Débordement constant à l'unité de pédopsychiatrie

Les jeunes hospitalisés à l'unité pour adolescents souffrent... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Les jeunes hospitalisés à l'unité pour adolescents souffrent de différents maux, dont des symptômes de dépression et des troubles alimentaires.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) L'unité de pédopsychiatrie pour adolescents du CIUSSS de l'Estrie-CHUS déborde. Les six places en hospitalisation ne suffisent pas à la demande. L'unité accueille principalement des adolescents d'environ 12 à 17 ans aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Il n'est pas rare de compter entre 10 et 12 patients qui pourraient être hospitalisés dans l'unité, mais celle-ci ne compte que six lits. « On est constamment en débordement. C'est une observation qu'on fait au quotidien », constate Dr Vincent Beaudry, pédopsychiatre au CIUSSS de l'Estrie-CHUS et coresponsable de l'unité d'hospitalisation pour les adolescents aux côtés de la Dre Carmen Beauregard.

Depuis le début février 2016, l'établissement a reçu 18 demandes de transferts d'autres centres hospitaliers. Du nombre, 12 ont été refusées. Neuf de ces demandes provenaient du secteur du CHUS.

L'étendue du territoire et la population desservie peuvent contribuer au débordement observé à l'unité des adolescents, note Dr Beaudry. L'unité peut accueillir tant des jeunes de la région de Drummondville que de Lac-Mégantic, par exemple.

Même si d'autres centres hospitaliers peuvent compter sur un service de pédopsychiatrie, les demandes d'hospitalisation sont adressées au CHUS.

Où les jeunes patients sont-ils relogés? « Il y a des salles d'isolement qui peuvent être converties en chambre », répond Dr Beaudry.

Comme l'étage de pédiatrie est à proximité, il arrive que les adolescents dorment en pédiatrie quand l'unité déborde. « En règle générale, ce sont des patients pour lesquels il n'y a pas de risque suicidaire. »

« On transfère les patients plus stables en pédiatrie, encore là s'il y a de la place », a commenté récemment Emmanuel Breton, le répondant politique de l'APTS responsable de l'Estrie. L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dénonçait alors les temps d'attente rencontrés par la population pour recevoir des soins psychologiques dans le réseau public de santé et de services sociaux pour la population. En plus de l'unité, le CHUS compte également une clinique externe.

Depuis le 1er janvier, au moins 89 admissions à l'unité d'hospitalisation ont été enregistrées. Ces chiffres excluent les admissions en hôpital de jour.

En outre, lorsque l'unité déborde et qu'une partie des patients est déplacée dans des lits de pédiatrie, ces patients ne sont alors plus comptabilisés en pédopsychiatrie.

Le manque de place n'est pas nouveau. La Tribune en a fait état... en 2010. Or, à ce moment, l'équipe comptait sur la venue du Centre femme jeunesse famille pour améliorer la situation. On s'attendait alors à ce que le nombre de places en hospitalisation passe de 6 à 10 places, voire 12 places.

Qu'en est-il maintenant? Dr Beaudry ne s'attend pas à des changements concrets à court terme. « On vit d'espoir. »

La construction du Centre femme jeunesse famille, maintenant appelé pavillon Enfant-Soleil, est attendue autour de 2018.

Dr Beaudry ne peut avancer, pour le moment, s'il est toujours prévu que le centre permette d'augmenter le nombre de places en hospitalisation, mais c'est ce qui est souhaité. « Ce sont des projets encore en pourparlers au niveau administratif. »

Rappelons que ce projet avait été annoncé plusieurs fois au cours des dernières années. Le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette en a fait l'annonce en 2015, en assurant que cette fois-ci, c'était la bonne.

La pauvreté, les drogues et les médias sociaux montrés du doigt

Le nombre d'hospitalisations et les consultations en pédopsychiatrie ont augmenté de façon importante au CIUSSS-de l'Estrie CHUS et plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette situation.

Parmi les facteurs avancés, le Dr Vincent Beaudry, pédopsychiatre au CIUSSS de l'Estrie-CHUS et coresponsable de l'unité pour adolescents, note le milieu défavorisé d'où proviennent les jeunes. « Sherbrooke est l'une des villes les plus pauvres au Canada », souligne-t-il. Il énumère également la consommation de drogues et la surutilisation des médias sociaux et des écrans, ce qui peut prédisposer les jeunes à des symptômes dépressifs ou suicidaires.

Des recherches tracent des liens entre la surutilisation des médias sociaux et des écrans; ceux-ci pousseraient notamment les jeunes à s'isoler davantage.

Considérée comme un facteur de risques, la perte de la cellule familiale est aussi montrée du doigt. « Les jeunes ont souvent des contextes familiaux difficiles. »

Quels sont les motifs qui justifient l'hospitalisation des adolescents?

On peut penser à des gestes ou des risques suicidaires. Certains jeunes ont des problèmes psychologiques en développement, d'autres connaissent les premiers épisodes de dépression ou de psychose, d'autres encore ont des troubles alimentaires. Il s'agit en général de courtes hospitalisations.

Compressions budgétaires

Outre le manque de places en hospitalisation, l'équipe doit aussi composer avec les compressions budgétaires, ce qui a des impacts sur le manque de ressources, notamment chez les professionnels (psychologues, travailleurs sociaux), commente Dr Beaudry.

Ce dernier salue d'ailleurs au passage le travail du personnel qui s'investit énormément. Par ailleurs, l'unité travaille en collaboration avec d'autres partenaires du CIUSSS, dont le Centre jeunesse de l'Estrie.

Sans pouvoir s'avancer clairement sur les impacts du manque de place en hospitalisation en pédopsychiatrie, Sarah Frost d'Arrimage Estrie constate que cette situation survient alors que les services pour les troubles alimentaires sont déjà très rares dans la région.

« En Estrie, il y a très peu ou pas du tout de services spécialisés en troubles alimentaires », souligne la responsable du volet de troubles de comportements alimentaires chez Arrimage Estrie.

Les services de l'organisme sont destinés aux 17 ans et plus, mais du soutien est offert aux proches qui vivent avec un des leurs qui a des troubles alimentaires, dont des parents d'enfants ayant des troubles alimentaires. Dans d'autres régions du Québec, on retrouve des cliniques spécialisées en troubles alimentaires. Ici, même si on retrouve des nutritionnistes et psychoéducateurs spécialisés sur cette question, les gens ne peuvent pas se tourner vers les cliniques privées, note Mme Frost.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer