Cimetière Elmwood: le charme discret d'un jardin anglais

Quelque 7200 pierres tombales jalonnent les sentiers du... (Spectre média, Frédérick Côté)

Agrandir

Quelque 7200 pierres tombales jalonnent les sentiers du cimetière Elmwood, dans le Vieux-Nord de Sherbrooke.

Spectre média, Frédérick Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(SHERBROOKE) Niché à flanc de colline, dans un coin discret du Vieux-Nord, le cimetière Elmwood est sans contredit l'un des secrets les mieux gardés de Sherbrooke. Mis à part les membres de la communauté anglophone, bien peu de Sherbrookois connaissent en effet l'existence de ce lieu bucolique où repose pourtant une part importante de l'histoire de cette ville.

Niché à flanc de colline, dans un coin... (Spectre Média, Frédéric Côté) - image 1.0

Agrandir

Spectre Média, Frédéric Côté

Le simple fait d'y accéder par la rue Hyatt (du nom du fondateur de Sherbrooke) suffit à donner l'impression au visiteur que le temps y a suspendu son vol en 1890, année où le cimetière fut inauguré. Car pour peu que l'on s'intéresse à l'histoire de Sherbrooke et à ses bâtisseurs, le cimetière Elmwood s'impose d'emblée comme un passage obligé tellement ses pierres tombales en sont évocatrices.

Douglas Guthrie, président de la Corporation du cimetière Elmwood, est particulièrement fier de l'état de conservation des lieux. Fier surtout de voir que ses prédécesseurs ont toujours su en préserver le caractère unique et intime depuis 126 ans.

« Il n'y a pas beaucoup de cimetières comme celui-là au Québec », souligne avec emphase l'enseignant à la retraite, âgé de 80 ans, en pointant les collines sur lesquelles se trouvent disposées les quelque 7200 pierres tombales qui jalonnent les sentiers du cimetière anglophone. « À mon avis, il n'y a pas beaucoup de cimetières de cette taille qui peuvent se vanter d'avoir enterré sept députés et sénateurs », ajoute-t-il en faisant référence à Samuel Brooks et Charles B. Howard.

Plusieurs autres noms ayant jalonné l'histoire de Sherbrooke y sont inhumés. Qu'on pense à l'industriel Andrew Paton (1892), le juge William Ives (1899), le président de l'Eastern Townships Bank, William Farwell, l'homme d'affaires James Simpson Mitchell (1920) ainsi que son épouse Isabella McKekhnie (1941). L'inventeur de la première voiture à essence au Canada, George Foote Foss, y fut enterré en 1968. Tout comme Andrew S. Johnson, l'un des pionniers de l'industrie de l'amiante au Canada, dont l'immense pierre tombale grise surplombe le cimetière.

Contrairement à ce que plusieurs croient, l'ancien député de Sherbrooke aux Commue et l'un des pères de la Confédération, Alexander T. Galt, ne fait pas partie des sept députés et sénateurs inhumés à Elmwood. Par contre, on y découvre que Lady Mary Louisa King, épouse de Sir Joseph Adolphe Chapleau (5e premier ministre du Québec), y est enterrée... loin toutefois de son mari dont la dépouille repose au cimetière Notre-Dame des Neiges à Montréal.

Le cimetière Elmwood compte aussi son lot de fosses communes, dont quelques-unes à l'effigie des loges franc-maçonniques qui furent très répandues dans la région au 19e siècle. Une autre fosse commune, à l'intention des soldats morts durant la Première Guerre mondiale, trône depuis 1939 à l'extrémité sud du cimetière, à l'initiative de l'Ordre impérial des filles de l'Empire.

Des musulmans?

Chaque année, en moyenne, une trentaine d'inhumations ont lieu aujourd'hui au cimetière Elmwood. Comme un peu partout ailleurs, les urnes funéraires constituent la majorité des sépultures, indique Brenda Smith, secrétaire de la Corporation.

Autre phénomène auquel le cimetière Elmwood doit faire face depuis quelques années, indique le président Douglas Guthrie, est celui des coutumes liées aux différentes communautés culturelles.

« Nous avons dû refuser des demandes de musulmans qui voulaient être enterrés ici, explique-t-il, car ils nous demandaient de faire en sorte que leurs tombes ne puissent voir de croix. Avec le nombre de croix que nous avons, c'était impossible de pouvoir répondre à leur demande. »

Comme président de la Corporation du cimetière Elmwood,... (Spectre média, Frédérick Côté) - image 2.0

Agrandir

Comme président de la Corporation du cimetière Elmwood, Douglas Guthrie est particulièrement fier de l'état de conservation des lieux inaugurés en 1890.

Spectre média, Frédérick Côté

Le grand déterrement du cimetière Union

L'histoire du cimetière Elmwood ne serait pas complète sans parler de l'épisode du cimetière Union.

Entre 1908 et 1919, les corps et les restes de 895 personnes ont été déterrés du cimetière Union, situé rue Belvédère Sud (près de Galt Ouest), pour être transférés au cimetière Elmwood.

« L'affaire avait fait beaucoup de bruit à l'époque, souligne Douglas Guthrie, président du cimetière Elmwood, en se référant aux archives qu'il a pu consulter à ce sujet. Le fait de déterrer un seul corps est déjà toute une aventure, imaginez le fait d'en déterrer plus de 800 », dit-il

Le cimetière Union avait été fondé par la communauté protestante en 1849. Or, au fil des ans, le site s'est rapidement détérioré, au point où l'église Plymouth Trinity a dû envisager sa fermeture.

« C'était devenu un endroit peu recommandable, raconte M. Guthrie. Le site avait la réputation d'être un lieu de fornication, de beuveries et de tout ce que vous pouvez imaginer. »

Profitant du fait que la Ville de Sherbrooke cherchait également de nouveaux terrains industriels, des pourparlers ont été entrepris entre l'église Plymouth Trinity et les administrateurs du cimetière Elmwood afin que ces derniers acceptent d'accueillir les corps et les restes du cimetière Union.

Des 895 corps déplacés, 550 furent réclamés par les membres de leurs familles, à savoir : 371 adultes et 179 enfants. Des 345 corps non réclamés, on comptait 188 adultes et 157 enfants. Ceux-ci reposent dans un coin identifié à cet effet à l'entrée du cimetière.

En tout, 116 pierres tombales et monuments furent déménagés. Disséminés à travers le cimetière, ceux-ci peuvent être identifiés par les dates de décès, antérieures à 1890, année où fut fondé le cimetière Elmwood.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer