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L'Association culturelle islamique resserre ses contrôles administratifs

Le Dr Hafid Agourram, président du conseil d'administration... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Le Dr Hafid Agourram, président du conseil d'administration de l'Association culturelle islamique de l'Estrie, et le secrétaire, Mohamed Golli, témoignent avoir resserré les contrôles administratifs entourant la gestion de la mosquée A'Rahmane, située sur la rue Massé.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Les nouveaux membres du conseil d'administration de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE) avaient promis, lors d'une rencontre avec La Tribune en février, de faire leurs vérifications en ce qui a trait aux allégations de terrorisme entourant une entité affiliée à la Canadian Islamic Trust Foundation (CITF), fiducie qui détient la mosquée A'Rahmane de Sherbrooke. Et ils ont fait leurs devoirs.

En mars, ils ont invité à Sherbrooke les dirigeants de l'Islamic Society of North America (ISNA) du Canada et de la CITF. Lors de leur première visite à Sherbrooke, ces derniers ont répondu aux questions des membres de l'ACIE après avoir eu de longues discussions avec les membres du conseil d'administration de l'association estrienne. La Tribune n'a pas été invitée aux rencontres, tel qu'il en avait été question lors de la rencontre de février, mais le nouveau président du conseil, Dr Hafid Agourram, et le secrétaire, Mohamed Golli, sont venus dans les locaux de La Tribune faire le résumé de leur démarche.

« Vous nous avez fait travailler fort, mais au bout du compte, ce sera une bonne chose pour tout le monde », résument les deux membres du conseil d'administration de l'ACIE qui se sont même rendus à Toronto pour poursuivre leur travail et discussion après la rencontre à Sherbrooke.

Et quelles sont les conclusions? En ce qui a trait aux allégations de l'Agence du Revenu Canada (ARC) voulant que l'ISNA Development Foundation, qui a des liens de parenté avec la CITF, ait pu financer un organisme terroriste pakistanais, la réponse est la suivante.

« Il s'agit de mauvaise gestion interne de la part des dirigeants de l'ISNA Development Foundation. Il n'y avait pas suffisamment de suivi et de compte-rendu exigés », résument MM. Agourram et Golli.

Les dirigeants de l'ISNA et de la CITF, renchérissent dans une lettre adressée à La Tribune. « L'ARC accuse l'ISNA Development Foundation de ne pas avoir laissé de traces en ce qui a trait à l'utilisation de ses fonds envoyés outre-mer. Cette action peut mener à certains abus et pourrait avoir comme conséquence que des fonds soient utilisés à des fins autres que celles d'un organisme de bienfaisance. C'est un cas de culpabilité par association. Il n'y a eu aucune preuve que ces fonds ont été utilisés pour des activités terroristes. On a jugé que les dirigeants de l'ISNA Development Foundation n'avaient pas exercé leurs fonctions avec la diligence nécessaire », notent Dr Syed Imtiaz Ahmad, de l'ISNA, et Dr Mohamed Bekkari, de la CITF.

Rappelons que l'ARC a retiré à la filiale de collecte de fonds de l'ISNA, soit l'ISNA Development Foundation, son statut d'oeuvre de bienfaisance, en septembre 2013, alléguant que l'organisme aurait pris part à un stratagème de financement d'une organisation armée basée au Pakistan. En résumé, le fisc reproche à l'ISNA Development Foundation d'avoir acheminé 282 000 $ au Jamaat-e-Islami. Le bras armé de cette organisation pakistanaise, Hizbul Mujahideen, est reconnu comme organisation terroriste par l'Union européenne. Il vise l'instauration d'un État islamique dans le Cachemire indien.

Comme de fait, l'ARC n'a pas le mandat de prouver hors de tous doutes ses allégations. Être un organisme de bienfaisance reconnu est un privilège et si l'organisme ne répond pas à toutes les exigences, notamment en termes de déclaration et documentation, elle peut se voir révoquer son statut.

Réorganisation

À cet égard, l'ACIE a amorcé une réorganisation de sa gestion interne. Approbation multiple des sorties de fonds, traçabilité des donations, documentation des encaissements et décaissements, installation de caméra sont des mesures qui sont mises en place. Pour prévenir les coups. « On veut que l'ACIE devienne un modèle en la matière », conclut M. Agourram.

« Certaines règles gouvernementales ont changé récemment et on s'assure que notre façon de faire est d'actualité. Par exemple, en révisant les clauses de notre convention pour être certains qu'elles ne sont pas discriminatoires. Il y a des gens qui arrivent avec leurs bagages d'ailleurs et c'est là la difficulté. Il faut qu'ils connaissent la loi, les paradigmes, l'idéologie de ce pays pour faire comme on fait ici », précise M. Golli.

Dans leur lettre, les dirigeants de l'ISNA et de la CITF insistent pour souligner que la « CITF n'a rien à voir, ni aujourd'hui ni par le passé, avec l'ISNA Development Foudation ».

On comprend que l'ACIE n'a été accusée de rien et qu'elle n'est pas responsable des actions d'un organisme « frère ».

Reste que, si la CITF et ISNA Development Foudation n'ont pas de lien direct, les organisations sont dans la même famille, celle de l'ISNA. D'ailleurs, le site internet de l'ISNA indique encore à ce jour qu'en adhérant à l'ISNA, les membres bénéficieront d'une assistance de l'ISNA Development Foudation dans l'établissement d'un plan de donation. Aussi, toujours sur le site de l'ISNA, la CITF est l'une des organisations énumérées comme faisant partie de l'ISNA.

Lien entre l'ACIE et la CITF

En 2000, l'ACIE a donné la mosquée en fiducie à la CITF.

Le propriétaire en titre est donc la CITF, même si cette dernière affirme, par la voix de ses dirigeants, n'exercer aucune influence sur la gestion et les activités de la mosquée A'Rahmane.

« L'objectif visé en mettant la mosquée entre les mains d'une fiducie est d'assurer que sa mission première, celle d'offrir un lieu de prière sunnite, soit respectée à perpétuité. Si l'ACIE décidait de vendre la mosquée de la rue Massé, par exemple, la fiducie s'assurera que les revenus générés par la vente soient utilisés pour construire ou acquérir un nouveau lieu de culte sunnite. Pour vendre la mosquée, 75 pour cent des membres doivent avoir approuvé la transaction », expliquent MM. Golli et Agourram.

La CITF compte 18 membres partout au Canada dont l'ACIE. Tous les membres sont des organismes sans but lucratif qui ont cédé leurs mosquées ou autres biens à la CITF.

Une première assemblée générale regroupera tous les membres prochainement et des élections auront lieu. L'ACIE a espoir d'être élue sur le conseil d'administration de la CITF et de devenir un modèle d'organisation aux contrôles internes exemplaires.

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