n'as pas les bras, il faut avoir les mâchoires. Notre force étant plus limitée, il fallait davantage dialoguer. Certains gars saouls voulaient se faire arrêter par une femme au lieu de tenter de se battre avec un policier masculin. Voir des femmes dans la police a surpris beaucoup de gens », estime Maryse Fournier.

Guylaine Perron a dû se battre avec la CSST pour être retirée du travail alors qu'elle était enceinte de son premier enfant en 1988.

« J'ai passé quatre mois sans salaire. Mon patron considérait que je ne pouvais pas faire mon travail régulier, mais la CSST ne faisait que calculer le nombre de kilomètres que je passais dans le véhicule patrouille tous les jours. Ils refusaient de me retirer au travail. L'affaire a été médiatisée. J'ai obtenu des prestations à partir du moment où tous les gars au poste ont fait un droit de refus de travailler avec moi. Les gars m'ont protégée », se rappelle-t-elle.

Nathalie Lessard travaille au SPS depuis 1991. Les cinq années qui la séparent de ses consoeurs avaient permis aux moeurs d'évoluer.

« Je n'avais pas l'impression d'avoir à prouver mes compétences. Il y avait une grande évolution entre mon embauche et celles des premières femmes policières à Sherbrooke », indique Nathalie Lessard.

Maintenant détectives à la division des enquêtes criminelles particulièrement en matière de crimes sexuels, Brigitte Beaudoin, Maryse Fournier et Nathalie Lessard estiment que l'approche féminine est complémentaire à celle des hommes avec les victimes.

En 2016, le SPS compte 56 femmes policières sur des effectifs de 241 personnes.

Robert Pednault a contribué à l'avènement des femmes au SPS

C'est entre autres grâce à des hommes de la trempe du policier Robert Pednault que l'intégration des femmes dans le corps de police sherbrookois a été facilitée.

Le directeur du Service de police de Sherbrooke, qui prend vendredi sa retraite, voit comme un ajout intéressant celui des femmes dans la profession qu'il a exercée pendant 35 ans.

Avec Paulin Aubé, Robert Pednault a insisté pour que les pionnières au Service de police de Sherbrooke soient intégrées à son équipe de patrouille.

« Si l'on recule trente ans en arrière, la police était très fermée et la place des femmes était marginale. La police était mâle et macho. Même comme policier homme, il fallait percer ce cercle fermé et se faire accepter. Il ne fallait pas manquer notre coup lors de nos premiers appels. À cette époque c'était une révolution que les femmes arrivent avec nous », se remémore Robert Pednault.

Présent lors de toutes les opérations majeures qui se sont déroulées à Sherbrooke au cours des 25 dernières années, fondateur du Groupe d'intervention (GI), Robert Pednault a aussi contribué à faciliter l'accession des femmes à la profession policière. En tant qu'officier syndical, il a aussi travaillé à améliorer leurs conditions.

« Les commentaires déplacés envers les femmes n'avaient aucun sens. Nous avons invité les premières policières à venir travailler sur notre équipe. Nous étions peut-être même un peu surprotecteurs. Il n'y avait personne qui devait les écoeurer. Il n'était pas question de frapper nos femmes policières ou de leur parler mal », estime celui qui a gravi tous les échelons au sein du SPS.

Robert Pednault se souvient de cette époque où les fins de soirée étaient musclées avec 17 bars, tavernes et hôtels sur Wellington de la rue Dépôt jusqu'à Frontenac.

« Il y avait des bagarres d'hôtels. Le sport national était de se battre avec les policiers. Certains hommes interpellés par une femme policière ont certainement hésité à utiliser la force de peur d'être humiliés devant leurs amis. Lors d'interventions en matière de violence conjugale, l'arrivée des femmes a été un atout considérable. Une victime féminine ne veut habituellement pas parler avec un homme. Les forces policières ne pourraient plus se passer des femmes dans leurs rangs », estime Robert Pednault.

Il soutient que les premières femmes au SPS ont brisé des barrières.

« La police était un métier exclusif aux gars, donc elles ont été des pionnières. Nos policières étaient solides. Elles ont fait leur place pouce par pouce dans l'organisation. L'avènement des femmes dans la police a révolutionné l'approche. Elles favorisent le dialogue en adoptant une approche plus humaine. Nous sommes beaucoup plus efficaces grâce à ça », estime Robert Pednault.

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