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Jeunes radicalisés : les attentats joueraient un rôle d'accélérateur

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David Morin, professeur agrégé de l'Université de Sherbrooke

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(SHERBROOKE) Le pays a connu un «pic» de jeunes qui se sont radicalisés à partir de la fin de l'année 2013. On assiste peut-être à deux vagues, selon le professeur agrégé de l'Université de Sherbrooke David Morin : l'une avant 2013, et l'autre à la fin de 2013.

Le Québec a été particulièrement atteint par la deuxième vague, indiquent les résultats préliminaires d'une étude portant sur la radicalisation de jeunes Canadiens. En outre, le chercheur émet l'hypothèse que les attentats commis à l'étranger joueraient un rôle d'accélérateur auprès des jeunes radicalisés.

David Morin présentait mardi les grandes lignes d'un rapport préliminaire d'une étude recensant environ 80 cas de jeunes Canadiens qui se sont radicalisés, dont des Québécois, lors du congrès de l'ACFAS (Association francophone pour le savoir).

David Morin note une différence dans les deux vagues, liées à l'univers de l'État islamique (EI). «On voit que certains partaient de manière individuelle, tandis qu'à la fin 2013, ils partent en groupe», compare-t-il. «Avant 2013, il y avait peu de départs. Il y en avait, mais peu.» Puis, à la fin de 2013, il y a eu une vague de départs connus, qui correspondent à l'expansion du Groupe armé État islamique (EI).

Comment peut-on avancer l'hypothèse que les attentats survenus ailleurs influencent les jeunes radicalisés d'ici et qu'ils les incitent à épouser la cause du djihad?

«On l'avait vu après les attentats de Charlie Hebdo : il y avait beaucoup de questions sur l'ont-ils mérité, pas mérité?»


Le chercheur dénote «une forme d'accélération» à la suite d'événements internationaux survenus à l'étranger.

«C'est comme si ça ouvrait une porte», image-t-il en faisant état du nombre de cas de radicalisation à la hausse à la suite d'un attentat. En plus d'accélérer les départs vers l'étranger pour faire le djihad, ce serait aussi le cas pour les prises de position sur ces enjeux. «On l'avait vu après les attentats de Charlie Hebdo : il y avait beaucoup de questions sur l'ont-ils mérité, pas mérité?» illustre-t-il.

Prudence

David Morin se montre très prudent à propos de cette hypothèse : il insiste pour dire qu'il faudra creuser davantage cette question avant d'en faire une affirmation. M. Morin, qui est codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent (OSR), mène cette étude de l'OSR aux côtés des professeurs Sami Aoun, Stéphane Leman-Langlois et Stéphane Berthomet. Il souligne d'ailleurs au passage que ses propos n'engagent que lui.

«L'autre élément intéressant, c'est qu'il y a très peu de cas de tentatives d'attentats en sol canadien. L'essentiel, ce sont les départs. On assiste à une vague de départs, des jeunes qui décident de partir plutôt que de se tourner contre la société canadienne (...) Ce qui va être majeur comme réflexion, c'est : va-t-on assister à une troisième vague, celle des jeunes qui reviennent au pays?» Parmi les attentats recensés au pays, on compte celui du Parlement d'Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

Des quelque 80 cas de jeunes recensés, certains ont quitté pour aller faire le djihad, d'autres non. Quelques jeunes Estriens sont suspectés d'être partis à l'étranger afin de combattre avec l'EI.

Il n'existe pas de profil type décrivant ces jeunes qui se sont tournés vers le djihadisme. «C'est plus intéressant de l'interpréter en termes de trajectoires que par des profils types», note David Morin. À quoi peuvent ressembler ces jeunes qui se radicalisent? «Il y a des trajectoires de gens qui sont un peu paumés, qui passent par la petite criminalité. Il y en a qui sont plus dogmatiques ou doctrinaires. Il y en a beaucoup qui sont des suiveurs. Ils vont subir l'influence de quelques-uns....» énumère-t-il.

La place du religieux dans la vie des individus semble s'inscrire davantage dans un processus identitaire que spirituel.

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