Réforme électorale : le gouvernement s'attire les critiques

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Fannie Olivier
La Tribune

(OTTAWA) Le gouvernement de Justin Trudeau donne le coup d'envoi de la réforme électorale qu'il a promise en mettant sur pied un comité parlementaire spécial pour étudier les différents modes de scrutin.

Mais déjà, le processus qu'il met en place s'attire les critiques de tous les partis d'opposition, qui craignent que les libéraux pipent les dés en leur faveur.

La ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, a annoncé mercredi la création d'un comité chargé de se pencher sur « des systèmes de scrutin de rechange viables, tels que les votes préférentiels ou la représentation proportionnelle ». Le comité devra également étudier le vote obligatoire et le vote électronique.

« Le système que nous avons actuellement est un héritage du 19e siècle. La réalité est que, dans une démocratie multipartite comme le Canada au 21e siècle, le système actuel a été critiqué pour sa tendance à distordre la volonté de l'électorat », a expliqué la ministre.

Résultat : une baisse de confiance des électeurs et une chute du taux de participation.

Le comité devra donc sillonner le pays pour prendre le pouls de la population et remettre un rapport sur la question le 1er décembre 2016. Les 338 députés seront eux-mêmes appelés à organiser des séances de discussion publiques avec leurs électeurs.

En campagne électorale, l'automne dernier, Justin Trudeau avait promis que s'il était élu, ce serait les dernières élections générales menées selon le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour, qui prévaut actuellement. Il s'était également prononcé personnellement en faveur du mode de scrutin préférentiel.

Selon ce système, les électeurs placent les candidats en ordre de préférence. Si aucun candidat ne remporte une majorité simple, le candidat en dernière place est éliminé et les deuxièmes choix de ses partisans sont alors redistribués. Ce processus continue jusqu'à ce qu'un candidat obtienne plus de 50 pour cent des voix.

Cette méthode s'oppose entre autres au mode de scrutin proportionnel, selon lequel le pourcentage de voix obtenu par un parti politique doit être égal à celui de ses sièges au Parlement. C'est cette option que préfère le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Composition du comité

Le comité sera composé de six libéraux, trois conservateurs et un néo-démocrate. Un bloquiste et un vert pourront y siéger, mais ils n'auront pas le droit de vote. Les troupes de Justin Trudeau auront donc la majorité, même si elles ont obtenu moins de 40 pour cent des voix lors du dernier scrutin, ce qu'a immédiatement décrié l'opposition.

« Les libéraux ont vu une situation où plus de 60 pour cent des Canadiens ont voté contre eux au mois d'octobre 2015. Pourtant, il sont en train de s'autoaccorder 100 pour cent du pouvoir sur le comité qui doit étudier cette question-là », a déploré le chef néo-démocrate Thomas Mulcair.

Le Bloc québécois, tout comme le Parti vert, se désole de ne pas avoir le droit de vote sur ce comité. « On a le droit d'assister au spectacle. On est convié à une réunion d'un club social», a illustré le chef bloquiste intérimaire Rhéal Fortin.

Les conservateurs insistent pour que la proposition de réforme électorale soit soumise à la population canadienne par un référendum. En point de presse, M. LeBlanc a évoqué la possibilité de référendum comme une option, sans toutefois sembler la privilégier.

À la période de questions aux Communes, la chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, est revenue à la charge sur cet enjeu en interpellant le premier ministre. « De quoi a-t-il peur? S'il pense que son plan est si merveilleux, pourquoi ne le soumet-il pas à la population? » a-t-elle demandé.

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