Champs sous haute surveillance

L'état des asperges inflige des nuits blanches aux... (Archives, La Tribune)

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L'état des asperges inflige des nuits blanches aux propriétaires des Vallons maraîchers à Compton, qui doivent irriguer leur champ afin de protéger leur récolte du gel.

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(SHERBROOKE) Malgré ce qu'on serait porté à croire, la neige n'est pas l'ennemi numéro un des petits fruits et des cultures maraîchères en devenir. Le véritable ennemi c'est le gel qui menace la survie des fleurs et des jeunes pousses.

« Au début du mois de mai on sait qu'il est normal d'avoir des nuits de gel, indique Richard Wera, copropriétaire de la Ferme Wera à Waterville, une entreprise agricole spécialisée dans la culture de fraises et de légumes. En amont des gels de mai, le doux temps survenu à la fin du mois de mars aurait selon lui incité certains producteurs à retirer la couche de paille protectrice de leurs fraisières.

« J'ai résisté à la tentation d'enlever la paille et je crois avoir bien été inspiré, confie M. Wera. C'est comme un genre d'intuition maternel, un apprentissage acquis au fil des ans par essais et erreurs. »

Afin de protéger du gel les fraises mises à découvert, plus particulièrement les boutons et les fleurs, en les couvrant d'une bâche flottante ou en irriguant les plants par aspersion de manière à élever la température au sol, ce qui peut alors engendrer d'autres problèmes dont les moisissures et la noyade. Entre deux maux, on choisit le moins pire.

Asperges en garde à vue

Du côté des Vallons maraîchers à Compton, les nuits blanches sont dédiées aux asperges. « Il est certain qu'avec la basse température, la croissance n'est pas très rapide, mais ce qui m'inquiète le plus ce sont les asperges qui sont pointées, partage le copropriétaire Jacques Blain. C'est ce qui me tient éveillé la nuit. »

Tout comme pour les fraises, en cas de gel on irrigue les asperges. « La semaine dernière il y a eu des risques de gel durant quatre nuits, dont deux parties de nuit où nous avons dû irriguer et encore dimanche soir à titre préventif. » Plusieurs autres risques de gel au sol sont d'ailleurs annoncés cette semaine, notamment dans la nuit de mardi à mercredi avec une température projetée de - 4 ° C.

Là où le bât blesse, c'est que l'eau provient d'un étang artificiel dont le volume est limité, et ce, même si on a pris soin de l'agrandir l'automne dernier afin de supporter l'augmentation de la superficie de l'aspergeraie qui est passée de trois à six acres. Il faut donc tenter de réduire au maximum les périodes d'irrigation tout en s'assurant de protéger les jeunes pousses. Selon M.Blain, la récolte des asperges accuserait un retard de cinq jours par rapport à 2015.

« C'est épuisant comme début de saison", confie Jacques Blain, qui doit aussi voir à la protection des jeunes plants fraîchement sortis des serres que l'on tente d'acclimater avant la plantation aux champs.

Le printemps tardif n'a toutefois pas empêché la semence de plusieurs légumes, dont les chou frisé et chou rave, radis, épinards, pois et betteraves. Toutefois, advenant que le temps froid persiste, les semences pourraient moisir puisque celles-ci sont non traitées, production biologique oblige. « Il faut demeurer optimiste, sinon on ne ferait pas ce métier-là », conclut M.Blain.

Ventes tardives en kiosque

Située en bordure de la route 147 à Compton, la Ferme Donabelle prévoit elle aussi un retard pour la vente en kiosque de ses fraises hâtives, lesquelles sont déjà en fleurs, de même que son maïs sucré dont les plants comptent deux feuilles.

« Si on m'avait demandé au mois de mars quand arriveraient les premières fraises j'aurais dit fin mai, mais au moment où on se parle je suis rendu au 10 de juin et pas avant le 15 de juillet pour le maïs sucré », déclare Donald Pouliot, copropriétaire. Bien entendu, sous toutes réserves que les gels anticipés puissent être maîtrisés.

« Pour les fraises, on démarre le système d'aspersion dès qu'on atteint 1 °C et nous avons aussi recours aux bâches flottantes. Ce qui m'inquiète le plus, c'est le maïs. Une partie des cultures est recouverte de bâches, mais s'il gèle moindrement fort, les feuilles de maïs qui touchent à la bâche vont geler. J'espère qu'Environnement Canada se trompe, car si on perd notre maïs hâtif, on perd dix jours de récolte », estime M.Pouliot.

Le cas échéant, les pertes sont couvertes par le programme d'assurance-récolte de la Financière agricole du Québec. Une maigre consolation pour Donald Pouliot. « Quand on est producteur agricole, qu'on est fier de ses produits et qu'on a une clientèle, il vaut mieux avoir le produit au kiosque qu'une compensation financière et aujourd'hui on pense davantage à sauver nos récoltes. »

Verger Ferland « un peu sur les nerfs »

« La neige de lundi matin était au-delà de la surprise, mais elle n'est pas très dommageable, confirme Alain Perras, directeur régional de la Financière agricole du Québec à Sherbrooke. Ce sont davantage les températures sous zéro qui seront à surveiller dans les prochains jours, car on annonce un gel assez sévère dans la nuit de mardi à mercredi. »

Environnement Canada prévoit un mercure de - 4 °. « Si cela survient, cela pourrait avoir des conséquences assez dramatiques, notamment pour les vergers qui sont en période préboutons, déclare M. Perras. S'il n'y a pas de fleurs, il n'y a pas de fruits. »

Une inquiétude partagée par Martin Ferland, propriétaire du Verger Ferland à Compton. « Selon le développement des bourgeons, le point critique des pommiers se situe de - 1 °C à - 2 °C. Par contre, les fleurs des pruniers et des poiriers étant à 50 % ouvertes, leur point critique est de -1 °C à - 0,5 °C. La nuit dernière la température est descendue à zéro. Il n'y aura peut-être pas de dommages, mais c'est juste. »

Par ailleurs, il ne tient pas pour acquis que les - 4 ° annoncés ce mardi soir auront des conséquences aussi désastreuses qu'anticipées. « Ça dépend de beaucoup de facteurs, dont le couvert nuageux, le taux d'humidité, le vent et le point de rosée. D'une certaine façon la neige nous a sauvés parce qu'en fondant ça crée de l'humidité qui réchauffe l'air. C'est difficile à croire, mais c'est vraiment ça. »

Bien qu'il tente de calmer ses appréhensions, M. Ferland avoue qu'il est tout de même « un peu sur les nerfs » en ce qui concerne les prochaines nuits puisqu'un gel fatidique n'est pas exclu. « En 2010 nous avons perdu 80 % de nos récoltes, relate le pomiculteur. Le gel avait frappé à quatre reprises durant la floraison avec des températures de ­- 3 ° C et - 4 °C. On peut lutter contre une gelée blanche, mais il n'y a rien à faire contre un front froid. C'est ce qu'on appelle une gelée noire. »

Tout comme M. Ferland, Alain Perras se montre prudent quant au scénario catastrophe anticipé puisque l'importance et la durée du gel doivent aussi être prises en considération. « Si l'on a une pointe à - 4 ° qui dure une heure, la situation pourrait ne pas être si mal même si l'on s'entend que ça n'améliore pas le portrait, mais ça pourrait devenir dramatique si elle persiste pendant une dizaine d'heures. »

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