Un patient succombe en attendant de l'aide

Les syndiqués de la Fédération de la santé... (La Tribune, Yanick Poisson)

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Les syndiqués de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) jettent le blâme de la mort de Charles-Yvon Gagné sur le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Au micro, Nadine Lambert, vice-présidente de la FSSS.

La Tribune, Yanick Poisson

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Yanick Poisson
La Tribune

(Victoriaville) Charles-Yvon Gagné, 78 ans, aurait tenté d'attirer l'attention du personnel soignant de l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska pendant 45 minutes avant de finalement perdre la vie, isolé dans sa chambre du septième étage.

Ça s'est passé le 12 mai, à Victoriaville. M. Gagné a été hospitalisé pour une hypertension pulmonaire. On devait lui administrer de l'oxygène et lui apporter les soins nécessaires à sa condition. Estimant que tout était sous contrôle, les quatre enfants du septuagénaire ont quitté l'établissement de santé afin d'aller prendre un repas bien mérité. À leur retour, on leur a annoncé la nouvelle qu'on ne veut jamais entendre.

«Une infirmière est venue nous voir pour nous dire que notre père était décédé. Elle nous a dit qu'il était un peu bleu. Il n'était pas bleu, il était mauve, colère Marie-Josée Gagné, l'une des filles de la victime. On amène les gens à l'hôpital, car on croit qu'ils sont à la bonne place et c'est ce qui se passe».

Après avoir pris du temps avec leur parent, les enfants sont rentrés chacun chez eux et tant le personnel soignant que la direction se sont bien gardés de les informer qu'il y avait eu une anomalie. Il a fallu que des travailleurs informent les médias pour qu'ils soient finalement renseignés.

Selon l'information obtenue par Mme Gagné, le défunt avait la cloche d'appel dans la main lorsqu'il a été trouvé sans vie. Il avait passé une jambe par-dessus le barreau de son lit dans un ultime effort d'aller chercher de l'aide. On croit qu'il serait mort dans d'atroces souffrances.

«Nous avons de la peine, nous sommes déçus et nous sommes en colère. Comment est-ce qu'une telle chose peut être possible?», s'interroge la Plessisvilloise.

Informé de la situation, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) Mauricie-Centre-du-Québec a annoncé le déclenchement d'une enquête interne. Ni la direction du CIUSSS ni le ministère de la Santé n'ont voulu commenter l'affaire.

La faute aux compressions

Sans entrer dans les détails du décès de Charles-Yvon Gagné, la vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux, Nadine Lambert, estime que les patients encourent des risques importants depuis les coupes budgétaires et les décisions administratives douteuses prises dans le cadre de la réforme Barrette.

« Les coupes budgétaires de 49 millions $ imposées au CIUSSS par le ministre Barrette mettent les patients en danger et forcent les travailleurs à oeuvrer dans des circonstances très difficiles. Depuis environ un an, l'employeur impose la politique -1, c'est-à-dire que les équipes doivent s'occuper du même nombre de patients, mais avec une personne en moins »,  explique-t-elle.

Le tout devient problématique, voire dangereux, lorsque les travailleurs prennent leur pause ou doivent répondre aux situations d'urgence. Il ne reste tout simplement plus assez de personnel pour répondre adéquatement, dans des délais raisonnables, aux demandes des patients.

« Le soir, il n'y a qu'un seul préposé aux bénéficiaires pour 33 lits et cette personne doit prendre un repas et avoir des pauses. Ce n'est pas d'hier que nous faisons part de cette situation à l'employeur avec peu de succès », établit Annie Moreau, présidente du Syndicat de la santé et des services sociaux Arthabaska-Érable.

Mme Lambert estime que la direction du CIUSSS était tout à fait au courant des risques que comportent ses agissements et que le décès de M. Gagné aurait pu être empêché en ajoutant des travailleurs. Elle avance même qu'à certaines occasions, le nombre d'employés nécessaires pour offrir un service essentiel de base n'est pas respecté.

Elle souhaite que les directions d'établissements de santé auront le courage politique afin de porter le ballon jusqu'au ministère et de faire cesser les compressions.

« On souhaite qu'il y ait du changement et que le personnel soit en mesure de faire son travail, de répondre à la mission des hôpitaux. À l'heure actuelle, si un patient se retrouve en difficulté respiratoire, il est possible que le temps de réponse soit trop long. S'il n'y a pas de réinvestissement majeur, on peut s'attendre à ce qu'il y ait d'autres cas tragiques ou déplorables », croit-elle.

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