L'ère Pauline Marois vue de l'intérieur

Dominique Lebel raconte dans son livre Dans l'intimité... (La Tribune, Yvan Provencher)

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Dominique Lebel raconte dans son livre Dans l'intimité du pouvoir l'univers à la fois passionnant et très exigeant de la politique québécoise

La Tribune, Yvan Provencher

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Yvan Provencher
La Tribune

(DANVILLE) irecteur de cabinet adjoint de Pauline Marois de 2012 à 2014, Dominique Lebel a vécu dans les coulisses du pouvoir au quotidien. À la lecture de son livre Dans l'intimité du pouvoir paru en début avril aux Éditions du Boréal, il nous permet d'entrevoir un univers à la fois passionnant et très exigeant de la politique québécoise au plus haut niveau. C'est un éclairage inédit, à travers ses petits carnets noirs, du gouvernement de Pauline Marois.

Son livre, c'est un compte-rendu non autorisé du dernier passage au pouvoir du Parti québécois. L'auteur avait fait part de son projet à Pauline Marois et elle l'a laissé faire s'en distançant afin de lui donner toute la liberté requise. « Elle a lu mon livre après son impression et a aimé la lecture bien que des passages ont paru difficiles pour elle, des situations qu'elle avait perçues différemment, revivant des moments pénibles de son mandat, mais demeurant à l'aise avec l'ensemble du volume. Elle a même accepté de prendre la parole lors du lancement du livre. »

Dominique Lebel était présent au Conseil des ministres, aux rencontres et activités diverses du cabinet de la première ministre. Son livre est fait sous la forme d'un journal, racontant les gestes principaux, les événements au jour le jour. « Ce n'est pas un livre de sciences politiques, c'est ma lecture à moi comme acteur et témoin, de cette période qui va de l'élection du gouvernement Marois, l'attentat au soir de l'élection, le drame de Lac-Mégantic et les derniers jours de son gouvernement au terme d'une campagne électorale éprouvante ».

Après avoir vu pendant ces deux années de pouvoir les décisions prises, les lecteurs peuvent maintenant apprendre comment ces décisions se sont prises et porter leur propre jugement en refaisant avec lui ce parcours de l'intérieur. Ils ont la possibilité de mieux connaître les acteurs de cette époque, leurs comportements avec la pression exercée sur eux dans ce contexte particulier.

« Mon parcours, c'est avant tout une expérience de relations humaines et de l'importance du leadership. Un gouvernement, ce n'est pas que l'addition d'individus, ce n'est pas une vingtaine de ministres qui mènent leurs opérations, c'est comment donner du sens à notre action et faire en sorte que tout cela soit compréhensible pour la population, pour mobiliser les gens, si on veut que nos réformes, que nos solutions fonctionnent ».

Une femme aux commandes

Une des révélations du livre, à son avis, c'est sûrement sur la direction de madame Marois. « Je pense que l'image que les gens avaient de Pauline Marois est beaucoup l'image d'une femme indécise, au contraire elle était bien aux commandes, prenait les décisions, orientait les ministres, le Conseil des ministres. C'était son gouvernement et elle était vraiment aux commandes. Dans la proximité, elle était très efficace, agréable et simple, il était facile de travailler avec elle. C'est effectivement en contradiction avec l'image que certains pouvaient avoir d'elle parfois, mais c'était la réalité ».

L'ex-directeur adjoint de cabinet, de par son expérience politique, reconnaît des insécurités à certains niveaux à tous les premiers ministres, insécurités reliées à leur engagement exceptionnel, à la pression extrême qu'ils subissent. Chacun réagit différemment, même avec toute l'expérience qu'ils possèdent avant d'accéder à cette charge politique. « Madame Marois avait peur de faire des erreurs sur la place publique, particulièrement sur des chiffres, des pourcentages, des données importantes. Il était essentiel pour elle d'avoir les bons chiffres et elle se préparait en ce sens probablement plus que les autres ».

À propos de la solidarité ministérielle, Dominique Lebel évoque dans son livre des tensions et des divisions dans l'équipe ministérielle. « Madame n'avait pas peur de s'entourer de gens extrêmement forts, les Lisée, Drainville, Gaudreault, Ouellet, pour n'en nommer que quelques-uns, des personnalités fortes, et l'arrivée de Pierre Karl Péladeau lors de la campagne électorale. Le Parti québécois est aussi un parti de débats historiquement. Oui, au Conseil des ministres et dans diverses rencontres, ça débattait fort, mais en bout de ligne madame Marois avait la capacité de rallier. Finalement, c'est rassurant qu'il y ait de tels débats », souligne-t-il.

L'auteur raconte en fin de son ouvrage, la défaite électorale de 2014. « En plus de perdre le pouvoir, madame Marois a perdu son comté, ce qui l'a ébranlée particulièrement. C'était surtout l'effet de surprise. D'un grand succès prévu, on est arrivé à un résultat contraire. Elle s'inquiète dans les dernières heures avant sa défaite prévisible pour son parti, à savoir comment il va se relever. Elle serait restée à la direction un temps pour assurer une bonne transition après la perte du pouvoir, mais, quand tout tourne mal, elle décide de démissionner le soir même. La perte de son comté fut l'élément déclencheur », confit-il en terminant.

Quand une amie devient première ministre

Né à Saint-Félix de Kingsey, d'une famille de six enfants, Dominique Lebel débute très jeune à se familiariser avec le monde politique. D'abord comme militant au sein du Parti québécois, il fait profiter son entourage de son talent pour l'écriture et la communication. Après des études en histoire, l'univers des communications s'ouvre devant lui.

Il débute dans des firmes de relations publiques puis dans le milieu publicitaire. Pendant presque 10 ans, il est à l'emploi du Groupe Cossette Communication dont quelques années à la tête des opérations de cette firme au Québec, avec plus de 500 employés, à titre de vice-président exécutif. Dans les années 90, on le retrouve en politique aux côtés du maire de Montréal de l'époque, Jean Doré, puis autour de Pauline Marois alors qu'elle était ministre de la Santé dans le gouvernement de Lucien Bouchard. Il était alors directeur de cabinet de Gilles Baril, ministre délégué à la Santé sous madame Marois.

Le plus jeune chef de cabinet du gouvernement quitte la politique en 2001 pour une firme privée et fait un retour en 2012 avec l'élection de Pauline Marois, à la demande de cette dernière. « Madame », comme il l'appelait affectueusement, par respect et par habitude, avait conservé un lien avec lui de 2001 à 2012, même s'il se tenait hors de la politique active.

« Elle est venue me chercher de l'extérieur pour joindre son cercle restreint au titre de directeur adjoint de cabinet parce qu'elle me faisait confiance et pour mon expérience du monde des affaires. »

Sa motivation pour ce travail « un peu fou » dans le Cabinet de la première ministre, un travail exigeant et difficile, peu reconnu en plus, il la trouve dans son intérêt dans les affaires publiques, les choses de l'État, ce depuis très longtemps. « J'ai fait de la politique jeune et travaillé dans le monde des affaires. Puis survient un élément exceptionnel dans ma vie, une amie devient première ministre et me propose d'aller avec elle. »

«Une opportunité unique»

Il connaissait les exigences de ce type de poste de par son passage précédant dans un cabinet ministériel. « C'était une opportunité unique et j'ai décidé de plonger! La politique, ça prend toute la vie, même lorsqu'on est avec notre famille, notre esprit est encombré par les questions qui nous interpellent de notre travail politique. C'est un travail très intense, mais à la fois exceptionnel, particulièrement dur pour la famille », précise-t-il.

« Je suis très admiratif des hommes et des femmes qui décident de se consacrer à la politique. Les politiciens sont sous la loupe des médias et des citoyens. Au jour le jour de nos rencontres, de nos déplacements, il n'y a pas que les journalistes qui posent des questions, la population pose des questions, a des attentes. Les gens sont souvent plus informés que nous l'imaginons, s'intéressent à la politique autant que par le passé. Le rythme de l'information est beaucoup plus rapide qu'avant. Les évènements arrivent et nous n'avons pas des jours et des jours pour réfléchir, pour prendre position. »

Pour faire de la politique, il faut avoir des convictions solides. « Il y a tellement de surprises et d'éléments imprévus au jour le jour. Planifier est une chose essentielle en politique, mais à la fois impossible. Chaque jour est comme une vague au bord de la mer, c'est loin d'être une partition musicale que l'on suit. Ça prend beaucoup de sang froid et une capacité rapide de jugement sur les évènements pour travailler auprès d'un premier ministre. On peut se tromper, mais pas trop souvent! »

Aujourd'hui après avoir été en quelque sorte au pouvoir par l'extension de la première ministre Marois, un conseiller de confiance, Dominique Lebel est entrepreneur dans le secteur des technologies.

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