Le licou n'empêchera pas les morsures

Les propriétaires de chiens ont déjà commencé à... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Les propriétaires de chiens ont déjà commencé à se procurer des licous. Sur la photo, Laurianne Éthier, gérante de la Grande Ménagerie, explique avoir déjà écoulé certaines grandeurs.

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(Sherbrooke) Le port du licou, que souhaite imposer la Ville de Sherbrooke à tous les chiens de 20 kg ou plus, n'empêchera pas les bêtes de mordre, selon plusieurs intervenants du monde canin. Certains soulèvent même des inquiétudes devant cette mesure qui devrait être adoptée au conseil municipal du 4 juillet.

« Le licou n'empêche pas de mordre, mais il permet un meilleur contrôle sur le chien. À partir du moment où une personne contrôle mieux son animal, on peut diminuer les risques de morsure », laisse entendre Cathy Bergeron, responsable des communications et porte-parole de la Société protectrice des animaux de l'Estrie.

Nancy Tucker, éducatrice canine et membre fondatrice du Regroupement québécois des intervenants en éducation canine, abonde dans le même sens. « Le licou n'empêchera aucunement les morsures. Ce n'est pas fait pour ça, mais ça causera peut-être un faux sentiment de sécurité. Ça peut aider si le chien est très puissant, parce que ça donne plus de contrôle. »

Laurianne Éthier, gérante de la Grande Ménagerie et comportementaliste, partage elle aussi le même point de vue. « Le premier but du licou est de nous assister pour la marche en laisse pour contrôler l'animal efficacement, mais ce n'est pas conçu pour tous les types de chien. Si le licou est bien ajusté, normalement, il ne ferme pas la gueule du chien puisque celui-ci doit pouvoir haleter. Les modèles que nous avons ne permettent plus de fermer la gueule du chien en tirant sur la laisse.

« C'est un équipement spécialisé. C'est la raison pour laquelle nous recommandons de venir en boutique pour trouver la bonne grandeur et le bon ajustement. Certains chiens se sentiront très contraints. C'est une pression au niveau du nez qui prendra une adaptation. Il est préférable d'y aller progressivement. »

Nancy Tucker ajoute pour sa part que le poids du chien ne devrait pas être un facteur pour déterminer l'agressivité de l'animal. « Une chose est certaine, il y a toujours une possibilité de blessure pour le chien si on le corrige à l'aide du licou. Je prévois des problèmes avec les laisses rétractables aussi. Si le chien arrive au bout de sa laisse à grande vitesse, il va se blesser. Quant aux problèmes d'ajustement, ils peuvent faire en sorte que le licou frotte dans les yeux de l'animal. Certains chiens ont le nez trop plat pour le porter. Un chien stressé ne sera pas confortable et pourrait avoir des comportements agressifs. »

Mme Tucker ajoute que la réglementation était déjà suffisante à Sherbrooke. « Je m'étonne que les élus aient pris cette décision. » Elle suggère par exemple de faire passer un examen aux chiens pour démontrer qu'ils sont équilibrés.

À la Grande Ménagerie, les clients affluaient déjà mardi pour acheter des licous. « Nous avons reçu une dizaine de personnes. Nous n'étions pas nécessairement prêts alors il nous manque certaines grandeurs et certaines couleurs », précise Laurianne Éthier.

À la SPA, il reste encore du travail à faire pour déterminer comment la nouvelle réglementation sera appliquée. « Nous disposons de cinq inspecteurs sur l'ensemble de notre territoire, qui ne comprend pas que Sherbrooke. Nous ferons de l'éducation et de la sensibilisation, notamment sur le port de la laisse et le ramassage des excréments. Nos patrouilleurs ont le même pouvoir que les policiers pour délivrer des contraventions », mentionne Cathy Bergeron.

« La Ville dispose d'un excellent règlement sur les chiens dangereux. Il est sévère. C'est un excellent modèle qui pourrait inspirer d'autres villes », ajoute-t-elle.

Rappelons que les contrevenants au règlement s'exposent à une contravention de 100 $ plus les frais. Pour une récidive, l'amende peut atteindre 2000 $.

Pas de consensus chez les propriétaires de chiens

Si le débat sur l'interdiction des chiens dangereux, plus spécifiquement des pitbulls, soulève les passions à travers la province, le nouveau règlement de la Ville de Sherbrooke qui obligera, en dehors des terrains privés, le port du licou pour tous les chiens de 20 kg et plus ne fait pas non plus consensus auprès de la population.

Sarah Tremblay utilise déjà le licou, ce dispositif entourant le museau du chien qui est moins restrictif qu'une muselière, pour promener Dolly, son boxer croisé avec un braque allemand.

« Ça fait que c'est plus facile de contrôler son chien quand on le promène, explique-t-elle. Dès qu'on tire la laisse, ça lui baisse la tête, donc elle n'a pas le choix d'arrêter. »

Mais le licou est-il efficace pour empêcher les morsures? « Selon l'ajustement, c'est sûr qu'on peut faire en sorte que la gueule ouvre moins grand, donc que l'animal ne puisse pas mordre, affirme-t-elle. Selon moi, c'est évidemment que c'est mieux que d'obliger la muselière ou d'interdire complètement les pitbulls. Ça, c'est carrément du racisme envers une catégorie de chiens. »

Son conjoint, Raphaël Guénette, partage le même avis. « Je pense que les gens sont tout simplement mal informés au sujet des pitbulls. Ici, au parc à chiens, il y en a souvent deux ou trois sur une quinzaine de chiens, et ce ne sont pas les monstres qu'on décrit. Et leurs propriétaires, ce ne sont pas juste des voyous : ce sont des mères de famille, des couples. »

De son côté, Marie-Ève Blais, propriétaire d'un berger australien nommé Bella, se pliera évidemment à la nouvelle règlementation, mais se dit ambivalente à son sujet.

« Ma chienne n'est pas du tout agressive, alors je trouve ça triste de devoir lui mettre un licou. C'est dommage qu'on doive payer pour de mauvais maîtres qui ne sont pas responsables. »

« J'ai entendu dire qu'en France, il faut un permis pour avoir un chien de la catégorie des pitbulls et qu'aux deux ans, les propriétaires doivent voir un comportementaliste canin avec leur chien... Je pense que ça pourrait être une solution. »

Ronald Samson, quant à lui, a été profondément marqué, comme la plupart des Québécois, par la terrible mort de Christiane Vadnais, cette femme de Pointe-aux-Trembles attaquée par le pitbull de son voisin.

« Je ne pense pas que le licou soit une mauvaise solution, mais je pense que les pitbulls devraient être interdits aussi, dit-il. C'est l'humain, en fin de compte, qui devrait avoir la priorité sur toutes nos lois. La dame qui s'est fait tuer par un pitbull, c'est inacceptable. »

Bertrand Ménard, qui accompagne M. Samson dans sa promenade au du lac des Nations, espère que le nouveau règlement sera mieux appliqué que celui qui oblige les maîtres à tenir leurs chiens en laisse.

« Déjà, les chiens devraient être attachés, et il y en a plein qui ne le sont pas, déplore-t-il. Si l'on veut continuer à promener nos chiens en sécurité, il faudrait que les règlements soient vraiment appliqués. » Avec Catherine Montambeault

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