• La Tribune > 
  • Actualités 
  • > Heures supplémentaires en santé : le caractère « systématique pose problème » 

Heures supplémentaires en santé : le caractère « systématique pose problème »

Selon les calculs, chaque fois que le nombre... (Archives, La Presse)

Agrandir

Selon les calculs, chaque fois que le nombre d'heures supplémentaires du personnel infirmier augmente de cinq pour cent, le taux de mortalité croît de 3 %. Aussi, à chaque diminution de 5 % de la proportion d'infirmières au travail, la mortalité grimpe également de 5 %.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Stéphanie Beaudoin   </p>
Stéphanie Beaudoin

Journaliste stagiaire

La Tribune

(SHERBROOKE) « Toute personne qui entre en poste, peu importe la profession, sait qu'il est possible de faire des heures supplémentaires. Ça arrive parfois. C'est lorsque ces heures supplémentaires deviennent systématiques que ça pose problème. »

Dans les hôpitaux, cette situation peut aller jusqu'à coûter des vies, constate Christian Rochefort, professeur de la faculté de médecine et des sciences de la santé à l'Université de Sherbrooke. L'étude réalisée par le chercheur démontre clairement une corrélation entre la mortalité des patients et les heures supplémentaires des infirmières et infirmiers.

Entre 2010 et 2014, l'équipe de M. Rochefort a suivi une cohorte de 125 000 patients dans un centre hospitalier universitaire du Québec. Ces patients ont été exposés à 6,5 millions de quarts de travail durant cette période.

Pour arriver à ses conclusions, le chercheur s'est attardé à trois politiques d'attribution du personnel infirmier : le nombre total d'heures travaillées par les infirmières et les infirmiers, leur pourcentage d'heures supplémentaires et le pourcentage d'heures travaillées par du personnel non infirmier.

Selon les calculs, chaque fois que le nombre d'heures supplémentaires du personnel infirmier augmente de cinq pour cent, le taux de mortalité croît de 3 %. Aussi, à chaque diminution de 5 % de la proportion d'infirmières au travail, la mortalité grimpe également de 5 %.

Que ce soit quatre petites heures de plus, ou huit, les journées s'allongent fréquemment pour les infirmières et les infirmiers, indique Christian Rochefort, qui a déjà été cadre dans le réseau de la santé.

Changements

Depuis la fin de la collecte de données de l'étude, plusieurs changements ont été apportés dans les établissements de santé. « Au CIUSSS de l'Estrie - CHUS, nous avons réussi à diminuer de 21 pour cent le taux de temps supplémentaire pour le personnel infirmier », précise Lise Montagne, directrice des soins infirmiers du CIUSSS de l'Estrie - CHUS. Beaucoup de travail a déjà été fait et il en reste encore à faire. Mais Mme Montagne souligne fièrement que 62 % des postes en place pour les infirmières sont à temps complet, soit 2 % au-dessus de la cible du ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Depuis 90 ans, il y a un cycle de pénurie et de surplus du personnel infirmier », mentionne le professeur Rochefort. Il est important pour celui-ci de rendre la profession attirante pour les jeunes, mais sans oublier d'améliorer les conditions de travail des infirmières et infirmiers actuels.

Le taux de roulement du personnel de ce secteur est très élevé. « Les nouveaux professionnels restent souvent autour de deux ou trois ans avant de quitter », ajoute le président du Syndicat interprofessionnel de la santé du CHUS, Guillaume Carette.

Pour contrer la pénurie de personnel qui sévit depuis plusieurs années, le syndicat a travaillé en collaboration avec l'établissement pour élaborer un plan d'action. Plusieurs démarches ont été entamées, comme l'embauche massive, l'embauche à temps complet de nuit ou de soir, la bonification de postes et la réorganisation du travail. Le CHUS recrute également en France des infirmières et infirmiers pour élargir sont personnel.

« Il serait surprenant qu'on réglemente le nombre d'heures supplémentaires, même si nous le demandons depuis plusieurs années », signale M. Carette. Sans faire de lien entre la mortalité des patients et le temps supplémentaire, il mentionne qu'après un quart de travail de seize heures, la vigilance d'une personne n'est pas la même qu'après un quart de travail de huit heures. Sans oublier l'accumulation de fatigue. « Chaque personne est différente », mentionne-t-il en faisant référence à l'âge des employés et aux capacités diverses de chacun.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer