Val-du-Lac n'a jamais eu autant de diplômées

Quatre adolescentes hébergées au Centre jeunesse Val-du-Lac se... (Spectre Média, Jessica Garneau)

Agrandir

Quatre adolescentes hébergées au Centre jeunesse Val-du-Lac se rendront prochainement à leur bal de finissants. Quatre élèves qui décrochent leur diplôme de secondaire 5 et qui inspirent par leur persévérance.

Spectre Média, Jessica Garneau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) C'est une fin d'année scolaire toute spéciale pour le Centre jeunesse Val-du-Lac. Dans quelques jours, quatre jeunes filles qui y sont hébergées obtiendront leur diplôme de 5e secondaire. Pour le centre de réadaptation où sont accueillis 95 jeunes âgés de 6 à 18 ans, il s'agit d'un nombre record de finissants.

La Tribune a rencontré deux des quatre diplômées du centre Val-du-Lac pour savoir ce qui les a poussées à poursuivre leur parcours scolaire, malgré un contexte familial difficile.

Sabrina, 16 ans, a connu un début de secondaire difficile.

« En secondaire 1 et 2, j'ai rushé ma vie. Je n'allais plus à l'école et j'étais sur le bord de décrocher, mais ma prof de science m'a conseillé de m'inscrire en pré-DEP l'année suivante pour que je puisse faire mon secondaire 3 et en même temps faire un stage que j'aime », raconte l'élève inscrite au programme d'études menant à un diplôme d'études professionnelles (DEP) en mécanique.

Ses stages l'ont motivée à se rendre à l'école jour après jour. « Je me pognais souvent avec ma mère le matin. J'allais prendre l'autobus et j'en braillais, j'en shakais. J'arrivais à la porte du garage où je faisais mon stage, je prenais une grande respiration, j'ouvrais la porte et je me sentais chez moi », se souvient-elle.

« Et pour faire mon DEP et mes stages, je n'avais pas le choix de passer mes cours de math, français et anglais. Alors c'est comme ça que je me suis rendue à mon équivalence de 5e secondaire », ajoute Sabrina qui souligne du même souffle que son professeur de français des deux dernières années a aussi joué un rôle majeur dans son cheminement.

« En fait, c'est grâce à ma mécanique et mon prof de français si je suis encore en vie. » Une phrase suivie d'un long silence.

Tentative de suicide

« Parce qu'en juillet l'an passé, j'ai fait une tentative de suicide. Pis quand j'ai fait ma tentative, je me suis dit : non. Je peux pas planter ma mécanique automobile. Et je ne peux pas planter là mon prof de français parce qu'il m'a encouragée tout le long de l'année passée. À cause de la mécanique et mon prof, je ne peux pas lâcher ma vie de même », précise l'adolescente. Toute menue, elle parle calmement, les jambes repliées sur la poitrine. Un piercing à la lèvre.

Sabrina n'a pas connu son père. Sa mère a décroché son équivalence de 5e secondaire il y a quelques mois. « Ça fait 5 ans que je dis à ma mère d'aller finir son secondaire 5 parce que je suis écoeurée de voir ma mère brailler chaque fois qu'elle ouvre ses factures et voit qu'elle est endettée. »

La fille est fière de sa mère et elle sent que c'est réciproque.

Lorsque ses études seront terminées, Sabrina ne chômera pas. « J'ai plein de projets. Je veux faire de la mécanique automobile. J'aimerais monter mes chars de course. Et je veux être truckeuse pour me ramasser gros de l'argent pour ma maison, ma famille. Dans le fond, j'aimerais donner à mes enfants tout ce que j'ai pas eu. »

Sabrina a trouvé une belle robe pour son bal de finissante, mais elle a peur de ne pas être confortable. « Je suis plus du genre cap d'acier, chemise carreautée », souligne de sa voix douce l'adolescente.

Des idéaux sous une peau d'indifférence

Kimberly, 16 ans, est moins certaine de ses projets d'avenir. L'an prochain, elle ira au Cégep de Sherbrooke en sciences humaines, mais après, ça dépend. « Je veux pas vraiment de métier, je veux juste faire le tour du monde. Je ne veux pas avoir une job. Travailler, me lever pour aller travailler, me coucher pour aller travailler. Je ne veux pas avoir une vie plate de même », explique l'adolescente qui rêve de se transformer en globetrotteuse à 18 ans.

En attendant, elle n'haït pas l'école et a de bonnes notes, selon son évaluation. Est-elle la première de sa famille à obtenir son DES? « Je sais pas. J'ai pas de père. Ma mère ne l'a pas, il lui manquait un cours. Et mon beau-père, je pense que oui. »

Fière? « Ben ouais », lance-t-elle nonchalamment avant de revenir sur ses plans d'avenir.

« Si tu veux un choix plus raisonnable, je pense aussi aller en politique », mentionne Kimberly, regard fuyant et réponses bousculées.

Pourtant, sous une bonne dose d'indifférence, de désillusion et de rébellion se cache une idéaliste qui rêve de changer le monde, de le rendre plus paisible. John Lennon et Nelson Mandela sont les idoles de Kimberly. Parce qu'ils ont aussi voulu changer ce monde.

« Si je pouvais, je changerais le fait qu'on exploite des pays sous-développés qui n'ont rien. On leur enlève leurs richesses à eux qui n'ont rien », souligne-t-elle.

Et te sens-tu parfois comme ces pays sous-développés? « Ben, ces peuples-là sourient quand même. Ils ne s'appuient pas sur leur malheur. Alors, je ne sais pas, dans ce sens-là, oui, peut-être. Parce que je peux sourire malgré tout », conclut-elle.

Quoi qu'il en soit, à quelques jours de la fin des classes, les finissantes de Val-du-Lac ont de quoi sourire. La fin du secondaire est le début du reste de leur vie. Et le fait qu'elles aient en poche leur diplôme est signe qu'elles sont capables de belles réussites.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer