Histoires de respect et de fidélité

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Parmi la dizaine d'employés du Guatemala embauchés à la ferme Donabelle, certains reviennent d'année en année en raison des conditions de travail offertes.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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Ève Bonin
La Tribune

(COMPTON) La Presse publiait en début de semaine un reportage dévoilant les conditions de vie et de travail déplorables de travailleurs étrangers embauchés sur une ferme de Drummondville. La région de Coaticook comptant sur cette main-d'oeuvre temporaire depuis de nombreuses années, La Tribune s'est rendue chez un producteur afin d'interroger les travailleurs sur leur expérience.

La barrière du langage aura beau être un obstacle à la communication, certains signes ne mentent pas. Les conversations et les sourires échangés entre les employés temporaires de la ferme Donabelle, à Compton, et leur patron, Donald Pouliot, laissent croire à une saine relation basée sur le respect. La fidélité de certains employés aussi.

Parmi la dizaine de travailleurs guatémaltèques embauchés sur la ferme depuis 8 ans, certains reviennent d'année en année. C'est le cas de Modesto, un employé de la première heure, qui n'hésite pas une seconde à énumérer les raisons qui l'amènent à revenir à la ferme de Compton chaque année.

« Je me suis adapté au travail dans la fraisière, on a de bonnes conditions et une bonne relation avec le patron. On est bien ici » confie-t-il, en soulignant au passage que le programme d'embauche lui permettrait pourtant de décider de changer de ferme au moment de choisir l'entreprise où il passera l'été.

Son collègue Jose, quant à lui, est de retour pour une 7e année chez Donabelle, après un intermède d'un an dans une production de sapins de Noël. S'il a choisi de revenir chez le producteur de fraises, c'est en raison de la nature du travail, mais aussi des conditions de vie. Il faut dire que les employés de Donabelle sont logés sur place, ce qui leur évite de longues heures de transport après la journée de travail.

« Certains font jusqu'à deux heures de route pour se rendre à leur travail. Ici, quand la journée est terminée on est à deux minutes de la maison. »

La décision d'héberger les travailleurs temporaires à proximité des lieux de production s'est avérée à la fois confortable et pratique pour le producteur. « Quand il pleut, on prend une pause, les employés retournent à la maison et on revient aux champs par la suite. Ce ne serait pas possible avec la main-d'oeuvre locale », explique Donald Pouliot, qui considère les travailleurs étrangers essentiels à la poursuite de ses activités.

Une relation de confiance

« Je passe au kiosque de vente l'été et j'entends souvent des clients qui demandent à la vendeuse si les employés sont bien traités. Les gens sont sensibles à ça », confie Donald Pouliot. « Je ne leur demanderais jamais de faire quelque chose que je ne ferais pas moi-même ».

Le producteur se dit convaincu que l'histoire relatée dans La Presse

il y a quelques jours est une exception à la règle, notamment en raison des règles très strictes en matière d'embauche de main-d'oeuvre étrangère.

« Les normes de Service Canada sont très sévères », explique le producteur qui reçoit la visite des inspecteurs chaque printemps. « Ils vérifient le nombre de pieds carrés de l'habitation en fonction du nombre de travailleurs, les extincteurs de feu, la qualité de l'eau. Si le logement n'est pas réglementaire, on n'a pas nos travailleurs. »

Les employés de Donabelle sont logés dans une maison en deux sections, comportant une vaste cuisine commune et un balcon couvert où sont disposés des casiers pour accueillir l'équipement de travail. On a de toute évidence aménagé les lieux en fonction des activités des travailleurs au fil du temps.

Donald Pouliot dit avoir développé de beaux liens avec ses employés, au point où il a dû trouver un point d'équilibre entre la relation amicale et son rôle d'employeur. « Quand on commence avec la main-d'oeuvre étrangère, on est tout le temps ensemble, on a tendance à les considérer comme des membres de la famille. »

Au moment de la visite de La Tribune, le producteur s'apprêtait à amener l'équipe faire ses courses à Sherbrooke comme chaque vendredi, en faisant un arrêt fort apprécié chez un épicier de la rue Galt qui tient en stock de la farine de maïs et d'autres produits prisés dans la cuisine guatémaltèque. Avant de quitter, nous leur avons demandé s'ils avaient l'intention de revenir chez Donabelle l'an prochain. Modesto s'est fait le porte-parole de l'équipe en provoquant un éclat de rire généralisé: « Si le patron nous veut encore! »

Impliquée au Comptoir familial de Compton depuis de... (La ribune, Eve Bonin) - image 2.0

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Impliquée au Comptoir familial de Compton depuis de nombreuses années, Luce Michaud se fait maintenant un plaisir d'accueillir les travailleurs étrangers dans leur langue maternelle.

La ribune, Eve Bonin

Bienvenido au Comptoir familial

L'arrivée de nouvelle main-d'oeuvre dans une région a parfois des effets inattendus sur l'économie locale et ses artisans. Parlez-en à l'équipe du Comptoir familial de Compton, dont la boutique est littéralement prise d'assaut par les travailleurs agricoles étrangers dès que la saison intensive débute.

Luce Michaud s'implique au Comptoir familial depuis une quinzaine d'années. Elle a d'abord reçu une première équipe de travailleurs guatémaltèques accompagnés de leur employeur, mais le secret le mieux gardé de Compton s'est vite propagé parmi ceux-ci, qui reviennent maintenant d'année en année et initient les nouveaux arrivés.

« Les employés de Donabelle sont très fidèles, mais on a aussi des clients d'autres fermes des environs. Ils viennent au Comptoir dès qu'ils sont installés et reviennent pendant la saison avec leur bicyclette. » Ils s'y approvisionnent en vêtements de travail, mais achètent aussi des items à ramener au pays pour leur famille.

La majorité des travailleurs étrangers de la région s'exprimant en espagnol, Luce Michaud souligne que les premières séances de magasinage ont été un défi pour elle au niveau de la communication. « C'était un peu compliqué au début! Je me débrouillais, je faisais des dessins. J'ai commencé par apprendre les chiffres en espagnol, pour leur donner les prix », confie celle qui s'est découvert un intérêt pour l'apprentissage de cette langue.

« J'ai suivi un cours de base et j'ai toujours mon dictionnaire avec moi. Quand ils viennent magasiner on s'amuse à s'apprendre des mots dans notre langue respective. Ils me reconnaissent d'année en année, on se salue sur la rue. »

Le Comptoir familial de Compton ayant été contraint de fermer momentanément le temps de déménager, en plein dans la période où les travailleurs étrangers s'installent dans la région, cette clientèle saisonnière attendait avec impatience sa réouverture. On peut maintenant visiter la boutique les mercredis et jeudis, au sous-sol de l'église de Notre-Dame-de-l'Unité, pour un brin de magasinage ou, pourquoi pas, une petite conversation en espagnol!

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