Six mois après les attentats de Paris, la paranoïa demeure

Quelques jours après les attentats du 13 novembre... (Archives, Associated Press)

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Quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015, des membres du groupe Eagles of Death Metal honoraient la mémoire des 89 personnes décédées pendant leur concert au Bataclan à Paris.

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(SHERBROOKE) L'horreur frappait Paris en plein coeur il y a six mois jour pour jour. La vie a repris son cours, mais comment le quotidien se vit-il là-bas après l'innommable? La Tribune s'est entretenue avec Sonia Huckle, une Parisienne d'adoption originaire de Richmond.

L'Estrienne d'origine Sonia Huckle vit aujourd'hui à Paris... (Photo fournie) - image 1.0

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L'Estrienne d'origine Sonia Huckle vit aujourd'hui à Paris avec son conjoint, Martin Lienert. On les voit ici à Vienne, où ils passaient quelques jours au moment de notre entrevue. 

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Oui, la poussière finit par retomber. Mais les conséquences des attentats qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés se font toujours sentir dans l'Hexagone où l'état d'urgence a été prorogé, raconte Sonia Huckle, dont la famille se trouve à Stoke.

Les conséquences, elles se manifestent notamment par les mesures de sécurité, devenues omniprésentes. Pas moyen de se rendre aux Galeries Lafayette sans rouvrir son manteau à des agents de sécurité. « Au Louvre, l'armée est là, chose qu'il n'y avait pas avant », note-t-elle.

Se rendre à Genève en train n'était auparavant qu'une formalité : ce n'est plus le cas, raconte la grande voyageuse, qui a dû passer par un détecteur de métal pour se rendre à destination. Et puis, il y a cette paranoïa qui s'installe. Elle raconte avoir attendu le prochain wagon de métro après avoir suspecté deux hommes, dont l'un qui ne portait qu'un gant, comme des kamikazes liés aux attentats de Bruxelles et dont les images ont abondamment circulé.

« Les deux gars n'avaient pas l'air tranquille. Je me suis dit : pourquoi monter dans le même wagon? »

« Il y a une paranoïa où on regarde tout le monde, on inspecte. Dans les transports en commun, on est encore plus vigilants. »

Malgré tout, elle tente de garder la tête froide. « Ce que tu ne contrôles pas, ça ne sert à rien de stresser avec ça », lance-t-elle en entrevue téléphonique, jointe alors que son chum et elle passaient quelques jours à Vienne.

Elle regarde davantage les informations télévisées pour être au courant de ce qui se passe.

Sonia Huckle et son conjoint Martin Lienert ont quitté le Québec au début des années 2000 pour la France. Ils sont revenus au Québec pour ensuite retraverser l'Atlantique. Ils sont retournés en France en janvier 2015, au moment où l'Hexagone est ébranlé par les attentats de Charlie Hebdo.

À ce moment-là, les Français y voyaient surtout une charge contre la liberté d'expression. « C'est important de faire le lien entre le premier événement et le deuxième. Je pense qu'à ce moment-là, les Français ont compris que c'est n'importe qui qui pouvait passer dans la rue et sauter... L'attentat en Belgique a fait ressurgir de l'émotion. » Et puis, c'est l'Europe, pas seulement la France, qui est touchée.

Les contrecoups se font aussi durement sentir dans le domaine de l'industrie touristique. « C'est l'enfer! » lance celle qui travaille dans ce domaine. « Je suis arrivée en janvier (2015). Il y a toujours de la job à Paris d'habitude. Là, ça a été compliqué. Beaucoup m'ont dit qu'il n'y avait rien qui se passait. Ça a pris cinq mois avant de trouver. Je ne pense pas que ce soit reparti. »

Sonia et son chum étaient chez eux lorsque la vie a basculé, le 13 novembre dernier. « C'est la soeur de Martin qui nous a appelés... Elle était paniquée. C'est elle qui nous a appris la nouvelle. » Sonia Huckle a notamment pensé à ses collègues, dont l'une qui, elle le savait, devait fêter ce soir-là dans le secteur où s'est produit l'une des tueries. « Je me demandais s'ils allaient être tous là le lundi matin. » Tous son monde était sain et sauf, mais un de ses collègues a perdu des proches.

La montée de l'extrême droite, une crainte qui se concrétise

Six mois après la série d'attaques à Paris et Saint-Denis, la vie a repris ses droits, estime le professeur agrégé David Morin, de l'Université de Sherbrooke. Interrogé au lendemain des attentats, le chercheur s'inquiétait de la montée de l'extrême droite en Europe. Ses craintes se sont concrétisées.

Des proches de David Morin habitent à Paris. « Pour en discuter avec une partie de ma famille toujours à Paris, comme souvent, la vie a repris ses droits. Évidemment, le souvenir est toujours là (...) Il y a probablement un décalage entre le quotidien des gens et le fait que les agents de sécurité soient plus que jamais sur les dents », commente-t-il en notant que la société fait preuve de résilience. D'un point de vue gouvernemental, un état de sécurité permanente s'est instauré.

En entrevue en novembre dernier, David Morin s'inquiétait des conséquences des attentats sur le climat politique. Ce qu'il constate en ce moment n'a rien pour le rassurer. « Il y a eu une montée en flèche de l'extrême droite. C'est une des conséquences de ces attentats... Ça a créé un espace politique favorable à un discours d'extrême droite plus radical. C'est ce que je redoutais », dit-il en citant notamment la situation en France, en Autriche, en Allemagne et en Hongrie.

La crainte de voir d'autres attentats survenir demeure présente. Le risque en Europe reste très élevé, note-t-il.

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