Une maladie mal connue au Québec ?

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La maladie de Lyme gagne du terrain en Estrie. Le nombre de cas déclarés à la Santé publique a doublé en un an, passant de 28 en 2014 à 54 en 2015.

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(SHERBROOKE) Huit ans après avoir enfin pu mettre le nom de la maladie de Lyme sur le mal qui affectait sa conjointe depuis 2004, Denis Brouillard ne décolère pas.

Pour lui, le système de santé québécois a failli à sa tâche. Il a fallu qu'il se tourne vers les États-Unis pour qu'on prenne au sérieux les symptômes de Louise Saint-Germain, au surplus après avoir entendu parler de la maladie de Lyme pour la première fois par un autre Estrien, qui en avait lui-même entendu parler dans un congrès américain.

Mme Saint-Germain a pris des antibiotiques pendant cinq ans, de 2008 à 2013, prescrits par un médecin américain, parce que c'était la seule chose qui la soulageait, rapporte M. Brouillard.

« Quand elle a été bien physiquement, j'en ai conclu qu'on était venu à bout de la maladie de Lyme. »

Mais comme Mme Saint-Germain a aussi reçu un diagnostic de sclérose en plaques au début de ce cycle de douleur, elle ne s'est jamais complètement rétablie, relate M. Brouillard, qui a remué ciel et terre pour la soigner, se rendant même en Pologne, et qui soupçonne encore aujourd'hui que la sclérose en plaques est peut-être liée à la maladie de Lyme, même s'il n'a jamais pu le prouver.

« Après avoir traité la maladie de Lyme, il aurait fallu traiter son système immunitaire, mais elle était trop détériorée pour continuer », se raisonne-t-il.

« Ma femme est finie, ajoute l'homme. Il faut la soigner, la faire manger à la petite cuillère, lui apporter tous les soins pour le temps que le Bon Dieu voudra bien la garder sur la Terre, mais c'est fini. Au moins elle ne souffre plus. »

La Tribune a déjà raconté son histoire. Dès 2008 le couple de Martinville avait entrepris une croisade pour faire reconnaître la maladie de Lyme par la médecine québécoise.

Sans succès, se résigne M. Brouillard. « J'ai fait ce que j'ai pu, mais j'ai atteint ma limite. C'est moi qui étais en train de piquer du nez. Il aurait fallu que je vende ma ferme pour que ma femme ait accès à des protocoles de recherche ailleurs dans le monde. Je n'en pouvais plus. »

Au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, le microbiologiste-infectiologue Alex Carignan comprend le désarroi des familles qui se tournent vers les États-Unis pour obtenir enfin un diagnostic sur le mal qui ronge leurs proches. Mais dans une lettre qu'il cosigne avec trois confrères du CHUS, de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et du CHU de Québec, il met en garde contre la montée d'un « mouvement antiscience » américain.

« On ne veut pas nier l'existence de la maladie, explique Dr Carignan en entrevue avec La Tribune. Elle existe et elle est en progression. En même temps, on reçoit des cas qui ont été pseudo-diagnostiqués aux États-Unis avec des tests qui ne sont pas validés ici et on déplore que ce diagnostic donne une fausse assurance qui fait qu'ils risquent de cesser de chercher la cause réelle de leur état. La grande majorité des cas qu'on voit pour cette raison-là n'ont pas la maladie de Lyme. »

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